Le discrédit de Hollande renforce la droite et l’extrême droite mais elle provoque aussi du mécontentement parmi les électeurs habituels du PS. Ils ont tendance à se regrouper autour de Mélenchon et du Front de gauche.
Au Front de gauche, la direction du PC et Mélenchon n’ont pas la même stratégie électorale en particulier dans les municipales, mais ils ont fondamentalement la même politique et la même préoccupation d’attirer les « déçus du socialisme » et de représenter l’alternative à gauche.
Après avoir aidé dans le passé Mitterrand à se donner une image d’homme de gauche, la direction du PC amène la force militante et le crédit qui lui reste de son passé de parti ouvrier à Mélenchon. Il aide ainsi l’ancien sénateur et ministre socialiste à se donner une allure de révolutionnaire du verbe et d’ami des travailleurs.
La sauce de Mélenchon est un drôle de mélange qui concilie la prise de la Bastille avec une candidature au poste de premier ministre.
Après Hollande, c’est lui qui nous explique maintenant qu’il est possible d’avoir un « bon » gouvernement de gauche, qu’il est possible d’en faire ravaler aux plus riches et de concilier les intérêts des travailleurs et de la bourgeoisie.
Le croire serait aller d’illusions en illusions ! Quand bien même Mélenchon serait Premier ministre, il serait non seulement sous l’autorité de Hollande, mais surtout à la tête d’un appareil d’Etat entièrement construit pour servir les intérêts de la bourgeoisie.
Un appareil d’Etat composé de centaines, de milliers de hauts fonctionnaires, des préfets aux directeurs de cabinet des ministères, qui incarnent la continuité de l’Etat pendant que les ministres passent. Un appareil d’Etat avec la hiérarchie militaire, la hiérarchie policière, dressées pour défendre l’ordre bourgeois sur l’économie.
Un gouvernement Mélenchon devra, comme n’importe quel autre gouvernement sous la domination sociale de la bourgeoisie, obéir à la classe riche. Dans cette période de crise, cela le mettra dans l’obligation de faire une politique anti-ouvrière.
Les mots d’ordre que Mélenchon met en avant sont toujours d’apparence radicale mais ils sont politiquement creux et ils sont étrangers aux intérêts des travailleurs.
Mélenchon a compris que l’alternance ne faisait plus rêver personne, il propose donc de changer de constitution. La solution miracle serait de bâtir une nouvelle République la VIe République qui deviendrait démocratique et sociale par la grâce de nouveaux textes constitutionnels. Comme si l’exploitation était inscrite dans la constitution !
Ce n’est pas une constitution qui permet aux capitalistes de s’enrichir sur notre dos, c’est le droit de propriété capitaliste, c’est le monopole que la bourgeoisie a sur l’argent, sur les entreprises et sur toute l’économie. C’est ce monopole là qu’il faut supprimer, mais renverser la domination de la bourgeoisie, ce n’est pas le programme de Mélenchon.
À tous ceux qui sont convaincus par nos idées mais qui regrettent que nous ayons moins d’influence que Mélenchon, nous disons : « rejoignez-nous ! » Car s’il y a bien des choses que nous ne pouvons pas faire, il y en a toujours une que pouvons faire : dire ce que nous pensons, affirmer notre politique communiste révolutionnaire, faire vivre nos idées et de préparer l’avenir .
Les révolutionnaires n’ont pas à se mettre à la remorque de politiques étrangères aux intérêts des travailleurs, il faut qu’ils s’attèlent à la tâche de construire un parti. Ils doivent être présents et se battre pour donner aux luttes politiques qui ne manqueront pas dans les années à venir la seule orientation positive, la lutte de classe.
L’existence d’un parti, riche des expériences de l’ensemble du mouvement ouvrier et présent à l’échelle du pays manque aujourd’hui cruellement. Il faut œuvrer pour qu’il renaisse au plus vite.
Nous ne partons pas de rien. Nous avons derrière nous toute l’histoire du mouvement ouvrier, ses trahisons, ses échecs mais aussi son expérience et ses victoires.
Le mouvement ouvrier de hier comme celui d’aujourd’hui est porteur de valeurs morales aux antipodes des valeurs de la société bourgeoise. Contre l’individualisme et le chacun pour soi de la société capitaliste il est porteur de la solidarité et de la fraternité ! Contre l’adoration de l’argent, il porte les intérêts collectifs ! Contre le nationalisme, l’internationalisme !
Nous ne doutons pas que demain ces valeurs attireront tous ceux révoltés par l’exploitation et son cortège d’injustices. Les idées communistes, la perspective de la révolution sociale, nos idées, attireront les plus révoltés, les plus combatifs, les plus dévoués à la cause ouvrière.
Il faut s’adresser à tous ceux là et leur donner envie de se joindre à nous.
Alors, camarades, je vous souhaite une bonne fête et bon courage pour poursuivre le combat !

La compréhension par un nombre croissant de travailleurs que Hollande est dans le camp adverse, autant que l’ont été avant lui Sarkozy et Chirac, n’est malheureusement pas encore une prise de conscience politique. L’écœurement envers la politique de Hollande s’ajoute à la déception laissée par Mitterrand puis par Jospin. Tout cela contribue à la désorientation de la classe ouvrière et à la démoralisation de ses militants. Une démoralisation, une perte de repères qui se manifestent par le découragement de nombre de militants des partis réformistes, par le dégoût de toute politique, qui se traduisent par l’abstention croissante dans les élections, par la montée de l’influence du Front national dans les milieux populaires.
Du coup se multiplient, jusques et y compris parmi les dignitaires des partis de gauche, les « déçus de Hollande » ou les « déçus du socialisme ». Il s’agit de ces personnalités politiques de la gauche aux yeux de qui la solidarité avec le gouvernement apparaît de plus en plus dure à porter, surtout à l’approche des échéances électorales de 2014, municipales surtout mais aussi européennes. Les prises de distance se multiplient même parmi ces dignitaires du PS. À plus forte raison du côté de Mélenchon et de son Parti de gauche qui a, comme le PCF, un pied dans la majorité et l’autre dans l’opposition. À cette nuance près : Mélenchon avance de plus en plus un pied dans l’opposition, alors que le PCF, pensant à ses maires et à ses conseillers municipaux élus sur des listes d’union avec le PS, freine des deux pieds.
En se plaçant de plus en plus dans l’opposition par rapport à Hollande et au gouvernement socialiste, Mélenchon espère profiter du discrédit du PS. Ce en quoi il se trompe probablement. Dans le contexte de recul réactionnaire de la vie politique, c’est le FN surtout qui tire profit de ce discrédit. Plus, en tout cas, que le Parti de gauche.
Utiliser un langage pseudo-radical, en outre teinté de nationalisme antiallemand, ou brandir l’idée d’une sixième République, ne suffit pas pour lui attirer la sympathie des classes populaires. D’autant moins que Mélenchon comme le Front de gauche dans son ensemble, PCF compris, ont contribué à apporter du crédit à Hollande et ont participé à son élection.
Qu’ils l’aient fait directement, ouvertement et, pour ce qui est des dignitaires du PS, dans l’espoir de décrocher un portefeuille ministériel, ou qu’ils l’aient fait en prenant un air dégoûté, ne change rien à l’affaire.
Oh, la grande presse avait repris avec complaisance les bons mots de Mélenchon, traitant Hollande pendant la campagne électorale de « capitaine de pédalo » ! Mais les phrases creuses de la démagogie ne peuvent pas se substituer à la vérité sur ce que peut ou ne peut pas faire Hollande, dans cette période de crise où la bourgeoisie exige de ses hommes politiques qu’ils mènent une politique antiouvrière.
Ni Mélenchon ni le PCF n’ont cherché à éclairer l’électorat populaire. Ils n’ont pas voulu dire que c’est le grand patronat, les puissances de l’argent qui sont les maîtres de cette société et que les hommes politiques, si haut placés qu’ils soient, ne peuvent pas mener une autre politique que celle ordonnée par les maîtres. Ils n’ont pas voulu dissiper l’illusion qu’un changement à la tête de l’État, ou une autre majorité, pouvait changer le rapport de force entre le grand patronat et la classe ouvrière.
