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La question du réformisme. #2

@cridupeuple, tu écris :

“Parce qu’il est réformiste de vouloir que les conditions matérielles d’existence de millions de salariés de ce pays se trouvent améliorées ? Parce qu’il est indigne d’un parti révolutionnaire d’œuvrer pour que, immédiatement, les mauvais coups du patronat et de la finance soient déjoués ? Je me permets de citer trois propositions formulées dans ce vil courrier : l’interdiction des licenciements boursiers et suppressions d’emplois dans les entreprises bénéficiaires […], la création d’un droit de véto des élus du personnel en cas de fermeture ou délocalisation et l’obligation d’examiner les propositions des salariés […], un droit de préemption de l’activité par les salariés réunis en coopérative, avec un soutien juridique et financier public […].

Il n’est pas réformiste de “vouloir que les conditions matérielles d’existence de millions de salariés […] se trouvent améliorées”, il l’est en revanche de penser que ces conditions matérielles d’existence puissent trouver amélioration réelle et pérenne sous la dictature du capital, et par l’action de l’Etat de la bourgeoisie lui-même, aussi “modifié” soit-il. 

Tout ce que les travailleurs ont arraché de cet État par le passé, c’est grâce à leur mobilisation… et toujours bien en deçà de ce qu’ils auraient pu arracher si les partis qui les représentaient n’avaient saisi le prétexte de quelques reculs circonstanciels de la bourgeoisie pour appeler à la reprise et… au respect de l’ordre social. 

Quant à la lettre de Mélenchon, elle vise à faire les démonstrations suivantes : 

  • il est possible de réformer le capitalisme dans l’intérêt des travailleurs ; 
  • il ne dépend que des politiciens qui se trouvent à la tête de l’Etat de le faire ; 
  • le PS, en refusant de réformer en ce sens, montre bien le panier de traîtres qu’il est ; 
  • voter PG, c’est voter pour des candidats qui, eux, non seulement s’engagent véritablement à réformer en profondeur, mais le feront… 

Bullshit. 

Comme si un gouvernement de gauche pouvait changer les choses et ne pas se contenter de distribuer quelques miettes dérisoires, balayées ou “modernisées” lors d’une prochaine alternance…

Les militants de gauche qui ne se revendiquent pas seulement de valeurs mais bien des interêts politiques et historiques de la classe ouvrière ne peuvent tenir ce discours.

Ils doivent au contraire rappeler sans relâche que, tant que le pouvoir économique reste aux mains de la classe capitaliste, les politiciens aux responsabilités administratives, quels qu’ils soient, devront obéir à la loi du capital… contre les classes exploitées.

Tu parles de prise de conscience, mais précisément : tel devrait être le message principal. 

Le chemin que les révolutionnaires ont à parcourir, c’est celui qui mènera les travailleurs à “faire leur propre expérience politique” (ta citation de Lénine) et, ainsi, à se débarrasser de leurs illusions réformistes ; c’est celui qui leur donnera la conviction qu’ils n’ont à attendre que d’eux-mêmes pour changer la vie.

Ce chemin, c’est celui des luttes. Massives, déterminées.

Il n’y a pas de raccourcis.

La question du parlementarisme. #1

La réponse que tu y apportes, @cridupeuple, consiste à opposer la position de LO, incarnée à tes yeux dans le titre d’un éditorial (“Le pouvoir viendra du peuple, pas des urnes”), à celle de Lénine qui, face aux gauchistes, affirmait que le “parlementarisme” n’avait pas encore fait son temps.

Cette réponse est un contresens. Car Lénine est plus précis à ce propos :

“L’antiparlementarisme de principe, conçu comme le refus absolu et catégorique de participer aux élections et à l’action parlementaire révolutionnaire, n’est […] qu’une doctrine enfantine et naïve ne résistant pas à la critique, résultat parfois d’une saine aversion pour les politiciens parlementaires, mais qui n’aperçoit pas, par ailleurs, la possibilité du parlementarisme révolutionnaire”.

