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Sénégal - Les poissons disparaissent à cause du pillage capitaliste à grande échelle

L’activité de pêche au Sénégal est une des principales ressources dont dépend la vie d’une grande partie de la population côtière. Il y a d’abord les petits pêcheurs artisanaux qui en vivent directement et qui font vivre aussi leurs familles. Ensuite il y a les vendeuses de poissons qui écoulent les produits sur les marchés. Il y a aussi ceux qui les font sécher et fumer pour les conserver afin de pouvoir les vendre jusqu’à l’intérieur du pays. De cette activité de pêche dépend donc la vie de plusieurs centaines de milliers de familles.

Malheureusement, si cette activité est de plus en plus florissante pour la flottille de pêche industrielle qui bénéficie d’énormes moyens, il n’en est pas de même pour les petits pêcheurs artisanaux. Car pendant que les premiers pillent littéralement les côtes poissonneuses du pays, les seconds sont obligés d’aller de plus en plus loin des côtes pour trouver du poisson. Cela traduit pour eux par un surcroit de coût de carburant mais aussi par un surcroit de travail du fait qu’il faut passer un temps plus long pour ramener une quantité de poissons de moins moins importante. De plus, le risque d’accident devient plus grand étant donné que ces petites pirogues ne sont pas appropriées pour aller delà d’une certaine distance de la côte. De plus en plus souvent des pêcheurs sont portés disparus à la suite de naufrages de leurs petites embarcations. Chaque village de pêche pleure ses disparus. Cela n’a rien à voir avec la fatalité.

Les petits pêcheurs ont plusieurs fois manifesté leur mécontentement auprès des autorités publiques, notamment à l’occasion des funérailles de leurs familles naufragées. Cela dure depuis plusieurs années. Les dirigeants politiques se sont toujours contentés de verser quelques larmes de crocodiles et ont toujours fermé les yeux sur le pillage des ressources halieutiques du pays par les compagnies de pèche industrielle. Et pour cause, ce sont ces mêmes autorités politiques qui délivrent les licences de pêche sans tenir compte de l’avenir des petits pêcheurs artisanaux. Bien souvent ces licences sont accordées en sous-main. Cette pratique exisie depuis Senghor, et tout les pouvoirs qui se sont succédé y ont eu recours. Une compagnie paye par exemple officiellement le droit de pêcher durant six mois. Mais six ans après, elle continue toujours son activité sans être inquiétée par les autorités de surveillance. Parfois il s’agit d’un cota de pêche d’un tonnage précis. Mais moyennant bakchich, les autorités publiques ferment les yeux sur la quantité réelle de poissons prélevés.

Cette forme de corruption a enrichi bien des ministres et présidents. Il est difficile d’évaluer les milliards de francs CFA qui ont ainsi été prélevés indirectement des caisses de l’Etat. La seule chose qui est sûre c’est que personne jusqu’ici ne s’est retrouvé derrière les barreaux pour avoir été pris la main dans le sac.

Tout dernièrement, à l’occasion de la campagne électorale pour les législatives, le gouvernement sénégalais a annoncé qu’il retirait 29 licences de pêche a des chalutiers appartenant à des compagnies étrangères mais péchant sous la couverture de deux sociétés sénégalaises et d’une marocaine. Il ne faut surtout pas y voir une quelconque “volonté de mettre fin à l’activité illégale de pèche” comme l’a prétendu Macky Sall, mais probablement d’une prise en main de cette activité fortement lucrative, par son clan. Il y a des milliards en jeu et il y a de quoi s’enrichir pour les nouveaux arrivants au pouvoir.

Quant aux petits pêcheurs, aux petits mareyeurs et aux petites vendeuses de poissons, ils vont continuer à trimer de plus en plus pour survivre alors que la mer va continuer à se vider à cause du pillage capitaliste pratiqué à une échelle de plus en plus grande et à une vitesse de plus en plus rapide.

Le Pouvoir aux travailleurs n°384, 24 juin 2012 UATCI (Union Africaine des Travailleurs  Communistes Internationalistes)

Sénégal - Guéguerre politico-médiatique entre anciens et nouveaux margoulins

Fin cette période de campagne électorale pour les législatives dont le premier tour est prévu pour le 1er juillet, on assiste à une surenchère démagogique entre les partis de la coalition gouvernementale et le PDS devenu principal parti d’opposition après la défaite de son leader. Wade. lors de l’élection présidentielle de mars dernier.

Dans   sa   soi-disant   volonté   de   lutter contre   les   détournements   de   l’argent   public, Macky Sall a lancé des mandats d’arrêt à rencontre d’un certain nombre de dirigeants du PDS. Ousman Ngom, l’ancien ministre de l’Intérieur de Wade, vient d’en faire les frais. Il vient d’être arrêté alors qu’il était en campagne électorale à Kolda. L’ancien président du Sénat a aussi été convoqué, quelques jours auparavant pour une “enquête sur l’enrichissement illicite”. D’autres “convocations” auraient également été lancées en direction d’autres notables de l’ancien régime. Il leur est reproché d’être partis de leurs ministères sans avoir effectué des audits pour évaluer la valeur du mobilier, du parc automobile et des objets de décoration de leurs résidences et de leurs bureaux. Le gouvernement fait courir le bruit selon lequel Karim Wade, le fils de l’ancien président, serait sur la sellette et qu’il aurait été mis en demeure de ne pas quitter le territoire national.

Quelques dizaines de voitures de fonction “subtilisées” par d’anciens dignitaires du régime ont été saisies avec un grand fracas médiatique. L’ancien président Wade fait mine de s’en indigner en déclarant que : “C’est grave que Macky (Sall) saisisse mes véhicules pour faire tranquillement sa campagne Si on ne non rend pas nos voitures, il n’y aura pa d’élections”. Un responsable politique proche d Wade dit qu’il va porter plainte contre l’actuel président pour s’être enrichi illicitement. Il a déclaré que “Macky Sall doit lui aussi être audité. Nous avons vu dans (sa) déclaration de patrimoine qu’il a été évalué à plus de 4 milliards (FCFA, prés de 6,1 millions d’euros). En 2000, il était locataire. Il a maintenant des immeubles jusqu’aux Etats-Unis “…

Tous ces gens-là qui s’accuseï mutuellement d’avoir détourné l’argent public c de s’être adonne à la corruption, se connaisse! comme les doigts d’une main. Ils font partie du même panier de crabes. Aujourd’hui ils sont en concurrence, alors les coups bas et les règlements de comptes entre anciens compères font que la face cachée de l’iceberg sort un peu de l’eau et laisse entrevoir quelques uns de leurs larcins. Mais soyons sûr : après les élections législatives, les caméras et les projecteurs seront rangés et tout redeviendra comme avant. Entre voleurs, ils finiront par trouver un terrain d’entente, même si quelques-uns s’en sortiront peut-être avec quelques égratignures.

Le Pouvoir aux travailleurs n°384, 24 juin 2012 UATCI (Union Africaine des Travailleurs  Communistes Internationalistes)