Mélenchon ne l’a pas dit, et ne pouvait pas le dire, parce que tout son jeu politique consiste à offrir ses services à la classe dominante avec comme argument de vente qu’il peut prendre le relais d’un Hollande discrédité pour continuer, avec plus d’efficacité, à entretenir les mêmes illusions.
Et ce n’est pas faire un procès d’intention à l’homme, bien que sa carrière politique d’ancien ministre témoigne de son véritable engagement. A-t-il pu changer ? Mais, même dans ses propos d’opposition les plus tonitruants, il ne met jamais en question le système capitaliste, il ne met jamais en cause l’ordre social basé sur l’exploitation.
Alors oui, les partis réformistes même à la gauche du PS, l’ancien, le PCF, et le nouveau, le Parti de gauche, portent une part de responsabilité dans l’évolution réactionnaire des choses, dans la désorientation du mouvement ouvrier et de ses militants.
Les travailleurs n’ont pas intérêt à faire confiance à ces gens. Tous ceux qui ont apporté leur caution à cette escroquerie qui consistait à présenter Hollande comme un espoir pour les travailleurs ne sont pas plus fiables aujourd’hui lorsqu’ils s’en prennent à lui. C’est simplement qu’ils préparent d’autres escroqueries !
Afficher son entrée en opposition est encore un mensonge au moins par omission. Tout le jeu de l’alternance, qui constitue la quintessence de la démocratie bourgeoise, est fait pour faire croire aux exploités que la simple alternance entre une droite et une gauche qui se succèdent au gouvernement pour mener la même politique contient l’espoir d’un changement, alors qu’on ne change de majorité que pour mener la même politique.
Qu’on formule cela dans un langage démagogique ou pas ne change rien à l’affaire.
Mélenchon appelle à une manifestation le 5 mai pour la « sixième république ». Comme si un changement d’étiquette, même assorti d’un coup de balai dans le personnel politique – pour faire place à d’autres, aussi dévoués au grand capital ? – changeait quoi que ce soit au fait que c’est l’État, tout l’État qui est au service de la grande bourgeoisie, de l’organisation capitaliste de la société. Le réformisme, même exprimé par des manifestations et pas seulement dans les couloirs du Parlement, n’en reste pas moins du réformisme.
Ce qui est déterminant pour les travailleurs et pour toute la société, c’est la lutte des classes, c’est le rapport de force entre la bourgeoisie et la classe ouvrière. Tous ceux qui dissimulent la réalité de la lutte des classes derrière le petit jeu parlementaire sont des ennemis de la classe ouvrière.
… dans l’évolution réactionnaire des choses, dans la désorientation du mouvement ouvrier et de ses militants.
Les travailleurs n’ont pas intérêt à faire confiance à ces gens. Tous ceux qui ont apporté leur caution à cette escroquerie qui consistait à présenter Hollande comme un espoir pour les travailleurs ne sont pas plus fiables aujourd’hui lorsqu’ils s’en prennent à lui. C’est simplement qu’ils préparent d’autres escroqueries !
Afficher son entrée en opposition est encore un mensonge au moins par omission. Tout le jeu de l’alternance, qui constitue la quintessence de la démocratie bourgeoise, est fait pour faire croire aux exploités que la simple alternance entre une droite et une gauche qui se succèdent au gouvernement pour mener la même politique contient l’espoir d’un changement, alors qu’on ne change de majorité que pour mener la même politique.
Qu’on formule cela dans un langage démagogique ou pas ne change rien à l’affaire.
Mélenchon appelle à une manifestation le 5 mai pour la « sixième république ». Comme si un changement d’étiquette, même assorti d’un coup de balai dans le personnel politique – pour faire place à d’autres, aussi dévoués au grand capital ? – changeait quoi que ce soit au fait que c’est l’État, tout l’État qui est au service de la grande bourgeoisie, de l’organisation capitaliste de la société. Le réformisme, même exprimé par des manifestations et pas seulement dans les couloirs du Parlement, n’en reste pas moins du réformisme.
Ce qui est déterminant pour les travailleurs et pour toute la société, c’est la lutte des classes, c’est le rapport de force entre la bourgeoisie et la classe ouvrière. Tous ceux qui dissimulent la réalité de la lutte des classes derrière le petit jeu parlementaire sont des ennemis de la classe ouvrière.
Le drame de la classe ouvrière, c’est que ne s’agitent sur la scène politique que des partis qui, sous des formes certes différentes, se placent sur le terrain de la bourgeoisie et de l’ordre capitaliste.
Il n’y a pas un parti, en tout cas un parti crédible, qui se situe clairement sur le terrain de la classe ouvrière, de ses intérêts matériels et politiques. Un parti qui, dans tous les événements qui se succèdent, oppose à toutes les nuances de la politique bourgeoise une politique de classe. Un parti qui prenne systématiquement le contre-pied des idées qui sont véhiculées aussi bien par la droite que par la gauche, et jusqu’au langage patronal. Car c’est bien un signe de recul de la conscience politique des exploités que ces termes du langage de la bourgeoisie que sont « compétitivité », « protectionnisme », « nécessité de rembourser la dette » « intérêt national », non seulement ont trouvé droit de cité sans être combattus, mais se sont transformés en vérités absolues avec la complicité de tous les grands partis et des confédérations syndicales.
L’utilisation des mots de la bourgeoisie n’est qu’une indication d’une réalité plus profonde. Pour défendre ses intérêts, la classe ouvrière a besoin d’un parti pour se battre et pour imposer ses propres exigences. Le grand patronat mène une lutte acharnée pour sauvegarder et accroître ses profits malgré la crise de son économie. Les licenciements collectifs, la généralisation de la flexibilité, la baisse du pouvoir d’achat des salariés sont l’expression de cette nécessité du point de vue patronal.
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L’affaire Cahuzac et les marchands d’illusions
Chaque jour apporte sa dose de révélations dans l’affaire Cahuzac, amplifiée par des rumeurs. Cahuzac aurait-il caché en Suisse puis à Singapour, non pas 600 000 euros, mais 15 millions ? Aurait-il accumulé cette somme grâce à son dur labeur de chirurgien capillaire, exercé pour compléter son salaire de député puis de ministre ? Ou s’agit-il de généreux pourboires versés par des laboratoires pharmaceutiques pour lesquels il aurait joué les intermédiaires auprès de cabinets ministériels de la Santé ? Et quid des comptes du trésorier de campagne de Hollande aux îles Caïmans ? Que cachent les dénégations des ministres mis en cause ?
Cahuzac, prototype de ces ministres qui prêchent les sacrifices à la population, ayant fait de la lutte contre la fraude fiscale son affaire et se révélant fraudeur, tricheur et corrompu, cela fait évidemment du mal à la « République irréprochable ».
Ce n’est pas pire en réalité sous Hollande que sous ses prédécesseurs, mais la droite et à plus forte raison l’extrême droite dans l’opposition se gênent moins que la gauche pour dénoncer des pratiques qui leur sont communes. Et, surtout, la crise déclenchée au sommet de l’État s’ajoute à la déception que la politique de Hollande provoque dans l’électorat populaire.
Les travailleurs auraient pu en rester à faire des plaisanteries sur ce ministre, pilier du gouvernement, pris la main dans le pot de confiture. Mais, après dix mois de gouvernement socialiste, le rire leur reste dans la gorge, étranglés qu’ils sont par le chômage, les licenciements, la baisse du pouvoir d’achat, la flexibilité, la politique d’austérité.
Quel « choc de moralisation » ?
Voilà les hommes politiques du PS comme de l’opposition qui se succèdent à la télévision pour jouer la transparence, insister sur la modestie de leur logement ou l’âge canonique de leur automobile, annoncer un « choc de moralisation » avec de nouvelles lois et de nouvelles commissions, côté gouvernement, et réclamer la dissolution de l’Assemblée nationale ou au moins un remaniement ministériel, côté opposition. Et le Premier ministre de se faire traiter de « repris de justice » à l’Assemblée où les députés, d’ailleurs des deux bords, commencent à clamer qu’il ne faut pas exagérer sur la transparence !