Une précision qu’il apporte au 2e Congrès de l’IC en 1920, suite à un long développement - je le cite en partie :

“Quand des socialistes, aspirant au communisme, […] se refusent à se séparer des opportunistes parlementaires, ils procèdent, au fond, d’une représentation, consciente ou inconsciente, de la période qui s’ouvre, considérée comme une période de stabilité relative de la société impérialiste et pensent pour cette raison qu’une collaboration avec les Turati et les Longuet peut donner sur cette base des résultats pratiques dans la lutte pour les réformes. Pour les communistes, le Parlement ne peut être en aucun cas, à l’heure actuelle, le théâtre d’une lutte pour des réformes et pour l’amélioration de la situation de la classe ouvrière, comme il arriva à certains moments, à l’époque antérieure. Le centre de gravité de la vie politique actuelle est complètement définitivement sorti du Parlement. D’autre part, la bourgeoisie est obligée, par ses rapports avec les masses laborieuses et aussi par suite des rapports complexes existant au sein des classes bourgeoises, de faire approuver de diverses façons certaines de ses actions par le Parlement, où les coteries se disputent le pouvoir, manifestent leurs forces et leurs faiblesses, se compromettent, etc… Aussi le devoir historique immédiat de la classe ouvrière est-il d’arracher ces appareils aux classes dirigeantes, de les briser, de les détruire et de leur substituer les nouveaux organes du pouvoir prolétarien” (Lénine, IC, 1920).

Or, LO se situe plainement dans cette optique : le pouvoir, en effet, viendra du peuple, pas des urnes… ce qui n’empêche pas d’utiliser ces dernières :

“La participation aux campagnes électorales et la propagande révolutionnaire du haut de la tribune parlementaire ont une signification particulière pour la conquête politique des milieux de la classe ouvrière qui […] sont demeurés jusqu’à présent à l’écart du mouvement révolutionnaire et de la politique pour faire connaitre largement les idées communistes révolutionnaires” (Lénine, IC, 1920).

Dans cette perspective, l’absence d’alliance entre le LO et le FG peut se comprendre parfaitement. 

