Billets comportant le tag bourgeoisie

Le gouvernement a lancé son opération « mains propres » en publiant le patrimoine des ministres. Il a voulu en faire un événement majeur. « Il y aura un avant et un après l’affaire Cahuzac », a déclaré Marisol Touraine, la ministre de la Santé. Michel Sapin, le ministre du Travail, a parlé « d’un moment d’exorcisme collectif » !
À droite, ils sont nombreux à dénoncer « le voyeurisme » et « la chasse aux riches ».
Quel cinéma ! La transparence proposée est banale : elle existe dans 24 pays européens. Et quelle hypocrisie ! Ces messieurs-dames ne nous montrent que ce qu’ils veulent.
La publication du patrimoine des élus ne révélera pas toute la vérité, mais elle aura au moins eu le mérite de révéler l’état d’esprit de ces gens-là !
Les travailleurs ne peuvent rien cacher de leurs comptes. Leur patron peut tout savoir d’eux. Leur banquier s’immisce jusque dans leur intimité, comme les organismes sociaux auprès de qui il faut déclarer le moindre euro perçu. La bourgeoisie et les politiciens trouvent cela tout à fait normal, mais dès qu’il s’agit d’eux-mêmes, de leur argent et de leur vie, ils montent sur leurs grands chevaux.
Oui, il faut une transparence totale, mais cette transparence doit s’exercer vis-à-vis de l’ensemble de la bourgeoisie, surtout la grande. Oui, il faut une transparence totale, mais celle-ci ne passera que par le contrôle effectué par la population, par les salariés des banques, par les comptables des groupes capitalistes.
Ce contrôle révélerait que, dans cette période de crise, alors que l’on nous dit qu’il n’y a plus d’argent pour préserver les emplois, payer des salaires et des retraites corrects, cet argent existe bel et bien dans les caisses des grands groupes capitalistes ou sur les comptes des grandes fortunes
Ce contrôle permettrait de dévoiler le plus grand scandale de notre société : le mécanisme de l’exploitation, qui concentre les richesses entre les mains d’une minorité privilégiée, au détriment du plus grand nombre.
Nathalie Arthaud
L’affaire Cahuzac et les marchands d’illusions
Chaque jour apporte sa dose de révélations dans l’affaire Cahuzac, amplifiée par des rumeurs. Cahuzac aurait-il caché en Suisse puis à Singapour, non pas 600 000 euros, mais 15 millions ? Aurait-il accumulé cette somme grâce à son dur labeur de chirurgien capillaire, exercé pour compléter son salaire de député puis de ministre ? Ou s’agit-il de généreux pourboires versés par des laboratoires pharmaceutiques pour lesquels il aurait joué les intermédiaires auprès de cabinets ministériels de la Santé ? Et quid des comptes du trésorier de campagne de Hollande aux îles Caïmans ? Que cachent les dénégations des ministres mis en cause ?
Cahuzac, prototype de ces ministres qui prêchent les sacrifices à la population, ayant fait de la lutte contre la fraude fiscale son affaire et se révélant fraudeur, tricheur et corrompu, cela fait évidemment du mal à la « République irréprochable ».

Ce n’est pas pire en réalité sous Hollande que sous ses prédécesseurs, mais la droite et à plus forte raison l’extrême droite dans l’opposition se gênent moins que la gauche pour dénoncer des pratiques qui leur sont communes. Et, surtout, la crise déclenchée au sommet de l’État s’ajoute à la déception que la politique de Hollande provoque dans l’électorat populaire.

Les travailleurs auraient pu en rester à faire des plaisanteries sur ce ministre, pilier du gouvernement, pris la main dans le pot de confiture. Mais, après dix mois de gouvernement socialiste, le rire leur reste dans la gorge, étranglés qu’ils sont par le chômage, les licenciements, la baisse du pouvoir d’achat, la flexibilité, la politique d’austérité.

Quel « choc de moralisation » ?

Voilà les hommes politiques du PS comme de l’opposition qui se succèdent à la télévision pour jouer la transparence, insister sur la modestie de leur logement ou l’âge canonique de leur automobile, annoncer un « choc de moralisation » avec de nouvelles lois et de nouvelles commissions, côté gouvernement, et réclamer la dissolution de l’Assemblée nationale ou au moins un remaniement ministériel, côté opposition. Et le Premier ministre de se faire traiter de « repris de justice » à l’Assemblée où les députés, d’ailleurs des deux bords, commencent à clamer qu’il ne faut pas exagérer sur la transparence !

