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Le nationalisme, un poison mortel pour la classe ouvrière

Les trahisons de la social-démocratie française, ouvertement ralliée à la défense des intérêts de son propre impérialisme depuis 1914, les trahisons du stalinisme, converti en France en défenseur du système capitaliste depuis 1935, la politique menée depuis cette date par le PCF au nom de la défense de “l’intérêt national”, la démoralisation de la fraction la plus militante de la classe ouvrière causée par l’éclatement de l’URSS et la disparition des Démocraties populaires, tout cela a fini par anéantir pratiquement toute conscience de classe. C’est pourtant cette conscience de classe, cette identité sociale commune à tous les exploités, qu’il faut opposer à tous les discours sur l’identité nationale.

Faire ressurgir cette conscience que les travailleurs ont des intérêts opposés à ceux de la bourgeoisie à laquelle ils vendent leur force de travail, des intérêts qui sont les mêmes que ceux des exploités de tous les pays, ne dépend pas seulement des efforts propagandistes de quelques poignées de militants restés fidèles à l’internationalisme prolétarien. La conscience de classe ne pourra s’épanouir de nouveau que dans le feu des combats que la classe ouvrière sera bien obligée de livrer un jour si elle veut cesser d’être la seule à supporter l’essentiel du poids de la crise économique. Mais cette conscience ne renaîtra pas non plus s’il n’existe pas alors des militants combattant sous le drapeau de l’internationalisme prolétarien.

C’est pourquoi […] nous devons, nous, rappeler que, comme Marx l’affirmait en 1848 dans le Manifeste communiste, “les prolétaires n’ont pas de patrie”. Ce n’était pas un slogan. C’était la constatation d’un fait, qui débouchait sur tout un programme, résumé en une phrase : “Prolétaires de tous les pays, unissez-vous !

Un programme qui n’était pas la simple manifestation de bons sentiments prêchant la concorde entre tous les travailleurs. Mais un programme qui signifiait que la classe ouvrière ne pourra se libérer de l’esclavage salarié, et libérer du même coup toute l’humanité, qu’en s’unissant par-dessus les frontières, par-delà les différences de couleur de peau, de langue, d’ethnie ou de nationalité.

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60 ans après : le stalinisme sous l’œil complaisant de L’Humanité 

Staline est mort il y a soixante ans, le 5 mars 1953, mais son esprit ne s’est pas tout à fait éteint, comme en témoigne l’article publié dans L’Humanité du premier week-end de mars. L’auteur en est un historien, Martelli, qui fut membre un temps de la direction du PCF…

60 ans après : le stalinisme sous l’œil complaisant de L’Humanité

Staline est mort il y a soixante ans, le 5 mars 1953, mais son esprit ne s’est pas tout à fait éteint, comme en témoigne l’article publié dans L’Humanité du premier week-end de mars. L’auteur en est un historien, Martelli, qui fut membre un temps de la direction du PCF…

“Livre rouge sur le procès de Moscou” de Lev Sedov

“Livre rouge sur le procès de Moscou” de Lev Sedov

:: Le stalinisme, par Trotsky ["Le commencement de la fin", Socialist Appeal, octobre 1937]