Déréglementation financière : la gauche aussi zélée que la droite

En France, de gauche à droite, une même politique
Il ne s’agit pas de croire que seuls les États américain et britannique ont procédé à cette déréglementation massive : parce qu’elle correspondait aux besoins d’une classe capitaliste depuis longtemps mondiale, tous les pays industrialisés ont fait de même, notamment la France. L’un des premiers cadeaux aux banquiers y fut fait par le président Pompidou et son ministre de l’Économie Giscard d’Estaing, via la loi du 3 janvier 1973. L’article 25 de cette loi stipulait que l’État n’avait plus le droit d’emprunter de l’argent directement auprès de la Banque de France… ce qui l’obligea désormais à se tourner vers les banques privées pour financer sa dette. Il ne faut certes pas exagérer la portée de cette loi, comme le fait aujourd’hui le milieu altermondialiste, pour qui la loi de 1973 serait la cause de tous les problèmes actuels. Mais elle a indiscutablement été, pour les banques privées, une belle opportunité, ne serait-ce que parce que, depuis, les banques privées ont la possibilité d’emprunter de l’argent à taux très faible auprès des banques centrales, et de le prêter aussitôt aux États à des taux bien supérieurs !
Signalons que c’est aussi de cette époque que date l’obligation pour les em-ployeurs de verser les salaires par chèque ou virement et non en liquide, mettant ainsi la masse salariale à la disposition des banquiers.
Mais le véritable démarrage de la déréglementation financière s’est fait sous les auspices des gouvernements socialistes du début des années quatre-vingt. La nationalisation d’un certain nombre de grandes banques françaises sous Mitterrand (Crédit commercial de France, BNP, Suez et Paribas), loin d’être une opération défavorable aux banquiers, a au contraire permis que ce soit sous l’égide de l’État, et à ses frais, que s’opère la réorganisation du système bancaire français : la modernisation informatique, indispensable pour jouer dans la cour mondiale des grands, se fit avec l’argent public. Les banques nationalisées furent fortement concentrées, tandis qu’en 1984 la « loi bancaire » de Delors mettait fin à l’équivalent du Glass-Steagall Act en France, la loi qui séparait les banques d’affaires et les banques de dépôt.
Il est instructif de lire ces lignes issues d’une histoire du système bancaire fran-çais publiée par la Fédération des banques françaises : « Le monde de la banque était [auparavant] compartimenté, réglementé. […] La loi bancaire de 1984 […] a été le point de départ d’un mouvement continu de décloisonnement du crédit et de déréglementation du système bancaire. […] L’emprise exercée par l’État n’empêcha pas le paysage bancaire d’évoluer : les grandes banques se rapprochèrent des compagnies d’assurances, les plus puissantes d’entre elles constituèrent des groupes financiers complexes, et elles poursuivirent leurs efforts d’implantation à l’étranger. »
Deux ans plus tard, la deuxième loi bancaire, portée par le « socialiste » Bérégovoy, achevait le travail, notamment en supprimant le monopole de la Banque de France sur la fixation des taux d’intérêt et en créant un cadre juridique unique pour toutes les institutions financières. À ce sujet, à un autre chaud partisan de la déréglementation, l’économiste David Thesmar, professeur de finances à HEC et chroniqueur au journal Les Échos, écrit : « Au début des années quatre-vingt, l’économie française était extrêmement réglementée ; les banques ne choisissaient ni le taux auquel elles prêtaient, ni combien elles prêtaient. La déréglementation a levé tous ces blocages. [… Auparavant,] lorsque la Banque de France estimait qu’il y avait trop de monnaie en circulation, elle demandait aux banques de réduire leurs prêts. Tous les mois, les patrons des grandes banques rencontraient ceux de la Banque de France et recevaient des directives. Pour simplifier, avant la déréglementation, le travail d’un banquier consistait à prêter une enveloppe relativement étroite dans un menu de taux donné ! […] La loi bancaire a fait le ménage, en définissant quatre grandes catégories de banques : les banques normales, les banques mutualistes, les banques d’investissement et les caisses d’épargne. Elle a autorisé les banques normales à exercer également les métiers des banques d’investissement. […] Les deux autres mesures qui comptent, rappelons-le, sont la suppression de l’encadrement du crédit et la suppression d’une grande partie des prêts bonifiés. Ces changements ont révolutionné la façon de penser des banquiers, qui sont devenus responsables de leur politique de prêt. » L’enthousiasme de ce digne professeur ne se comprend qu’à partir du moment où l’on se place du point de vue des banquiers, à qui ces deux lois ont permis de se transformer en acteurs majeurs de la spéculation financière, à l’échelle du globe. Et cette politique s’est poursuivie, sans la moindre anicroche, lorsque la droite a succédé aux affaires à la gauche, en 1986. La privatisation des banques, préparée par la loi Bérégovoy, s’est poursuivie sous Chirac (RPR), sous Rocard (PS), sous Balladur (RPR) et sous Jospin (PS). Le fait que l’État déroule le tapis rouge aux financiers pour leur permettre de spéculer librement est une politique qui, selon l’expression pudique du même David Thesmar, « transcende les alternances politiques ».