Tout cela donne une image de déliquescence ! Malgré la virulence des joutes verbales entre les chefs des deux camps, on sent cependant leur profonde connivence et volonté commune que la crise n’aille pas trop loin.

En attendant, tout cela illustre à quel point la bourgeoisie a les hommes politiques qu’elle mérite dans ce monde capitaliste où l’argent est la vertu suprême.

Pendant les scandales, les affaires continuent. La politique antiouvrière aussi. Le jour même où la majorité et l’opposition s’étripaient, l’Assemblée votait le projet de loi de flexibilisation de l’emploi.

Personne ne peut écarter l’éventualité que la crise politique se transforme en crise institutionnelle. Mais la bourgeoisie en a vu d’autres et elle est bien placée en tant que corruptrice pour connaître la vénalité, l’irresponsabilité personnelle de ses hommes politiques. Elle fait avec.

Les communistes révolutionnaires n’ont pas à participer à ce concours d’hypocrisie. Ils n’ont pas à se joindre au choeur des tenants d’une « République irréprochable » ou d’une « démocratie propre ».

Qu’est-ce que cela changerait pour les exploités que les hommes politiques de la bourgeoisie soient propres, qu’ils défendent le grand patronat et le pouvoir de l’argent sans se servir au passage ? Cahuzac, en tant que ministre de l’austérité pure et dure, présenté comme un pilier du gouvernement, comme le plus efficace des ministres, était-il meilleur du point de vue des intérêts des travailleurs, que ce qu’il s’est révélé être ?

Les communistes n’ont certainement pas à revendiquer que l’État de la bourgeoisie soit plus propre, plus efficace. Ils combattent cet État avec, dans leurs perspectives, sa disparition.

Un autre numéro pour la République ?

La crise politique qui est en train de s’amorcer, la déliquescence aux sommets de l’État peuvent cependant entraîner des conséquences y compris pour la classe ouvrière.

Si le Front national renforce son influence à la faveur de cette crise, comme c’est vraisemblable, cela représente une menace grave pour la classe ouvrière. Malgré sa démagogie de « défenseur de la veuve et de l’orphelin » – à condition qu’ils soient français –, non seulement le FN gouvernera au profit de la bourgeoisie, comme les autres, comme les Sarkozy et Hollande, comme ce fameux « UMPS » qu’il dénonce, mais il représentera une variante plus autoritaire du pouvoir de la bourgeoisie avec comme objectif, non pas de composer avec les organisations réformistes de la classe ouvrière, mais de faire taire celle-ci.

Mais faire face à ce danger, cela ne se fait pas en prétendant vouloir nettoyer les écuries d’Augias de la démocratie bourgeoise !

C’est ce que prétend Mélenchon en appelant à une manifestation le 5 mai pour la « 6e République », pour « donner un coup de balai (afin de) purifier cette atmosphère politique absolument insupportable ». Il a déjà entraîné dans son sillage le PCF, quelques écologistes du genre d’Eva Joly. Peut-être en entraînera-t-il d’autres du côté de ceux qui se prétendent sur la gauche de la gauche, voire du côté de quelques dirigeants du Parti socialiste qui veulent prendre leurs distances avec Hollande et son bilan désastreux. Après tout, avant de devenir ministre, Montebourg a été un chaud partisan de la 6e République.

Comme si changer le numéro de la République allait changer l’appareil d’État, ces armadas de fonctionnaires qui assurent la permanence du pouvoir pendant que les ministres s’agitent sur le devant de la scène et servent de fusibles le cas échéant ! Comme si une éventuelle 6e République ne serait pas dans la lignée des autres qui ont, toutes, défendu la propriété privée et l’exploitation ! Comme si, en changeant de numéro, l’État cesserait d’être au service d’une minorité dont il défend la fortune, les privilèges et le pouvoir exclusif sur l’économie.

La classe ouvrière doit avoir sa politique

Alors, un coup de balai, pour quoi faire ? Changer une partie du personnel politique pour en mettre une autre à la place ? Manifestement, l’ambition de Mélenchon se limite à cela. Les communistes révolutionnaires n’ont aucune raison de lui apporter leur caution.