[…] Le stalinisme est devenu le fléau de l’Union soviétique et la lèpre du mouvement ouvrier mondial. Dans le domaine des idées, le stalinisme est un zéro. II dispose en revanche d’un appareil colossal qui exploite la dynamique de la plus grande révolution de l’histoire et les traditions de son héroïsme et de son esprit de conquête. Du rôle créateur de la violence révolutionnaire dans une situation historique donnée, Staline, avec son étroitesse congénitale et son empirisme, a fait l’omnipotence de la violence en général. Sans même s’en rendre compte, il est passé de la violence revolutionnaire des exploités contre les exploiteurs à la violence contre-révolutionnaire contre les exploités. Sous les mots et les formules anciennes, c’est la liquidation de la révolution d’Octobre qui est en train de se réaliser. Personne, si ce n’est Hitler, n’a porté au socialisme autant de coups mortels que Staline. Il n’y a la rien d’étonnant : Hitler a attaqué la classe ouvriere du dehors tandis que Staline, lui, l’attaquait du dedans. Hitler attaque le marxisme, Staline ne se contente pas de l’attaquer, il le prostitue. Pas de principe qui n’ait ete pollué, pas d’idée qui n’ait été souillée. Les mots même de socialisme et de communisme ont été cruellement compromis du jour ou des policiers incontrôlés, gagnant leur vie grâce a un passeport “communiste”, ont baptisé “socialisme” leur régime policier. Profanation révoltante ! Les casernes du G. P. U. ne sont pas l’idéal pour lequel combat la classe ouvrière. Le socialisme signifie un système social pur et limpide adapté au gouvernement des exploités par eux-mêmes. Le régime de Staline repose sur une conspiration des gouvernants contre les gouvernés. Le socialisme implique la croissance ininterrompue de l’égalité universelle. Staline a érigé un systeme de privileges révoltants. Le socialisme s’assigne comme but la floraison et l’épanouissement en tout sens de la personnalité individuelle. Où et quand la personnalité de l’homme a-t-elle été aussi profondement dégradée qu’en URSS. ? Le socialisme ne reconnait aucune valeur en dehors des rapports non égoïstes, honnêtes et humains entre êtres humains. Le regime de Staline a imprégné les rapports sociaux et personnels de mensonge, de carriérisme et de trahison. Ce n’est pas Staline, bien entendu, qui détermine la route de l’Histoire. Nous possédons la connaissance des facteurs objectifs qui ont preparé en URSS. la voie de la réaction. Mais ce n’est pas un hasard si Staline a chevauché la crête de la vague thermidorienne. C’est parce qu’il a etc capable de donner leur expression la plus vicieuse aux gloutons appétits de la nouvelle caste. Staline n’est pas responsable de l’Histoire, mais il est responsable de ce qu’il est, et de son rôle dans l’Histoire. Son rôle est criminel. II est si criminel que la répugnance, ici, est multiplié par l’horreur.

[extrait de : La révolution espagnole (1930 - 1940), Léon Trotsky, textes recueillis et présentés par Pierre Broué, pp. 406-407]

21 août 1940 : les fossoyeurs de la révolution en Espagne parachève leur travail, l’agent stalinien Mercader fracasse le crâne de L. Trotsky

Le 21 août 1940, à Mexico, Léon Trotsky mourait, assassiné par un agent de Staline, Ramon Mercader. Le tueur avait réussi depuis longtemps à pénétrer son entourage, preuve que l’opération était minutieusement préparée de longue date. Sous prétexte de lui soumettre un article, il approcha et frappa mortellement Trotsky à la tête avec un piolet. Trotsky se savait menacé. D’ailleurs, quelques semaines auparavant, il avait déjà échappé de justesse à un attentat organisé par des hauts responsables du parti stalinien mexicain.

À 61 ans, étaient brutalement interrompus un combat et une vie consacrés intégralement à la révolution prolétarienne et au communisme.

Né en 1879 dans une famille d’agriculteurs juifs d’Ukraine, le jeune Trotsky avait rencontré les idées socialistes au lycée. Étudiant brillant, il se consacra très tôt à l’agitation révolutionnaire et l’action clandestine auprès des ouvriers.

Un militant révolutionnaire professionnel

À 18 ans, emprisonné à Odessa, il adhéra au marxisme. Comme pour bien des révolutionnaire russes, ce sera le premier mais pas le dernier séjour en prison. Déporté en Sibérie, il s’en évada et fut exilé. À Londres, il collabora avec Lénine. Mais de 1903 à 1917, des divergences sur les questions organisationnelles, qui étaient en débat dans l’ensemble de la social-démocratie, les séparèrent.

En janvier 1905, la révolution éclata dans l’Empire russe. Trotsky parvint à rentrer clandestinement en Russie. En octobre, à Saint-Pétersbourg fut créé le Soviet, véritable direction prolétarienne de la révolution dont Trotsky, qui avait alors 26 ans, devint le président.

Avec l’échec de la révolution de 1905, Trotsky fut arrêté, condamné au « bannissement à vie » et déporté près du cercle polaire. À nouveau il s’évada et séjourna dans diverses capitales européennes. Il était à New York quand éclata la révolution russe de février 1917…

Le parti de Lénine et Trotsky

Lénine, en exil, puis de retour en Russie, dut convaincre le parti bolchévique de mener une action politique vers la conquête du pouvoir par le prolétariat.

Trotsky alors était en complet accord avec cette perspective, avec l’analyse et les objectifs défendus par Lénine. C’est sans réserve qu’il rejoignit donc, avec quelques milliers de militants regroupés autour de lui, le parti bolchévique.

Très rapidement, comme en 1905, Trotsky devint l’orateur le plus populaire chez les ouvriers de Pétrograd. En septembre, les bolchéviks devinrent majoritaires aux soviets de Pétrograd, de Moscou et d’autres villes importantes du pays. En octobre, le prolétariat renversait le gouvernement et s’emparait du pouvoir. Pour les travailleurs, en Russie et à l’étranger, Trotsky incarnait avec Lénine la révolution russe victorieuse.