Tout cela donne une image de déliquescence ! Malgré la virulence des joutes verbales entre les chefs des deux camps, on sent cependant leur profonde connivence et volonté commune que la crise n’aille pas trop loin.
En attendant, tout cela illustre à quel point la bourgeoisie a les hommes politiques qu’elle mérite dans ce monde capitaliste où l’argent est la vertu suprême.
Pendant les scandales, les affaires continuent. La politique antiouvrière aussi. Le jour même où la majorité et l’opposition s’étripaient, l’Assemblée votait le projet de loi de flexibilisation de l’emploi.
Personne ne peut écarter l’éventualité que la crise politique se transforme en crise institutionnelle. Mais la bourgeoisie en a vu d’autres et elle est bien placée en tant que corruptrice pour connaître la vénalité, l’irresponsabilité personnelle de ses hommes politiques. Elle fait avec.
Les communistes révolutionnaires n’ont pas à participer à ce concours d’hypocrisie. Ils n’ont pas à se joindre au choeur des tenants d’une « République irréprochable » ou d’une « démocratie propre ».
Qu’est-ce que cela changerait pour les exploités que les hommes politiques de la bourgeoisie soient propres, qu’ils défendent le grand patronat et le pouvoir de l’argent sans se servir au passage ? Cahuzac, en tant que ministre de l’austérité pure et dure, présenté comme un pilier du gouvernement, comme le plus efficace des ministres, était-il meilleur du point de vue des intérêts des travailleurs, que ce qu’il s’est révélé être ?
Les communistes n’ont certainement pas à revendiquer que l’État de la bourgeoisie soit plus propre, plus efficace. Ils combattent cet État avec, dans leurs perspectives, sa disparition.
Un autre numéro pour la République ?
La crise politique qui est en train de s’amorcer, la déliquescence aux sommets de l’État peuvent cependant entraîner des conséquences y compris pour la classe ouvrière.
Si le Front national renforce son influence à la faveur de cette crise, comme c’est vraisemblable, cela représente une menace grave pour la classe ouvrière. Malgré sa démagogie de « défenseur de la veuve et de l’orphelin » – à condition qu’ils soient français –, non seulement le FN gouvernera au profit de la bourgeoisie, comme les autres, comme les Sarkozy et Hollande, comme ce fameux « UMPS » qu’il dénonce, mais il représentera une variante plus autoritaire du pouvoir de la bourgeoisie avec comme objectif, non pas de composer avec les organisations réformistes de la classe ouvrière, mais de faire taire celle-ci.
Mais faire face à ce danger, cela ne se fait pas en prétendant vouloir nettoyer les écuries d’Augias de la démocratie bourgeoise !
C’est ce que prétend Mélenchon en appelant à une manifestation le 5 mai pour la « 6e République », pour « donner un coup de balai (afin de) purifier cette atmosphère politique absolument insupportable ». Il a déjà entraîné dans son sillage le PCF, quelques écologistes du genre d’Eva Joly. Peut-être en entraînera-t-il d’autres du côté de ceux qui se prétendent sur la gauche de la gauche, voire du côté de quelques dirigeants du Parti socialiste qui veulent prendre leurs distances avec Hollande et son bilan désastreux. Après tout, avant de devenir ministre, Montebourg a été un chaud partisan de la 6e République.
Comme si changer le numéro de la République allait changer l’appareil d’État, ces armadas de fonctionnaires qui assurent la permanence du pouvoir pendant que les ministres s’agitent sur le devant de la scène et servent de fusibles le cas échéant ! Comme si une éventuelle 6e République ne serait pas dans la lignée des autres qui ont, toutes, défendu la propriété privée et l’exploitation ! Comme si, en changeant de numéro, l’État cesserait d’être au service d’une minorité dont il défend la fortune, les privilèges et le pouvoir exclusif sur l’économie.
La classe ouvrière doit avoir sa politique
Alors, un coup de balai, pour quoi faire ? Changer une partie du personnel politique pour en mettre une autre à la place ? Manifestement, l’ambition de Mélenchon se limite à cela. Les communistes révolutionnaires n’ont aucune raison de lui apporter leur caution.
Ce n’est pas seulement en raison du passé de Mélenchon, encore que le passé éclaire le présent. Son passé, ce n’est pas seulement sa fonction ministérielle dans le gouvernement Jospin, mais c’est aussi le fait que ce Hollande, dont il dit pis que pendre aujourd’hui, il a contribué à le faire élire, et il s’en est gargarisé. Le PCF qui tout en appelant à la manifestation du 5 mai n’a pas les mêmes raisons que Mélenchon de se donner des allures de tribun, ne serait-ce que pour des raisons liées aux élections municipales, exprime d’ailleurs clairement, par la bouche de Pierre Laurent, l’objectif de la manifestation : « Nous devons construire les bases d’un nouveau contrat politique majoritaire qui unisse tous ceux qui ont voté pour le changement au printemps dernier. » Et voilà comment réchauffer le plat qu’on nous a déjà servi en 2012 !
Nous ne pouvons pas prévoir si la crise politique actuelle se résorbera avec la complicité de protagonistes venant des deux camps, droite et gauche, au nom de de la « défense des valeurs républicaines », ou si, au contraire, elle débouchera sur une crise institutionnelle. Mais, pour que la classe ouvrière ne soit pas à la remorque des différentes forces de la bourgeoisie, il faut qu’elle se manifeste sur le terrain politique.
La classe ouvrière ne se sent pas encore en position de le faire même pour défendre ses intérêts matériels vitaux ? Sans doute. Mais les choses peuvent changer très vite et on ne peut pas exclure que les turpitudes aux sommets de l’État s’ajoutent à tout le reste pour provoquer un sursaut dans les classes exploitées, victimes de la classe capitaliste et de ses serviteurs politiques de tout bord.
Il se peut que l’histoire à venir exige de la classe ouvrière, non seulement qu’elle reprenne l’initiative à la bourgeoisie sur le terrain de ses revendications économiques, mais aussi, surtout si l’extrême droite profite des circonstances pour renforcer ses positions, sur le terrain politique. Mais c’est justement dans les périodes de crise que les travailleurs doivent être conscients de leurs intérêts politiques et ne pas croire les marchands d’illusions. Ceux qui appellent à manifester le 5 mai le sont tous, quelles que soient leurs motivations disparates.
Les communistes révolutionnaires n’ont aucun moyen de provoquer le sursaut nécessaire du camp des exploités. Mais, aussi peu nombreux qu’ils soient, ils peuvent et doivent dire la vérité aux travailleurs. Ils peuvent appeler un chat un chat, et un homme politique, même démagogue, mais qui défend l’ordre capitaliste et l’État bourgeois, un serviteur politique de la bourgeoisie dont il n’y a rien de bon à attendre.
Georges KALDY
http://www.lutte-ouvriere-journal.org/index.php?act=artl&num=2332&id=2
Les trahisons de la social-démocratie française, ouvertement ralliée à la défense des intérêts de son propre impérialisme depuis 1914, les trahisons du stalinisme, converti en France en défenseur du système capitaliste depuis 1935, la politique menée depuis cette date par le PCF au nom de la défense de “l’intérêt national”, la démoralisation de la fraction la plus militante de la classe ouvrière causée par l’éclatement de l’URSS et la disparition des Démocraties populaires, tout cela a fini par anéantir pratiquement toute conscience de classe. C’est pourtant cette conscience de classe, cette identité sociale commune à tous les exploités, qu’il faut opposer à tous les discours sur l’identité nationale.
Faire ressurgir cette conscience que les travailleurs ont des intérêts opposés à ceux de la bourgeoisie à laquelle ils vendent leur force de travail, des intérêts qui sont les mêmes que ceux des exploités de tous les pays, ne dépend pas seulement des efforts propagandistes de quelques poignées de militants restés fidèles à l’internationalisme prolétarien. La conscience de classe ne pourra s’épanouir de nouveau que dans le feu des combats que la classe ouvrière sera bien obligée de livrer un jour si elle veut cesser d’être la seule à supporter l’essentiel du poids de la crise économique. Mais cette conscience ne renaîtra pas non plus s’il n’existe pas alors des militants combattant sous le drapeau de l’internationalisme prolétarien.