Ce n’est pas seulement en raison du passé de Mélenchon, encore que le passé éclaire le présent. Son passé, ce n’est pas seulement sa fonction ministérielle dans le gouvernement Jospin, mais c’est aussi le fait que ce Hollande, dont il dit pis que pendre aujourd’hui, il a contribué à le faire élire, et il s’en est gargarisé. Le PCF qui tout en appelant à la manifestation du 5 mai n’a pas les mêmes raisons que Mélenchon de se donner des allures de tribun, ne serait-ce que pour des raisons liées aux élections municipales, exprime d’ailleurs clairement, par la bouche de Pierre Laurent, l’objectif de la manifestation : « Nous devons construire les bases d’un nouveau contrat politique majoritaire qui unisse tous ceux qui ont voté pour le changement au printemps dernier. » Et voilà comment réchauffer le plat qu’on nous a déjà servi en 2012 !

Nous ne pouvons pas prévoir si la crise politique actuelle se résorbera avec la complicité de protagonistes venant des deux camps, droite et gauche, au nom de de la « défense des valeurs républicaines », ou si, au contraire, elle débouchera sur une crise institutionnelle. Mais, pour que la classe ouvrière ne soit pas à la remorque des différentes forces de la bourgeoisie, il faut qu’elle se manifeste sur le terrain politique.

La classe ouvrière ne se sent pas encore en position de le faire même pour défendre ses intérêts matériels vitaux ? Sans doute. Mais les choses peuvent changer très vite et on ne peut pas exclure que les turpitudes aux sommets de l’État s’ajoutent à tout le reste pour provoquer un sursaut dans les classes exploitées, victimes de la classe capitaliste et de ses serviteurs politiques de tout bord.

Il se peut que l’histoire à venir exige de la classe ouvrière, non seulement qu’elle reprenne l’initiative à la bourgeoisie sur le terrain de ses revendications économiques, mais aussi, surtout si l’extrême droite profite des circonstances pour renforcer ses positions, sur le terrain politique. Mais c’est justement dans les périodes de crise que les travailleurs doivent être conscients de leurs intérêts politiques et ne pas croire les marchands d’illusions. Ceux qui appellent à manifester le 5 mai le sont tous, quelles que soient leurs motivations disparates.

Les communistes révolutionnaires n’ont aucun moyen de provoquer le sursaut nécessaire du camp des exploités. Mais, aussi peu nombreux qu’ils soient, ils peuvent et doivent dire la vérité aux travailleurs. Ils peuvent appeler un chat un chat, et un homme politique, même démagogue, mais qui défend l’ordre capitaliste et l’État bourgeois, un serviteur politique de la bourgeoisie dont il n’y a rien de bon à attendre.

Georges KALDY

http://www.lutte-ouvriere-journal.org/index.php?act=artl&num=2332&id=2

L’affaire Cahuzac et les marchands d’illusions

Chaque jour apporte sa dose de révélations dans l’affaire Cahuzac, amplifiée par des rumeurs. Cahuzac aurait-il caché en Suisse puis à Singapour, non pas 600 000 euros, mais 15 millions ? Aurait-il accumulé cette somme grâce à son dur labeur de chirurgien capillaire, exercé pour compléter son salaire de député puis de ministre ? Ou s’agit-il de généreux pourboires versés par des laboratoires pharmaceutiques pour lesquels il aurait joué les intermédiaires auprès de cabinets ministériels de la Santé ? Et quid des comptes du trésorier de campagne de Hollande aux îles Caïmans ? Que cachent les dénégations des ministres mis en cause ?

Cahuzac, prototype de ces ministres qui prêchent les sacrifices à la population, ayant fait de la lutte contre la fraude fiscale son affaire et se révélant fraudeur, tricheur et corrompu, cela fait évidemment du mal à la « République irréprochable ».

Ce n’est pas pire en réalité sous Hollande que sous ses prédécesseurs, mais la droite et à plus forte raison l’extrême droite dans l’opposition se gênent moins que la gauche pour dénoncer des pratiques qui leur sont communes. Et, surtout, la crise déclenchée au sommet de l’État s’ajoute à la déception que la politique de Hollande provoque dans l’électorat populaire.

Les travailleurs auraient pu en rester à faire des plaisanteries sur ce ministre, pilier du gouvernement, pris la main dans le pot de confiture. Mais, après dix mois de gouvernement socialiste, le rire leur reste dans la gorge, étranglés qu’ils sont par le chômage, les licenciements, la baisse du pouvoir d’achat, la flexibilité, la politique d’austérité.