En mars 1918, Léon Trotsky fonda l’Armée rouge. Commissaire du Peuple à la Guerre, il réussit à organiser avec efficacité la défense militaire du jeune État ouvrier, encerclé et agressé par les puissances capitalistes et la contre-révolution, en s’appuyant sur l’enthousiasme et la détermination de la population laborieuse.

Les dirigeants bolchéviques étaient convaincus, comme tous les révolutionnaires de l’époque, que la Russie tsariste était le « maillon le plus faible » de la chaîne des pays capitalistes et que l’avenir de la révolution russe était lié à la révolution internationale, en particulier dans les bastions impérialistes.

C’est la raison pour laquelle les dirigeants bolchéviks proclamèrent, dès mars 1919, la Troisième Internationale, considérée comme le parti mondial de la révolution dont Léon Trotsky rédigea le manifeste de fondation.

Mais la vague révolutionnaire subit la trahison active de la social-démocratie. Les partis communistes, jeunes et inexpérimentés, ne furent pas à la hauteur de la situation, d’autant que cette vague, défaite après défaite, s’affaiblissait. Ce recul alimenta un courant réactionnaire dans le pays des Soviets et engendra sa dégénérescence. L’URSS se retrouva isolée, le pays, arriéré, était exsangue. Les Soviets avaient cessé de jouer leur rôle. C’est dans ce contexte que, dans le Parti et l’appareil d’État, se développa une couche de bureaucrates qui, du fait de leur position, bénéficiaient d’avantages matériels et moraux qu’ils entendaient conserver. Staline devint leur représentant. Vieux-bolchévik, mais dirigeant de second plan, quasi inconnu des masses, il mit à profit son poste de Secrétaire général, fonction essentiellement administrative, pour tisser sa toile au sein du Parti.

Contre la bureaucratie et le stalinisme

Avec la maladie puis la mort de Lénine, en janvier 1924, Staline lança une campagne de calomnies contre Trotsky. Une gigantesque entreprise de falsification de l’Histoire fut alors mise en marche.
Dans le Parti et l’Internationale, la clique bureaucratique écarta de véritables révolutionnaires et s’appuya sur des ralliés, des arrivistes qui avaient souvent été de l’autre côté des barricades pendant la révolution. On sanctionna toute discussion dans le parti. Toute critique valait la déchéance immédiate. Quelques années plus tard, elle vaudra une balle dans la nuque.
Bon nombre d’historiens bourgeois ont voulu réduire la lutte entre Staline et Trotsky à une rivalité de personnes, une querelle de succession. En fait, derrière les hommes, il y avait l’affrontement de forces sociales. Trotsky, comme Lénine, défendait en URSS, comme dans le restant du monde, une politique correspondant aux intérêts historiques du prolétariat et du communisme ; Staline était l’instrument d’une bureaucratie soucieuse de conserver et d’accroître ses privilèges au détriment du prolétariat et de son État.

Sous couvert d’une théorie mise en place pour la circonstance, qui prétendait que l’on peut construire le socialisme dans un seul pays, Staline rompit avec la politique révolutionnaire bolchévique qui considérait la révolution russe comme l’avant-poste de la révolution internationale.
En octobre 1927, Léon Trotsky fut exclu du Parti bolchévique ainsi que des milliers de ses partisans, puis déporté à Alma-Ata, en Asie centrale. De là, il continua la lutte, entretenant des liens et correspondant avec les autres opposants déportés aux quatre coins de l’URSS.

Une repression féroce s’abattait sur ces opposants et leur famille. Si certains, face aux tortures et au chantage, finirent par capituler, bon nombre surent garder la même intransigeance que Trotsky et seul l’assassinat put les faire taire.

Planète sans visa

Mais en janvier 1929, Staline n’osa pas assassiner Trotsky. Il l’exila hors d’URSS, pensant ainsi l’isoler définitivement et le mettre hors d’état de continuer le combat. Il se trompait.

Malgré le flot de calomnies répandu par les staliniens, malgré l’assassinat de ses collaborateurs et des membres de sa famille, malgré la complicité des grandes puissances occidentales, qui se prétendant démocratiques, lui refusèrent souvent ne serait-ce qu’un simple visa, Trotsky va continuer la lutte. Par ses écrits, par sa correspondance, il va agir pour regrouper autour de lui une opposition communiste de gauche et combattre pied à pied la politique contre-révolutionnaire de Staline et de l’Internationale à sa botte.