C’est également sous Bérégovoy qu’a été créé le second marché, permettant aux entreprises de taille moyenne d’être cotées en Bourse, et c’est Bérégovoy toujours qui a créé en février 1986 le Matif (marché à terme des instruments financiers), dédié à la spéculation financière pure sur les obligations, les bons du Trésor ou les devises.
On le voit, la « gauche », qui fait mine aujourd’hui, campagne électorale oblige, de vouloir « réguler » la finance, porte une responsabilité dans le fait d’avoir créé un cadre légal donnant toute liberté aux requins de la finance pour se jeter sur le monde. D’ailleurs, l’actuel candidat socialiste François Hollande ne s’en cache pas : ne vient-il pas de se vanter, dans le Guardian britannique du 13 février, du fait que « la gauche a gouverné pendant quinze ans, pendant lesquels elle a libéralisé l’économie et ouvert les marchés à la finance » ?
Ne pas confondre les causes et les conséquences
La déréglementation et la libéralisation sont des réalités. Toutefois, faire de cette déréglementation la cause de la crise actuelle comme le font les altermondialistes et tout le milieu qui prétend combattre « l’ultralibéralisme », alors qu’elle en est une conséquence, est une absurdité. Une absurdité qui vient d’une erreur de raisonnement commune à tous les réformistes : les altermondialistes et les économistes « antilibéraux » prétendent que les États, depuis les années soixante-dix, auraient glissé de la défense des intérêts généraux de ce qu’ils appellent « la nation » à celle de la classe bourgeoise. Il y aurait eu donc un « bon État », en charge de la défense de l’intérêt général, et il y aurait aujourd’hui un « mauvais État », inventé par Thatcher et Reagan, et matérialisé à leurs yeux, aujourd’hui, par la figure de Sarkozy « président des riches » ! Comme si les De Gaulle, Roosevelt, et autres Churchill et Attlee de l’après-guerre n’avaient pas été, au moins autant, des présidents (ou premiers ministres) des riches !
Nous n’exagérons pas : les références constantes du milieu altermondialiste au Conseil national de la Résistance et aux gouvernements de coalition de l’après-guerre, présentés comme le nec plus ultra du « pacte républicain », de la démocratie et du progrès social, donnent la mesure de la vacuité politique totale des raisonnements de ce milieu. On en oublierait presque – et ils l’oublient, visiblement – que ces gouvernements ont été ceux du massacre de Sétif de 1945, de la guerre d’Indochine, et des 100 000 morts du printemps 1947 à Madagascar. Que le prétendu « temps béni » de l’après-guerre était celui où les ouvriers, en 1947, se mettaient en grève en inscrivant sur leurs banderoles : « Nous voulons du pain . » Et surtout, pour reprendre contre lui une expression de l’économiste altermondialiste Frédéric Lordon, que le système déréglementé des années soixante-dix – quatre-vingt « n’est pas sorti du cul d’une poule » : il a été fabriqué par ceux-là mêmes qui avaient également fabriqué la réglementation. Le système réglementé des années d’après-guerre n’a pas empêché la crise, et n’a pas empêché le capitalisme de plonger le monde dans le chaos. Cela devrait suffire à clore la discussion avec tous ceux qui prétendent que le retour à la réglementation serait un remède à la crise.
Dans cette société, l’État est au service de la bourgeoisie : c’était vrai en 1929, en 1945, et cela reste vrai aujourd’hui. Il en sera ainsi tant que le capitalisme existera. Et ce ne sont pas les lois qui déterminent les rapports sociaux, mais les rapports sociaux qui déterminent les lois. Alors, en appeler à la loi, à de « bonnes réformes », pour juguler la crise, n’a tout simplement aucun sens. La seule manière de juguler la crise sera d’arracher le pouvoir économique à la bourgeoisie et de construire un État qui ne sera plus au service des possédants, mais au service des travailleurs. Et pour cela il faudra plus qu’une élection, plus que des réformes, plus que de la régulation : il faudra une révolution sociale.