C’est pourquoi […] nous devons, nous, rappeler que, comme Marx l’affirmait en 1848 dans le Manifeste communiste, “les prolétaires n’ont pas de patrie”. Ce n’était pas un slogan. C’était la constatation d’un fait, qui débouchait sur tout un programme, résumé en une phrase : “Prolétaires de tous les pays, unissez-vous !”
Un programme qui n’était pas la simple manifestation de bons sentiments prêchant la concorde entre tous les travailleurs. Mais un programme qui signifiait que la classe ouvrière ne pourra se libérer de l’esclavage salarié, et libérer du même coup toute l’humanité, qu’en s’unissant par-dessus les frontières, par-delà les différences de couleur de peau, de langue, d’ethnie ou de nationalité.
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Le premier signe du revirement économique fut la diminution des investissements productifs des entreprises américaines dès la fin des années 1960. La deuxième manifestation fut beaucoup plus spectaculaire : le 15 août 1971, sous la pression des spéculateurs, le président des États-Unis de l’époque, Richard Nixon, annonça la fin de la convertibilité du dollar avec l’or. Ce fut le début d’un chaos monétaire mondial qui déclencha la crise des années 1970.
Dans le système de changes à parité fixe de Bretton Woods, chaque État était sous la constante surveillance des autres qui ne voulaient pas se faire voler dans les échanges internationaux. Les dévaluations étaient la reconnaissance officielle qu’un État avait abusé de la planche à billets. Mais cela ouvrit tout un champ à la spéculation, car il n’était pas bien difficile pour les financiers d’anticiper les dévaluations des monnaies les plus faibles. Et c’est la spéculation contre le dollar qui fit exploser le système de Bretton Woods.
Pour financer les prêts de la reconstruction, qui leur revenaient sous forme de commandes pour leur industrie, les États-Unis avaient déversé dans l’économie américaine et mondiale toujours plus de dollars. Aux États-Unis même, l’inflation était quasiment continuelle. Le système de Bretton Woods avait un immense avantage pour eux, car il leur permettait d’exporter leur inflation vers tous les autres pays qui, contraints de garder des réserves de dollars pour les échanges internationaux, voyaient la valeur de ces réserves diminuer.
Mais ce faisant, les États-Unis contribuaient aussi à décrédibiliser leur propre monnaie et à prêter le flan à la spéculation contre le dollar. D’autres monnaies, comme le Deutsche Mark et le yen, commençaient à pouvoir faire concurrence au dollar comme réserve de change.
D’autant plus que les États-Unis n’étaient pas les seuls à « fabriquer » des dollars. Toutes les grandes banques capitalistes européennes avaient accumulé des dollars dans leurs comptes au fur et à mesure de la reconstruction. Et elles pouvaient, elles aussi, prêter des dollars, émettre des crédits en dollars. Ces crédits émis par des banques non-américaines, donc qui échappaient au contrôle de l’État américain, furent appelés les « euro-dollars ». Ils vinrent encore augmenter la masse de « billets verts » dans laquelle baignait l’économie mondiale.
Le coup de grâce fut le financement de la guerre du Viêt-Nam, à la fin des années 1960, par la planche à billets. Dès lors, la spéculation contre le dollar fut irrésistible : le trop plein de dollars fit chuter sa valeur, le faisant tomber bien en-dessous du taux de 35 dollars l’once défini à Bretton Woods. Le risque pour les États-Unis de voir des banques centrales étrangères demander d’échanger leurs dollars contre de l’or devenait critique. La solution fut donc de renoncer à la règle de la convertibilité.
L’annonce de la fin de la convertibilité du dollar avec l’or attisa encore la spéculation et, après quelques tentatives de replâtrage, le système des parités fixes entre monnaies fut définitivement abandonné en mars 1973. Toutes les monnaies flottèrent les unes par rapport aux autres uniquement en fonction de l’offre et de la demande.
La fin du système monétaire de Bretton Woods soulignait que tout le développement de l’économie s’était fait sous la perfusion des interventions étatiques, à commencer par celles des États-Unis. Les États avaient soutenu leurs trusts en faisant toujours plus tourner la planche à billets.
En même temps, cela signifiait que ces mêmes États renonçaient dorénavant au moindre garde-fou monétaire, aussi minime soit-il, pour essayer de maîtriser l’émission d’argent. Et cela annonçait la financiarisation de l’économie.
Mais avant cela, et même juste avant que n’éclate la crise qui couvait, les multinationales du pétrole prirent la main. Et leur intervention fut le déclencheur catastrophique de la crise.
Considérablement renforcées durant les années d’après-guerre, les trusts du pétrole constituaient un cartel d’une puissance encore jamais vue. Les « Sept sœurs » étaient cinq compagnies américaines issues du trust de Rockefeller (Exxon, Chevron, Texaco, Mobil et Gulf Oil), une était anglaise (BP) et une anglo-néerlandaise (Shell). Durant des années, elles avaient arrosé l’économie mondiale de pétrole bon marché pour évincer la concurrence des autres sources énergétiques comme le charbon.
Bien qu’extrêmement puissantes, elles ne pouvaient pas empêcher la crise économique qui s’annonçait, elles ne pouvaient rien faire contre la contraction des marchés. Mais elles l’anticipèrent pour rafler la mise. Se rendant compte que la baisse des investissements et la crise monétaire annonçaient une récession d’ampleur, ces sept sociétés géantes firent le choix de réduire leurs investissements pour anticiper la baisse de la demande, à un point tel que cela ferait monter les prix. Elles vendraient moins mais plus cher, beaucoup plus cher.
Cette attitude malthusienne consistant à réduire la production par avance, est typique des monopoles lorsque la crise approche. Pouvoir jouer sur les prix et faire payer aux autres branches de l’économie un taux de profit supérieur à la moyenne est pour eux une arme décisive. Là, ils en usèrent dans une opération d’une ampleur historique.
Cette politique fut décidée dès 1971, avec la complicité de l’appareil d’État américain qui lança l’année suivante une campagne sur la pénurie énergétique à venir, une campagne que suivirent tous les grands États.
Pour le grand public, la responsabilité de l’augmentation brutale des prix du pétrole revint aux pays producteurs via l’OPEP, l’Organisation des Pays Producteurs de Pétrole, qui annonça cette augmentation en 1973. En réalité, l’OPEP était en étroite relation avec les Sept sœurs et sous leur coupe.
Les prix du pétrole furent multipliés par quatre. Les profits déclarés des Sept sœurs augmentèrent de 54 % en 1973, puis de 67 % en 1974. Leur taux de profit, qui s’élevait en moyenne à 11 % sur la période 1963-1972 passa à 19 % en 1974. Cette attitude des multinationales du pétrole préfigurait la politique que les monopoles des autres branches allaient eux aussi appliquer par la suite : contingenter et limiter la production pour empêcher leur taux de profit de baisser, voire le faire remonter.
Mais cette politique fut en elle-même une cause majeure de l’aggravation de la crise, car l’augmentation des prix du pétrole, outre son impact sur les couches populaires, heurta de plein fouet bon nombre d’entreprises qui virent leur facture énergique exploser.
La crise économique éclata aux États-Unis en 1974 puis se propagea au reste du monde. Elle fut générale, brutale et profonde. La production recula à tous les niveaux : aux États-Unis, dans tous les pays impérialistes et à l’échelle mondiale.
La réponse des États à cette crise, la plus profonde à l’époque depuis 1929, fut d’inonder d’argent les canaux financiers. Pour soutenir les banques et les grands groupes industriels au bord de la faillite, l’argent public coula à flots. Les États s’endettèrent et firent marcher la planche à billets sans retenue, ce qui entraina une poussée fiévreuse de l’inflation.
Sur le coup, le remède empêcha l’économie de plonger dans une crise encore plus grave. Mais il ne résolvait rien. La brutalité de la crise était l’expression du fait que le cadre du développement économique de l’après-guerre avait atteint ses limites. En empêchant la crise économique d’aller jusqu’au bout, l’intervention des États l’empêchait de jouer son rôle régulateur, celui de purger l’économie des entreprises les moins productives. Ce n’était pas la petite entreprise qui profitait de l’intervention de l’État, c’était le trust capable d’user jusqu’à la corde ses machines vétustes et de vendre très cher.