Il ne s’est pas contenté de dénoncer le stalinisme, il en a expliqué aussi les racines. Il a su expliquer un phénomène complètement inédit dans l’Histoire : la dégénerescence de la première révolution ouvrière victorieuse par la formation d’une couche sociale entièrement nouvelle, la bureaucratie. Et c’est à ces questions, vitales non seulement pour l’époque mais pour l’avenir du mouvement ouvrier et de l’humanité, qu’il a su donner une réponse militante en s’appuyant sur la méthode marxiste.

Un héritage indispensable pour les révolutionnaires

Trotsky restait le seul dirigeant révolutionnaire de sa génération, possédant l’expérience et un capital politique qu il savait devoir transmettre en dépit des pires difficultés, de la répression féroce organisée par la dictature stalinienne.

Trotsky écrivait en 1935 : « Le travail que je fais en ce moment - malgré tout ce qu’il a d’extrêmement insuffisant et fragmentaire - est le travail le plus important de ma vie, plus important que 1917, plus important que l’époque de la guerre civile, etc. […] Je ne peux pas dire que mon travail ait été irremplaçable, même en ce qui concerne la période 1917- 1921, tandis que ce que je fais est dans le plein sens du terme irremplaçable. »

Bien que traqué, Trotsky restait une menace si grande que, dès le début de la guerre, Staline le fit assassiner, privant la IVe Internationale qu’il venait de fonder de sa seule direction politique.
Staline, comme les dirigeants capitalistes, craignait qu’au travers de cette guerre, comme lors de la précédente, la classe ouvrière et une nouvelle génération militante renouent avec les idées communistes révolutionnaires, avec la tradition bolchévique, c’est-à-dire avec le trotskysme.
Léon Trotsky a maintenu le drapeau du communisme contre ses fossoyeurs. Par son analyse de la dégénérescence de l’URSS et par toute son activité de militant révolutionnaire prolétarien, il a légué aux nouvelles générations un capital politique unique permettant de comprendre le monde actuel afin d’agir pour le transformer.

Où en était le PCF en mai 1967 ?

[source : Lutte de classe, juin 1967]

Où en est le Parti Communiste Français ? Où va-t-il ? Ses liens avec Moscou sont-ils encore déterminants ?

Le PCF est un grand parti, avec une forte implantation dans les masses. D’importantes couches de la nation ont trouvé leur expression politique en lui. Il n’est plus une simple courroie de transmission du Kremlin, il a un contenu social, une assise sociale propre. Cette assise sociale est celle de la social-démocratie. Elle prend racine dans les entreprises par la mainmise sur l’appareil Syndical, mainmise qui lui permet de bénéficier des privilèges que la bourgeoisie accorde à l’aristocratie ouvrière. Elle prend racine aussi, et plus encore dans la gestion des municipalités, des administrations locales. Heures de délégués, subventions aux syndicats, aux municipalités, rémunération des élus, voilà les canaux par lesquels le PCF, pour reprendre l’expression de Trotsky « puise aux mêmes sources que la social-démocratie, c’est-à-dire dans les surprofits de l’impérialisme ».

Le PCF n’est plus soumis seulement à la pression de la bureaucratie soviétique, comme dans la première période de son existence, mais aussi à celle de sa propre base sociale. Il subit les pressions impératives de sa fonction de parti national réformiste, de son assise nationale. Et il tient a jouir de toutes les prérogatives d’un parti national jusqu’à et y compris l’exercice du pouvoir. Dans le cadre du système capitaliste et dans son intérêt, bien entendu.

En fait, l’évolution du PCF - analogue d’ailleurs à celle de tous les partis communiste de masse des pays occidentaux - ne laisse pas de doute quant à la dynamique que dégage l’influence des deux forces qui s’exercent sur lui.

Ces deux forces ne sont pas de même intensité dans le temps ; alors que l’une, celle qui prend son point d’appui dans l’orbite sociale du Parti, est de plus en plus puissante, l’autre, celle qui tient le Parti dans l’orbite de Moscou, diminue. Et il ne saurait en être autrement.

Car enfin, comment se concrétisent les liens du PCF avec la bureaucratie d’une part, avec la bourgeoisie nationale de l’autre ? Ces liens se tressent pour les premiers sur le support matériel des subsides du Kremlin, pour les seconds, sur celui de la portion de surprofit impérialiste qui échoit au PC en tant que parti national-réformiste. Aujourd’hui « l’or de Moscou » ressort de plus en plus au domaine de la légende, il représente bien peu de chose à côté de cette source que sont pour le Parti les surprofits de l’impérialisme français.