Quel « choc de moralisation » ?

Voilà les hommes politiques du PS comme de l’opposition qui se succèdent à la télévision pour jouer la transparence, insister sur la modestie de leur logement ou l’âge canonique de leur automobile, annoncer un « choc de moralisation » avec de nouvelles lois et de nouvelles commissions, côté gouvernement, et réclamer la dissolution de l’Assemblée nationale ou au moins un remaniement ministériel, côté opposition. Et le Premier ministre de se faire traiter de « repris de justice » à l’Assemblée où les députés, d’ailleurs des deux bords, commencent à clamer qu’il ne faut pas exagérer sur la transparence !

Tout cela donne une image de déliquescence ! Malgré la virulence des joutes verbales entre les chefs des deux camps, on sent cependant leur profonde connivence et volonté commune que la crise n’aille pas trop loin.

En attendant, tout cela illustre à quel point la bourgeoisie a les hommes politiques qu’elle mérite dans ce monde capitaliste où l’argent est la vertu suprême.

Pendant les scandales, les affaires continuent. La politique antiouvrière aussi. Le jour même où la majorité et l’opposition s’étripaient, l’Assemblée votait le projet de loi de flexibilisation de l’emploi.

Personne ne peut écarter l’éventualité que la crise politique se transforme en crise institutionnelle. Mais la bourgeoisie en a vu d’autres et elle est bien placée en tant que corruptrice pour connaître la vénalité, l’irresponsabilité personnelle de ses hommes politiques. Elle fait avec.

Les communistes révolutionnaires n’ont pas à participer à ce concours d’hypocrisie. Ils n’ont pas à se joindre au choeur des tenants d’une « République irréprochable » ou d’une « démocratie propre ».

Qu’est-ce que cela changerait pour les exploités que les hommes politiques de la bourgeoisie soient propres, qu’ils défendent le grand patronat et le pouvoir de l’argent sans se servir au passage ? Cahuzac, en tant que ministre de l’austérité pure et dure, présenté comme un pilier du gouvernement, comme le plus efficace des ministres, était-il meilleur du point de vue des intérêts des travailleurs, que ce qu’il s’est révélé être ?

Les communistes n’ont certainement pas à revendiquer que l’État de la bourgeoisie soit plus propre, plus efficace. Ils combattent cet État avec, dans leurs perspectives, sa disparition.

Un autre numéro pour la République ?

La crise politique qui est en train de s’amorcer, la déliquescence aux sommets de l’État peuvent cependant entraîner des conséquences y compris pour la classe ouvrière.

Si le Front national renforce son influence à la faveur de cette crise, comme c’est vraisemblable, cela représente une menace grave pour la classe ouvrière. Malgré sa démagogie de « défenseur de la veuve et de l’orphelin » – à condition qu’ils soient français –, non seulement le FN gouvernera au profit de la bourgeoisie, comme les autres, comme les Sarkozy et Hollande, comme ce fameux « UMPS » qu’il dénonce, mais il représentera une variante plus autoritaire du pouvoir de la bourgeoisie avec comme objectif, non pas de composer avec les organisations réformistes de la classe ouvrière, mais de faire taire celle-ci.

Mais faire face à ce danger, cela ne se fait pas en prétendant vouloir nettoyer les écuries d’Augias de la démocratie bourgeoise !

C’est ce que prétend Mélenchon en appelant à une manifestation le 5 mai pour la « 6e République », pour « donner un coup de balai (afin de) purifier cette atmosphère politique absolument insupportable ». Il a déjà entraîné dans son sillage le PCF, quelques écologistes du genre d’Eva Joly. Peut-être en entraînera-t-il d’autres du côté de ceux qui se prétendent sur la gauche de la gauche, voire du côté de quelques dirigeants du Parti socialiste qui veulent prendre leurs distances avec Hollande et son bilan désastreux. Après tout, avant de devenir ministre, Montebourg a été un chaud partisan de la 6e République.

Comme si changer le numéro de la République allait changer l’appareil d’État, ces armadas de fonctionnaires qui assurent la permanence du pouvoir pendant que les ministres s’agitent sur le devant de la scène et servent de fusibles le cas échéant ! Comme si une éventuelle 6e République ne serait pas dans la lignée des autres qui ont, toutes, défendu la propriété privée et l’exploitation ! Comme si, en changeant de numéro, l’État cesserait d’être au service d’une minorité dont il défend la fortune, les privilèges et le pouvoir exclusif sur l’économie.