En revanche, cela n’empêcha pas ces grands groupes de licencier et les petites entreprises de faire faillite. En France le chômage qui, depuis la guerre ne dépassa officiellement jamais les 500 000 travailleurs avant 1974, bondit à 840 000 en 1975 et dépassa le million dès 1977.
L’économie mondiale entrait dans une situation de crise généralisée, caractérisée par la réticence des capitalistes à investir dans la production et par un chômage de masse.
Or, à cause de l’intervention des États, la quantité de capitaux disponibles avait encore grossi. Où allaient donc s’investir ces capitaux qui évitaient la production ? Où allaient trouver à se placer les « euro dollars », les « pétro dollars » tiré de l’augmentation des prix du pétrole, et toute la monnaie que les États avaient injectée ?
D’abord les capitalistes prêtèrent aux États, en commençant par ceux des pays du tiers-monde, puis ils poussèrent les États à privatiser les entreprises publiques profitables, et surtout la sphère des placements financiers en tous genres se développe. Sans limite.
[la suite]

La Deuxième Guerre mondiale modifia radicalement les rapports de force entre les différents impérialismes. L’Europe exsangue, l’impérialisme américain sortait grand vainqueur. Son économie était la plus moderne, elle était adossée à un marché continental, et ses rivaux les plus menaçants, l’Allemagne et le Japon, avaient été écrasés.
Les rivalités entre grandes puissances se résolvaient, au moins temporairement, par la domination incontestée de l’une d’entre elles, les États-Unis.
L’hégémonie économique des États-Unis les poussait naturellement vers la domination du marché mondial. Et de ce point de vue, ils avaient tout intérêt à la fin des empires coloniaux, ces chasses gardées des vieux impérialismes européens.
Ainsi, lorsque, dès la fin de la guerre, une puissante vague d’émancipation secoua les colonies, les États-Unis ne s’y opposèrent pas : ils surfèrent dessus. Au fur et à mesure des luttes d’indépendance, les zones d’influence de chaque impérialisme volèrent en éclat. Et ne pouvant échapper au pillage capitaliste, les ex-colonies, formellement indépendantes, devinrent alors un marché ouvert à tous les impérialismes, à commencer par le plus puissant d’entre eux, l’impérialisme américain.
Sous la domination des États-Unis s’organisa la reconstruction. Il fallait remettre en route les appareils productifs, relancer les échanges commerciaux internationaux et leur donner un cadre monétaire.
À partir de cette nouvelle donne, l’économie capitaliste se redéveloppa. Mais cela ne se serait pas réalisé si les États n’étaient pas intervenus directement dans l’économie.
Le capitalisme industriel français est, à ce titre, un exemple tout-à-fait parlant.
À cause d’un marché national réduit et du fait de la vétusté du matériel de production que les capitalistes avaient usé jusqu’à la corde, au sortir de la guerre, le taux de profit était tombé très bas. Et pour les branches dont la production était essentielle au redémarrage de l’économie, et qui demandaient de gros investissements sur le long terme, aucun capitaliste n’était prêt à mettre la main à la poche.
Alors ce fut l’État qui s’en chargea, en nationalisant des branches entières de l’économie. Les mines de charbon du Nord et du Pas-de-Calais furent nationalisées en décembre 1944 ; le transport aérien, en septembre 1945 ; une partie de l’industrie automobile avec Renault, en 1945 ; la Banque de France responsable de l’émission du franc, ainsi que les principales banques de dépôt comme le Crédit lyonnais, la Société générale ou encore la Banque nationale pour le commerce et l’industrie (qui donnera plus tard naissance à la BNP) en 1945 ; et le gaz et l’électricité en 1946.
Il ne s’agissait pas d’expropriation. L’État versa aux capitalistes de quoi largement aller investir ailleurs, là où les profits étaient juteux et assurés. On estime le coût total de l’ensemble des nationalisations à 6000 milliards de francs de l’époque. Pour comparaison, la dette de l’État français en 1945 était de 1800 milliards de francs.
D’un côté, l’État prenait en charge toutes les branches déficitaires, de l’autre, la bourgeoisie, s’appuyant sur cette béquille étatique, rebâtissait ses empires industriels.
Marcel Boussac, industriel du textile, le « roi des cotonnades », avait construit sa fortune d’abord comme fournisseur de l’armée française pendant la guerre de 1914-1918, puis celle de 1939-1940. Il fut aussi fournisseur de l’armée allemande. Il avait des plantations en de multiples endroits de l’empire colonial français. Après la guerre, loin d’être inquiété, il reçut une aide financière importante de l’État pour moderniser ses usines en achetant des machines à tisser dernier cri aux États-Unis. Sa richesse croissante fit de lui un temps la plus grosse fortune d’Europe.
L’avionneur de l’entre-deux guerres, Marcel Bloch, est lui aussi emblématique de cet enrichissement grâce à l’État. Après avoir survécu à neuf mois de camp de concentration, il revint en France, changea de nom, devint Marcel Dassault et reprit une partie de ses usines. En 1949, l’État français distribua les rôles : aux entreprises nationalisées (comme Sud-Aviation, Nord-Aviation, etc… qui donneront plus tard Airbus et EADS) le secteur concurrentiel de l’aviation civile, et à Marcel Dassault le secteur ultra-protégé de l‘aéronautique militaire. Les guerres coloniales furent un de ses premiers marchés : il fit de très bonnes affaires en vendant à l’armée des avions de transport de troupes.
Il faut aussi mentionner Francis Bouygues. Dans les années 1960, il développa son entreprise du BTP grâce au marché des logements sociaux commandés par l’État. Il en recevait la commande de 15 000 par an. Son premier gros coup fut la construction du stade du Parc des Princes à Paris. Pour évincer ses concurrents, il présenta un projet beaucoup moins cher, mais une fois le contrat obtenu, il dénonça les termes de l’appel d’offre pour, au final, se faire payer le double du prix.
Les grands groupes industriels et financiers qui se développèrent ainsi en s’appuyant sur l’État se retrouvèrent presque immédiatement en position de monopole. Et tout naturellement, comme aux premiers temps de l’impérialisme, l’État les aida à exporter leurs marchandises et leur capital à l’étranger. Fin des années 1960, début des années 1970, Dassault vendait ses avions Mirage IV partout dans le monde et Bouygues construisait le complexe olympique de Téhéran en Iran en vue des Jeux o
Olympiques asiatiques de 1974.
Les États nationaux servaient de béquille à leur capitalisme, et derrière eux, à l’échelle internationale, il y avait l’État américain qui finançait la reconstruction, comme avec le plan Marshall, et qui garantissait le système monétaire international.
Pour que les échanges internationaux reprennent, il fallait que les monnaies soient suffisamment stables les unes par rapport aux autres. Un système monétaire stable était essentiel à la reconstruction.
La monnaie permet de fluidifier les échanges et de faire que les marchandises puissent facilement s’évaluer les unes par rapport aux autres. C’est vrai pour tous les échanges à l’échelle nationale comme à l’échelle internationale.
Dans l’histoire des échanges commerciaux, les premières monnaies furent d’abord des marchandises comme les autres, simplement plus recherchées que les autres. Et ce furent les métaux précieux comme l’or qui finirent par s’imposer.
Avec le capitalisme industriel, l’argent eut un rôle sans cesse étendu. Au point que se fit ressentir le besoin de nouveaux types de monnaie qui, petit à petit, prirent la place des métaux précieux : la monnaie de papier et sa représentation encore plus abstraite, la monnaie scripturale, c’est-à-dire les dépôts bancaires.
Derrière ces papiers, ces billets de banque ou encore derrière les lignes de comptes représentant un avoir dans une banque, il y a toujours un organisme, et au bout du compte un État, qui garantit la valeur du bout papier ou du compte immatériel.
Au départ, les choses se passèrent comme si ces organismes avaient échangé toutes les pièces d’or contre cette nouvelle monnaie abstraite et garantissaient qu’à n’importe quel moment, n’importe qui pouvait venir récupérer la quantité d’or correspondant à la valeur de ses billets ou de son compte en banque.