Mais il n’y a pas qu’au niveau des supports matériels que la force d’attraction de la bureaucratie cède le terrain par rapport à celle de la bourgeoisie nationale. Les liens avec l’un ou l’autre pôle d’attraction sont aussi le fait d’hommes, de dirigeants. La fidélité des Thorez, des Duclos à Moscou portait encore la pâle marque de la Révolution d’Octobre, elle portait surtout la marque de la longue et dure école d’obéissance absolue à laquelle Staline soumit tous les dirigeants. Mais cette génération vieillit et disparaît petit à petit, ou finit par s’adapter. Et la nouvelle génération, celle qui arrive à la responsabilité au niveau fédéral, et même au niveau du comité central, a été éduquée à l’école chauvine de la Résistance, et n’a jamais connu la fidélité contre vents et marées, contre l’ensemble de « l’opinion publique », elle n’a connu qu’une fidélité dont les conséquences étaient au goût de cette opinion publique. L’attachement à Moscou de cette génération est en grande partie le reflet de celui le la précédente, et dans la mesure où il est propre, il ne s’adresse pas à la Russie des Soviets, mais à la Russie de Stalingrad, à la Russie alliée pendant la Résistance patriotique, et, en tant que tel, même cet attachement a un arrière-goût nationaliste. Leurs liens personnels, leurs affinités portent ses nouveaux dirigeants vers leurs collègues parlementaires, conseillers municipaux et autres, avec qui ils accomplissent des fonctions sociales analogues.

Pendant longtemps, le PCF passait pour le plus stalinien des PC occidentaux, et par ce qualificatif, on entendait son inconditionnalité vis-à-vis de la bureaucratie. Mais, si l’expression « polycentrisme » vient des Italiens, quant à l’application, le PCF est allé presque aussi loin que le PCI. Car l’allégeance au Kremlin, en le contraignant à mener une politique consacrée aux intérêts de la bureaucratie russe, même si elle n’accule pas aujourd’hui le PC à des choix dramatiques pour lui, le gêne pour mener la politique d’un parti pleinement national. Il n’y a qu’à voir à quel point les désaccords en matière de politique étrangère (notamment en ce qui concerne le Marché Commun, « l’européanisme », ou l’Alliance Atlantique) gênent le rapprochement vers Mitterrand et la Fédération de la Gauche. Et derrière ces divergences d’organisations à organisations, il y a l’avertissement de la bourgeoisie qui ne veut et ne peut reconnaître pleinement le PC que s’il est prêt à défendre sa politique étrangère, quelle qu’elle soit.

Précisément pour pouvoir mener une politique étrangère conforme à ses intérêts de parti national, le PC est obligé sinon de rompre complètement avec Moscou du moins d’obtenir qu’on le laisse se diriger à sa guise. La réclamation explicite ou implicite du « polycentrisme », c’est-à-dire du droit d’un Parti Communiste d’élaborer sa propre politique, n’est que la couverture théorique de l’obligation qu’impose au Parti sa nature sociale. En ce sens, le polycentrisme, loin d’être la cause de l’affaiblissement des liens avec Moscou, en est la conséquence. Il est en même temps le signe d’une étape sur le chemin qui conduit à une éventuelle rupture totale.

Aujourd’hui, la situation n’est pas encore assez mure pour que les dirigeants staliniens soient placés devant un choix impliquant une telle rupture. La bourgeoisie française ne leur offre rien pour le moment, tout au plus leur laisse-t-elle entendre par la voix de ses représentants de « gauche » que si le Parti donne quelques bons gages, on rompant par exemple avec Moscou, il n’est pas impossible qu’un jour il puisse être associé au pouvoir. Tant que cette situation demeure, le PCF peut se contenter, en guise de gage d’indépendance, de publier dans les colonnes de l’Humanité des textes du genre de cette lettre d’Aragon protestant centre la condamnation de Siniavsky et de Daniel. C’est déjà beaucoup, car significatif, mais c’est tout de même peu.

Amené à choisir entre non assise nationale et sa fidélité à la bureaucratie, le PCF a encore choisi en 1939 la bureaucratie. Si un tel choix se présente demain, et si la bourgeoisie lui laissa la possibilité de choisir, il n’y a aucun doute qu’il rompra le peu de liens qui lui restent encore avec Moscou. Il deviendra alors ouvertement ce qu’il est depuis longtemps dans les fait : un parti réformiste national.

« Il sera un excellent parti de gouvernement », s’écrie à la fin d’un article laudatif Serge Mallet, dans les colonnes du Nouvel Observateur. Il sera en effet, tout comme les dirigeants « socialistes » patentés, un excellent et loyal gérant du capitalisme français.