Cette gauche qui se place fondamentalement sur le terrain de la bourgeoisie… #lagauche

Il est désormais courant, et pas seulement dans les milieux de la gauche réformiste, de dénoncer la finance et ses excès. L’économiste Joseph Stiglitz, ex-ministre de Clinton et prix Nobel d’économie, qui passe pour le maître à penser des altermondialistes, a intitulé son ouvrage analysant les derniers rebondissements de la crise : Le triomphe de la cupidité. Comme si la chose était inconnue du capitalisme d’avant les dérégulations des fatidiques années quatre-vingt !

Critiquer les politiques libérales, les dérégulations ou encore la globalisation ou la financiarisation de l’économie, et en rester à cette critique-là sans expliquer comment tout cela s’enracine dans l’évolution de l’économie capitaliste elle-même, est une façon de défendre l’économie capitaliste. Le fait que le Parti socialiste, le Parti communiste, et jusqu’à une partie de l’extrême gauche, reprennent à leur compte ce type d’explication, montre que tous ces gens se placent fondamentalement sur le terrain de la bourgeoisie.

Les altermondialistes n’ont que des platitudes à offrir en guise de réponse à la question « Pourquoi un tel développement de la financiarisation ? » En rester à la dénonciation des politiques libérales menées par les gouvernements, voire à l’influence des théories monétaristes de certains gourous de l’économie politique bourgeoise, est une de ces platitudes. Elles n’expliquent pas pourquoi, en un moment de l’histoire économique de l’après-guerre – précisément après les premières manifestations de la crise économique au tournant des années soixante-soixante-dix – ces politiques libérales ont commencé à s’imposer.

Que les États et leurs dirigeants aient joué un rôle à chaque étape dans la financiarisation de l’économie, c’est une évidence. Les multitudes de mesures prises pour « déréguler », pour supprimer des obstacles devant les placements et les déplacements de capitaux, d’un pays à l’autre, d’un secteur à l’autre, ont été des mesures étatiques. Mais les gouvernements n’ont fait que donner une traduction juridique à l’évolution du capitalisme lui-même, à sa dynamique interne – fût-ce parfois en anticipant.

Les altermondialistes dénoncent les têtes pensantes du libéralisme économique qui défendent l’idée que les marchés s’autorégulent. À juste raison. La multiplication des crises financières et leur gravité croissante font le deuil de ce genre de stupidités. Les crises de l’économie capitaliste n’ont cependant pas disparu, mêmes aux périodes où le marché était plus ou moins réglementé. Et surtout, c’est le marché réglementé qui a enfanté le marché déréglementé. Et, avant de l’avoir enfanté, il l’a porté en son sein. Il a préparé les financiers à l’exiger, les économistes à le justifier, et les politiques à en assurer les conditions légales. De quoi donc le retour à la réglementation – si tant est qu’il soit possible aujourd’hui – pourrait-il préserver l’économie capitaliste ?

La prépondérance du capital financier sur le capital industriel a une histoire plus que séculaire derrière elle. C’est même une des caractéristiques de l’évolution du capitalisme arrivé à maturité – à la sénilité, pour reprendre l’expression de Lénine –, un des signes de son passage du stade concurrentiel vers le stade impérialiste. Mais dans le cadre de cette évolution globale, la finance et l’activité productive évoluent en symbiose. Leurs rôles respectifs reflètent les pulsations de l’économie capitaliste.

La régulation, moyen de circonstance pour sauver le grand capital

Les mesures de régulation, qui font tant rêver les économistes qui se posent en maîtres à penser de la gauche bourgeoise, ont été réinventées dans le contexte de la crise de 1929 et des années de dépression. Elles ont pris des formes différentes dans la démocratie impérialiste des États-Unis et sous le régime fasciste de l’Allemagne bourgeoise, mais les objectifs étaient les mêmes : sauver le grand capital.

Pendant la Deuxième Guerre mondiale, la régulation devint la règle dans tous les pays impérialistes. Cette régulation non seulement n’a pas empêché les grands trusts de prospérer, mais au contraire la guerre fut une période d’enrichissement pour les plus gros requins de l’économie capitaliste.

La régulation se prolongea bien longtemps après la guerre, imposée par la nécessité de fournir des béquilles étatiques au capital privé, incapable de faire face, sur la base du profit privé et de la concurrence, à toutes les tâches de la reconstruction et de la relance de la production. Même dans les pays impérialistes, notamment ceux d’Europe, l’État n’a pas seulement réglementé : il a joué un rôle important en matière de production comme de crédit. Ont été élaborées de multiples règles juridiques et administratives, parmi lesquelles la séparation des activités respectives des banques et des assurances, le cloisonnement à l’intérieur même du secteur bancaire entre banques de dépôt et banques d’investissement. S’y ajoutaient, dans les relations entre pays, le contrôle des changes et la mise en place d’un système monétaire international avec la prédominance du dollar.

Preuve qu’il est en effet possible de truffer le capitalisme de règlements. Mais preuve aussi que, si l’on ne touche pas aux fondements de l’économie capitaliste, la propriété privée des moyens de production et la course au profit, les crises ne disparaissent pas, et dès lors que les règles destinées au départ à aider le grand capital se transforment en corsets, le grand capital sait les faire sauter.