C’est à peu près ainsi que, dans chaque pays capitaliste, la monnaie nationale fonctionna jusqu’en 1914. À l’échelle internationale, c’était l’or qui jouait le rôle de monnaie. Chaque monnaie était convertible en or. Chaque bout de papier ou dépôt en banque correspondait à une certaine quantité d’or et donc pouvait raisonnablement la représenter.
La quantité de monnaie nécessaire au fonctionnement de l’économie est fonction de la quantité et de la vitesse des échanges de marchandises ou des investissements, c’est-à-dire au bout du compte fonction de la quantité de richesses produites. Plus on produit de richesses, et plus il y a besoin de monnaie. Il faut qu’en face de toutes les marchandises qui s’échangent il y ait de la monnaie en quantité suffisante.
La valeur de la monnaie de papier ou scripturale ne se trouve que dans la garantie de l’organisme qui l’émet, et en définitive dans l’autorité d’un l’État. Derrière le billet de banque, il y a le gendarme qui peut imposer l’usage d’une monnaie, en définir le cours et qui fait la chasse aux faux-monnayeurs.
En tant que garant en dernier ressort de la monnaie, l’État est aussi celui qu’il l’émet. Et il a toujours eu la tentation de financer ses dépenses fastueuses ou ses guerres en émettant la monnaie dont il avait besoin. Au Moyen-Âge, le roi de France Philippe Le Bel avait suscité la haine de tous les marchands d’Europe parce qu’il avait fait rogner sur le pourtour les pièces d’or émises dans ses ateliers royaux pour en fondre un peu plus. Avec la monnaie de papier et la monnaie scripturale, un champ infini s’ouvrait aux États pour créer de la monnaie à partir de rien. Et l’État devint de fait le premier faux-monnayeur.
Mais la toute-puissance d’un État ne peut pas aller contre les lois de l’économie. Et s’il émet trop de monnaie, l’économie se venge, la monnaie se déprécie, c’est l’inflation.
La convertibilité des monnaies avec l’or était une sorte de garde-fou pour les États. Elle leur imposait une certaine rigueur. S’ils émettaient trop de papier-monnaie par rapport aux besoins de l’économie, les excédents leur revenaient pour être échangé contre de l’or. Faire tourner inconsidérément la planche à billets, cela signifiait prendre le risque de voir fondre le stock d’or de l’État.
Mais la domination des monopoles sur l’économie développa le recours aux dépenses d’État. Pour soutenir les profits des monopoles, les États eurent de plus en plus eu recours à la planche à billets.
Et quand la Première Guerre mondiale éclata, avec ses dépenses d’armement gigantesques, les monnaies se déprécièrent, l’inflation devint galopante et les États européens durent suspendre la convertibilité de leur monnaie en or. La crise de 1929 et la Deuxième Guerre mondiale n’améliorèrent pas les choses.
Au sortir de la Deuxième Guerre mondiale, seuls les États-Unis avaient encore la capacité d’indexer leur monnaie sur l’or. Dans le cadre d’accords internationaux dits de Bretton Woods, la petite ville américaine où ils furent ratifiés en 1944, le dollar devint la monnaie internationale, seule monnaie convertible en or à 35 dollars l’once (une once correspondant à 31,1g).
Les autres monnaies des États capitalistes n’étaient plus définies par rapport à l’or mais par rapport au dollar. Un nouvel organisme, largement contrôlé par les États-Unis, le Fonds monétaire international (FMI), capable de fournir des crédits en cas de besoins, joua le rôle d’autorité internationale veillant aux taux de change fixe des monnaies vis-à-vis du dollar.
Le système de Bretton Woods n’empêcha absolument pas les États de recourir à la planche à billets. L’État français ne se gêna pas. C’est en émettant de la monnaie ne correspondant à aucune valeur créée qu’il soutenait les trusts nationaux. Cela revenait à faire payer les couches populaires qui voyaient fondre leur pouvoir d’achat à cause de l’inflation. Au niveau international, ces poussées inflationnistes obligeaient l’État français à reconnaître que sa monnaie s’était dépréciée en dévaluant le franc par rapport au dollar.
Les États-Unis aussi firent largement marcher la planche à billets, nous y reviendrons. Mais globalement, ce système stabilisa les échanges internationaux, ce qui était essentiel pour le redémarrage du commerce mondial.
Les États-Unis possédant une économie capable de produire pour la planète, ils poussèrent à l’abaissement des barrières douanières entre États. Même si les vieilles puissances capitalistes se cramponnèrent à leurs tarifs douaniers pour réserver leur marché national à leurs trusts, la tendance allait cependant dans le sens de l’élargissement des marchés et de leur mondialisation. Car il était crucial, pour ces trusts qui se reconstituaient, de suppléer à la fin des marchés coloniaux. C’est pour cette raison que commencèrent les tractations entre puissances européennes pour abaisser leurs droits de douane les unes vis-à-vis des autres et créer un marché européen pour leurs trusts.
Voilà quel fut le cadre général du redéveloppement de l’économie d’après-guerre.
Mais au fil des années de reconstruction, au fil des cycles d’expansion et de crises, car il y en eu, l’économie capitaliste mondiale avançait vers une nouvelle saturation. De nouveau, les capitaux des trusts ne trouvèrent plus dans la production de débouchés aussi rentables qu’avant.
Aujourd’hui, alors que l’économie est cent fois plus mondialisée qu’elle ne l’était à l’époque de Marx, il est inepte et réactionnaire de proposer un repli national et il est d’autant plus essentiel de défendre l’internationalisme prolétarien. Pour nous, ce ne sont ni l’exportation de capitaux, ni l’importation de marchandises qui posent problème. Le “made in France”, le “produisons français”, le “patriotisme économique”, ce sont des balivernes, des idées réactionnaires. Il n’y a pas un bien de consommation courante qui ne résulte du travail de milliers de travailleurs de plusieurs pays, de plusieurs nationalités, de plusieurs continents ; et pour les capitalistes, l’argent n’a pas plus de frontières qu’il n’a d’odeur. Les révolutionnaires combattent bien sûr tous les licenciements, quel qu’en soit le motif d’ailleurs : que ce soit pour délocaliser, pour augmenter la productivité, pour dégager des fonds spéculatifs, etc.
Et comme pour les socialistes au début du XXe siècle, c’est aussi pour nous un progrès si l’industrie se développe en Chine, en Inde ou au Vietnam. Parce que cela renforce et élargit la classe ouvrière, et que ces prolétaires sont des alliés futurs des travailleurs de France, des États-Unis ou d’ailleurs. Bien sûr, ce qu’on voit surtout, c’est qu’ils sont surexploités, qu’ils n’ont pas le droit de s’organiser, qu’ils se suicident ou sont intoxiqués, souvent du fait de capitalistes occidentaux qui prétendent diriger des entreprises “citoyennes”. Mais la formation de la classe ouvrière, c’est aussi le développement de luttes. Et en Chine, en Inde ou au Bangladesh, des travailleurs se battent, parfois dans de grandes grèves, contre l’exploitation, pour des salaires plus élevés et de meilleures conditions de travail. Et ce que nous espérons, c’est que ces luttes, aujourd’hui économiques, deviennent un jour des combats politiques contre la bourgeoisie et pour le pouvoir des travailleurs. Nous fondons nos espoirs d’une société meilleure dans la lutte internationale des travailleurs et c’est la perspective dans laquelle nous nous plaçons.
Chavez ne combattait pas réellement l’impérialisme car il ne combattait pas la base sur laquelle il repose : la propriété capitaliste. Si l’État a pris, en partie, le contrôle de l’industrie pétrolière, il n’a pas exproprié les classes possédantes. Les riches ont continué à prospérer et sont toujours les maîtres de l’économie. Quant à « l’ennemi américain » il continue de piller le pétrole tant et si bien que le Venezuela est resté son principal fournisseur.
Malgré les mesures sociales, le pays est empêtré dans le sous-développement. Redistribuer aux plus pauvres une partie de la rente pétrolière n’a pas supprimé les inégalités, le chômage et la misère car l’économie du pays continue d’être pillée et dominée par les grandes puissances.
Sauf mettre à bas l’impérialisme, il n’y a pas d’échappatoire pour les pays pauvres. Et cela ne peut pas être le fait d’un homme providentiel car il ne s’agit pas seulement de remplacer un homme par un autre. Il s’agit de transformer les bases de la société, de remettre en cause la propriété capitaliste et faire en sorte qu’il n’y ait plus de privilèges et de privilégiés.
Cela ne peut se faire sans que la classe ouvrière s’en mêle. Cela ne peut se faire que collectivement, par l’organisation consciente de tous les exploités prenant la direction de l’économie. C’est la seule voie qui peut faire en sorte que dans des pays comme le Venezuela, l’Algérie, le Niger, le Gabon et bien d’autres encore, la grande majorité de la population ne soit pas condamnée à la misère.
Depuis le début, le régime de Chavez s’est servi des revenus du pétrole pour financer ses réformes sociales, mais le Venezuela ne peut échapper éternellement aux effets de la crise économique mondiale. La chute des prix du pétrole menace les programmes sociaux, engendre l’inflation et le chômage. La droite va être tentée de s’appuyer sur les régions sous son contrôle pour reprendre sa campagne contre le régime de Chavez. Elle pourrait même imiter l’oligarchie bolivienne et réclamer l’autonomie des régions riches en pétrole comme l’État de Zulia.
Dans le passé, plusieurs tentatives de coups d’État inspirées par la droite se sont soldées par un échec parce qu’elles ont provoqué, en retour, le soutien et la mobilisation des classes exploitées, conscientes que le retour de la droite et de l’oligarchie possédante signifierait la fin de certains progrès sociaux.
Ces élections du 26 septembre viennent de témoigner encore une fois du soutien populaire dont dispose Chavez, tout simplement parce qu’il est le premier gouvernement qui se soit soucié un tant soit peu des classes populaires.
Mais, du point de vue de celles-ci, ce régime ne pourra pas être toujours une garantie. Malgré les déclarations socialisantes de Chavez, celui-ci s’est limité à financer des programmes d’aides sociales, mais n’a entrepris aucune transformation profonde de la société. Ne cherchant nullement à exproprier les capitalistes privés qui dominent les secteurs clés de l’industrie et les banques, il leur a ainsi laissé toute leur puissance sociale, ce qui peut leur permettre de revenir en force demain.
Alors, pour leur avenir, les masses populaires vénézuéliennes ne peuvent se fier au seul « sauveur suprême » Chavez, mais seulement aux transformations qu’elles pourront imposer dans la société.
Quand la crise de 2008 a frappé le pays, comme dans n’importe quel autre pays capitaliste, l’État a pris des mesures d’austérité contre les classes populaires, notamment en relevant les impôts indirects et en accentuant la précarité des salariés.
Pendant treize ans, le régime a bénéficié des revenus les plus élevés que le pays ait jamais tirés des hydrocarbures, mais comme le régime n’a pas touché au système capitaliste, là aussi ce sont les banquiers qui ont tiré la part du lion. L’an dernier, leurs profits ont augmenté de 91 %. Cela découle du fait que le régime laisse filer sa dette, dont les intérêts remplissent les coffres des banques en même temps qu’elle alimente une inflation estimée à 100 %, façon supplémentaire de détériorer les conditions d’existence des classes populaires.
Le banquier Victor Vargas est le principal bénéficiaire du remboursement de la dette, par le biais de sa banque, la Banco Orientale de Descuento. Il en a tiré un tel profit qu’on le dit « le banquier préféré de Chávez », ce que celui-ci dément. Comment pourrait-il faire autrement alors qu’il lui arrive, quand il ne parle pas de « socialisme », de déclarer qu’il n’aime pas les riches, « comme Jésus » (sic), pour qui « être riche c’est mal » (re-sic). Ce message, destiné à ses soutiens populaires, ne coupe pas l’appétit des dirigeants chavistes qui, depuis treize ans, ont profité eux aussi de leur rôle à la tête de l’État pour s’enrichir personnellement. On parle désormais des « nouveaux riches » et d’une « bolibourgeoisie ».
Parmi les têtes d’affiches, Diosdado Cabello, qui fut militaire, ingénieur, ministre, gouverneur et président de l’Assemblée nationale, serait le plus riche des nouveaux riches. Chávez l’avait appelé « Jolis petits yeux » à la télévision mais il est si puissant et si craint qu’on le surnomme plutôt, en baissant la voix, « le parrain ». Il y a aussi Rafael Ramirez, l’ingénieur qui préside PDV SA et ses activités « sociales ». Il régnerait sur un empire évalué à 150 milliards de dollars et est connu pour avoir casé sa famille, qui partage ainsi sa réussite…
Parfois, en réponse à cette évolution, les chavistes se disent partisans d’un « socialisme avec patrons ». C’est évidemment une chimère. Dans les années 1930, le socialiste Léon Blum prétendait lui aussi servir au même titre les travailleurs et le capitalisme. C’est impossible. On ne peut servir deux maîtres, et dès lors que les patrons sont dans le jeu, c’est à eux que reviennent les meilleures parts.
Depuis treize ans, Chávez a rempli sa mission. Il a canalisé le mécontentement populaire. Les « missions sociales » ont certes amélioré les conditions de vie des 20 % les plus pauvres, ce qui n’est pas rien dans une Amérique latine très inégalitaire. Mais Chávez a bien plus encore augmenté la part prélevée par les plus riches et les multinationales. En 2011, les 20 % les plus riches ont accaparé 44 % de la richesse nationale quand 6 % revenaient aux 20 % les plus pauvres. Pour le moment, le régime n’est menacé ni par les États-Unis ni par ses opposants, comme il le fut dans les premières années, et les travailleurs révolutionnaires n’ont pas à dénoncer cette menace ni à s’y opposer, comme il était alors légitime de le faire.
Toute l’évolution récente du régime confirme que le Venezuela n’a rien d’un socialisme, ni du 20e ni du 21e siècle. Qu’il ait restauré les aides sociales qui ont existé à diverses périodes de l’histoire du pays, quand la rente pétrolière était forte – et elle n’a jamais été aussi forte – n’en fait pas pour autant un socialiste. Chávez n’est pas plus socialiste qu’Obama quand celui-ci met en place un système d’assurance-maladie. Comme nous l’écrivions déjà, en avril 2006, dans Lutte de Classe n° 96, « Chávez n’est pas un révolutionnaire sans boussole mais un nationaliste bourgeois, de surcroît formé par l’armée ; son horizon n’est pas l’émancipation de l’humanité ; ses alliés ne sont pas les prolétaires et les masses pauvres des pays voisins, mais les chefs d’État ; et il n’a nullement l’intention ni de s’attaquer à l’appareil d’État ni d’exproprier les grands moyens de production. »
De toute façon, il ne peut pas être question de socialisme sans intervention, et donc sans mobilisation des travailleurs eux-mêmes. Le socialisme n’est pas l’intervention de l’État dans l’économie, cela la bourgeoisie en crise peut très bien le faire comme après la crise de 1929 et la Deuxième Guerre mondiale ; ce n’est pas non plus une politique d’aide sociale. C’est Bismarck qui inventa la protection sociale, justement pour contrecarrer le développement du mouvement ouvrier socialiste. Le socialisme, le communisme, c’est une réorganisation de toute la société sur de nouvelles bases afin que l’ensemble des produits du travail humain profite, non pas à une minorité réduite, comme c’est le cas sous le capitalisme, mais à toute l’humanité.
Et cela ne peut connaître un début de mise en œuvre sans que la classe ouvrière elle-même ne s’en mêle. Si les travailleurs du Venezuela ou de n’importe quel pays d’Amérique latine s’engageaient dans cette direction, ils auraient besoin d’alliés. Ils en trouveraient en entraînant d’abord les opprimés de leur propre pays, mais aussi en s’adressant aux travailleurs et opprimés des pays voisins, y compris ceux des États-Unis. C’est la seule voie qui puisse permettre aux peuples du continent américain de s’émanciper de leurs bourgeoisies nationales comme de l’impérialisme.