Les Reagan, Thatcher, les grands prêtres du capitalisme libéral, n’ont été que des instruments, des exécutants de la volonté du grand capital en un moment donné de son évolution. Parmi les balivernes véhiculées par les milieux altermondialistes, il y a le reproche fait aux traités de Maastricht et de Lisbonne d’interdire à la Banque centrale européenne de prêter aux États.

Du coup, ceux-ci sont contraints d’emprunter sur les marchés financiers, ce qui les rend prisonniers de ces marchés. Le montant élevé de la dette publique serait exclusivement dû aux intérêts versés aux banques privées. S’il est tout à fait exact qu’une partie importante de l’endettement est due aux prélèvements des banques et que les décisions des gouvernements de se financer sur le marché des capitaux moyennant intérêts a été un immense cadeau au système financier, l’explication des altermondialistes est partielle, et pour des raisons intéressées. D’abord parce que mettre au pilori uniquement les traités de Maastricht et de Lisbonne, qui ont donné le fondement juridique en Europe à cette limitation des droits de la Banque centrale, c’est taire volontairement que les dettes publiques des États-Unis et de la Grande-Bretagne sont également considérables, alors que ces deux pays ne font pas partie de la zone euro et que les obligations créées par Maastricht et Lisbonne ne les concernent pas.

Ensuite parce que présenter comme une alternative à la crise financière actuelle le retour au droit de chaque État de la zone euro de faire marcher la planche à billets n’est en rien une solution pour surmonter la crise, ni une perspective plus favorable pour les classes exploitées. Une politique inflationniste, même menée par l’État national, c’est encore une politique destinée à vider les poches des salariés en démolissant le pouvoir d’achat des salaires. Les circonstances peuvent amener la bourgeoisie à adopter cette politique. Les États-Unis l’appliquent déjà. L’Europe aussi, dans une certaine mesure.

Les travailleurs n’ont évidemment pas à se retrouver derrière la politique de la bourgeoisie, qu’elle vise la stabilité monétaire ou qu’elle soit inflationniste. Cela repose la nécessité pour le monde du travail de mettre parmi ses objectifs l’échelle mobile des salaires, susceptible de préserver leur pouvoir d’achat.

Dans le texte du congrès de l’année dernière consacré à « La crise de l’économie capitaliste », nous constations que : « Contrairement aux craintes des milieux financiers, voire des dirigeants politiques des grandes puissances impérialistes, l’utilisation effrénée de la planche à billets ne s’est pas traduite, ou pas encore, par un retour à la forte inflation des années soixante-dix. […] Tout se passe comme si l’économie était cloisonnée et que la masse monétaire supplémentaire résultant de la planche à billets était entièrement absorbée par le système financier lui-même. »

Étant donné cependant le fonctionnement forcené de la planche à billets aux États-Unis, en Grande-Bretagne et, d’une autre manière, en Europe, il est probable que la masse monétaire en circulation puisse alimenter tout à la fois le casino des riches et l’inflation pour les classes populaires.

Les altermondialistes prennent soin de ne jamais mettre en cause les fondements de l’économie capitaliste tout en critiquant certains de ses dégâts. Ce n’est pas pour rien qu’ils peuvent postuler à l’insigne honneur d’être les maîtres à penser du Parti socialiste. Ne sont-ils pas déjà flattés que même le très réactionnaire duo Sarkozy-Merkel envisage d’un œil favorable la taxe Tobin, ce dérisoire prélèvement qui non seulement ne touche en rien aux fondements de l’économie capitaliste, c’est-à-dire aux véritables causes de la crise, mais effleure à peine les intérêts des financiers spéculateurs. La dernière réunion du G20, ce cénacle des dignitaires de l’impérialisme, a même mis l’idée de taxer les opérations financières à l’ordre du jour de ses palabres.

La gauche gouvernementale et ses inspirateurs altermondialistes et assimilés posent en fait leur candidature pour être les exécutants de la volonté du grand capital, si le chaos financier actuel l’amène à faire appel aux béquilles étatiques.

La suite :

http://www.union-communiste.org/?FR-archp-show-2011-1-1547-6239-x.html