À leur arrivée au pouvoir, les chavistes s’étaient heurtés à la Centrale des travailleurs vénézuéliens (CTV), dont la bureaucratie était liée à l’opposition. Ses dirigeants furent au premier rang de la grève de 2002-2003 contre Chávez. En 2004, le régime s’était lancé dans la mise en place d’une centrale syndicale concurrente, l’Union nationale des travailleurs (UNT), qui mobilisait les partisans de Chávez mais aussi des militants ouvriers qui, dans le passé, s’opposaient aux bureaucrates de la CTV. Deux ans après sa création, certains de ces militants constataient que « son inféodation aux dirigeants gouvernementaux excède celle de la CTV envers les gouvernements précédents. Ses manifestations sont des démonstrations de soutien à Chávez et à sa politique… Dans les négociations collectives ou les autres conflits, elle fait preuve du plus grand zèle pour aboutir à la conciliation ». (El Libertario, mai-juin 2006).
De même, Orlando Chirino, ouvrier trotskyste lié à l’un des courants morénistes, qui a participé à la naissance de l’UNT et s’est présenté cette année à l’élection présidentielle, faisait ce constat en 2008 : « L’UNT a été créée sous l’égide d’accords au sommet, avec un habillage pour la base. Très peu des membres de sa direction venaient des organisations de travailleurs. (…) Il fut décidé de ne convoquer de congrès qu’un an plus tard (…). Trois ans après, il eut lieu dans une atmosphère empoisonnée et si conflictuelle qu’il lui fut impossible d’adopter les statuts. (…) Les pratiques pro-gouvernementales de la CTV qu’on critiquait sont maintenant reproduites par les dirigeants de l’UNT, qui se soumettent sans conditions au gouvernement. »
En mars 2007, Chávez a déclaré : « Les syndicats n’ont pas à être autonomes. » L’UNT ne connaissant pas un développement assez rapide, le gouvernement favorise maintenant un Front socialiste bolivarien des travailleurs (FSBT). En revanche, il intervient directement dans des décisions dans un sens défavorable aux travailleurs. Il est attentiste dans le renouvellement des accords d’entreprise. Et des centaines d’accords expirent avant d’avoir été renouvelés, ce qui entraîne une dégradation des conditions de travail des salariés dépendant de ces contrats.
Les travailleurs du métro de Caracas avaient réussi à renégocier leur convention, mais le gouvernement est intervenu pour la dénoncer, menaçant de réquisition et de licenciement ces travailleurs s’ils se mettaient en grève pour défendre leurs acquis. Au final, les syndicalistes chavistes signèrent un accord liquidant les deux tiers des droits des salariés du métro.
En mars 2009, Chirino tirait ce petit bilan : « Pour quelque 2,5 millions de travailleurs du secteur public, ça fait presque cinq ans que leur convention n’a pas été révisée. Résultat : 70 % des travailleurs du secteur public sont au salaire minimum (…). Dans l’enseignement, ça fait trois ans que la convention a expiré ; celle des travailleurs de l’électricité s’est terminée l’an dernier. En dix ans, les travailleurs du pétrole ont perdu plein d’avantages. »
Ces dernières années, des grèves et des protestations ouvrières ayant échappé au contrôle des chavistes, l’État n’a pas hésité à réprimer les travailleurs en lutte, parfois dénoncés comme des « contre-révolutionnaires ». En 2008, par exemple, trois militants qui soutenaient des grévistes de la laiterie Alpina ont été assassinés par des nervis avec la complicité des patrons et des autorités de l’État. Une récente loi sur le travail vient de donner un cadre juridique à cette répression dénoncée par Chirino et d’autres : « Depuis 1974, je n’ai jamais vu un tel niveau de criminalisation de l’action revendicative. (…)Quand vous distribuez des tracts à la porte d’une usine, ou parlez dans un mégaphone, ou participez à un meeting, ils utilisent les forces de répression de l’État pour arrêter les responsables, les mettre en prison, puis monter des accusations contre eux. En définitive, il est interdit de nous approcher des usines où nous faisons notre travail politique. »
Cette politique antiouvrière n’est pas anodine. Elle sert à imposer la flexibilité du travail dans le secteur public. Le gouvernement a multiplié les contrats en CDD sans protection sociale. Il fait appel aux coopératives, dont il a encouragé le développement, comme sous-traitants de certains programmes publics. Or, les coopératives ont le droit d’embaucher des travailleurs précaires qui n’ont pas les mêmes avantages que les salariés en place. Sur un site Web pourtant chaviste, Aporrea, on pouvait lire : « La bourgeoisie actuelle, au Venezuela, a mis en œuvre un New Deal tropical, fait d’une flexibilité substantielle de la main-d’œuvre, d’emplois précaires, de syndicats maison, le tout accompagné par un discours nationaliste et des simulacres d’affrontements avec les banquiers, les propriétaires fonciers, les multinationales et l’impérialisme, à qui elle a garanti leur part du gâteau de la plus-value résultant de l’exploitation du travail salarié. »
Depuis 2004, l’État chaviste et le monde des affaires ont trouvé un terrain d’entente. L’évolution des relations entre le régime et le patron de presse Gustavo Cisneros en est une illustration édifiante. Cisneros, qui figure dans le classement des grandes fortunes du magazine Forbes, dirige un groupe de médias, notamment la chaîne de télévision Venevision. Pendant les premières années, il fut un adversaire acharné de Chávez. On disait qu’il était le maître d’œuvre du coup d’État de 2002. En janvier 2003, Chávez avait déclaré à son sujet : « Voilà un fasciste, voilà un comploteur qui est propriétaire d’une chaîne de télévision, (…) l’un des principaux responsables de ce qui se passe au Venezuela. »
Un an et demi plus tard, le 18 juin 2004, les deux hommes se rencontraient. Chávez expliqua alors : « J’ai souhaité la bienvenue à Monsieur Cisneros et je lui ai serré la main. […] J’étais très heureux que nous puissions nous mettre autour d’une table, parce qu’il est vénézuélien, et que nous allions (…) discuter de choses sérieuses. » Envolé le comploteur fasciste ! Chávez précisa : « Il sait que lui-même, ses médias, ses affaires et sa famille peuvent cohabiter avec ce projet [bolivarien] quand il respecte la Constitution et ses lois et qu’il reconnaît les autorités comme il l’a fait. »
De son côté, Cisneros déclara : « Le président Chávez et moi sommes de la même opinion ; la question de la pauvreté doit unir le pays. […] Les Vénézuéliens doivent rassembler leurs efforts pour améliorer l’éducation et pour stimuler la capacité d’entreprendre dans le pays pour pouvoir être compétitifs sur le marché mondial. » On allait bientôt comprendre ce nouvel enthousiasme.
En 2007, Chávez ne renouvela pas la licence de Radio Caracas Television (RCTV), la chaîne privée la plus ancienne du pays, concurrente de celle de Cisneros. Les médias d’ici dénoncèrent alors l’autoritarisme de Chávez, tandis que celui-ci rappelait la participation de RCTV au coup d’État de 2002 pour justifier ce non-renouvellement (mais il aurait pu en dire autant de la chaîne de Cisneros !). Cette « censure » a permis à Venevision de devenir leader. Auparavant, RCTV avait un léger avantage avec 37 % d’audience contre 34 % à la chaîne de Cisneros. Sans concurrence, Venevision afficha dès lors 67 % d’audience.
Pour Victor Alvarez, l’ex-ministre toujours chaviste déjà cité, « les données officielles montrent que (…) le poids du secteur marchand dans le produit national brut a en fait augmenté. Il continue à être majoritaire, et il définit la nature capitaliste du modèle productif vénézuélien. La part du secteur privé est en effet passée de 64,7 % à 70,9 % à la fin de 2008. Dans le même temps, la part de l’économie sociale est passée de 0,5 % à 1,5 %. Si, en termes purement monétaires, il semble que la situation des salariés se soit améliorée, celle des propriétaires du capital s’est améliorée bien davantage. »
Lutte Ouvrière, LDC 147 (novembre 2012)
Martin Munácsi - Beach Before the Storm, 1930
Gustav Klimt, Farm Garden with Sunflowers, 1912
How exploding stars might well have changed the course of evolution: http://nyr.kr/117eF9g
Celebrating Margaret Thatcher’s death on the streets of Brixton