La classe ouvrière doit avoir sa politique

Alors, un coup de balai, pour quoi faire ? Changer une partie du personnel politique pour en mettre une autre à la place ? Manifestement, l’ambition de Mélenchon se limite à cela. Les communistes révolutionnaires n’ont aucune raison de lui apporter leur caution.

Ce n’est pas seulement en raison du passé de Mélenchon, encore que le passé éclaire le présent. Son passé, ce n’est pas seulement sa fonction ministérielle dans le gouvernement Jospin, mais c’est aussi le fait que ce Hollande, dont il dit pis que pendre aujourd’hui, il a contribué à le faire élire, et il s’en est gargarisé. Le PCF qui tout en appelant à la manifestation du 5 mai n’a pas les mêmes raisons que Mélenchon de se donner des allures de tribun, ne serait-ce que pour des raisons liées aux élections municipales, exprime d’ailleurs clairement, par la bouche de Pierre Laurent, l’objectif de la manifestation : « Nous devons construire les bases d’un nouveau contrat politique majoritaire qui unisse tous ceux qui ont voté pour le changement au printemps dernier. » Et voilà comment réchauffer le plat qu’on nous a déjà servi en 2012 !

Nous ne pouvons pas prévoir si la crise politique actuelle se résorbera avec la complicité de protagonistes venant des deux camps, droite et gauche, au nom de de la « défense des valeurs républicaines », ou si, au contraire, elle débouchera sur une crise institutionnelle. Mais, pour que la classe ouvrière ne soit pas à la remorque des différentes forces de la bourgeoisie, il faut qu’elle se manifeste sur le terrain politique.

La classe ouvrière ne se sent pas encore en position de le faire même pour défendre ses intérêts matériels vitaux ? Sans doute. Mais les choses peuvent changer très vite et on ne peut pas exclure que les turpitudes aux sommets de l’État s’ajoutent à tout le reste pour provoquer un sursaut dans les classes exploitées, victimes de la classe capitaliste et de ses serviteurs politiques de tout bord.

Il se peut que l’histoire à venir exige de la classe ouvrière, non seulement qu’elle reprenne l’initiative à la bourgeoisie sur le terrain de ses revendications économiques, mais aussi, surtout si l’extrême droite profite des circonstances pour renforcer ses positions, sur le terrain politique. Mais c’est justement dans les périodes de crise que les travailleurs doivent être conscients de leurs intérêts politiques et ne pas croire les marchands d’illusions. Ceux qui appellent à manifester le 5 mai le sont tous, quelles que soient leurs motivations disparates.

Les communistes révolutionnaires n’ont aucun moyen de provoquer le sursaut nécessaire du camp des exploités. Mais, aussi peu nombreux qu’ils soient, ils peuvent et doivent dire la vérité aux travailleurs. Ils peuvent appeler un chat un chat, et un homme politique, même démagogue, mais qui défend l’ordre capitaliste et l’État bourgeois, un serviteur politique de la bourgeoisie dont il n’y a rien de bon à attendre.

Georges KALDY

http://www.lutte-ouvriere-journal.org/index.php?act=artl&num=2332&id=2

La crise actuelle de l’économie capitaliste et ses origines #8

Le règne de la spéculation

La spéculation, en elle-même, n’est pas récente. Elle est même apparue bien avant le capitalisme industriel. Elle est née avec le grand commerce. Par bien des aspects, le rôle d’un commerçant est celui d’un spéculateur. Il achète une marchandise à un bout de la société et la revend à un autre, et joue sur les variations de prix, quelles qu’elles soient, liées à la rareté d’un produit dans une région, liées à une pénurie momentanée d’un produit. Ce rôle a son utilité dans une économie marchande : il accélère l’écoulement des marchandises. Et pour jouer ce rôle, le commerçant « spécule » sur la quantité de marchandises qu’il va pouvoir vendre.

Au 17e siècle, les classes riches de Hollande étaient férues de tulipes. Et comme le commerce de ce petit pays avait pris une ampleur fantastique, ces classes riches avaient de quoi faire des folies. Les tulipes les plus rares, celles atteintes d’un type de virus mutant qui leur donnait des couleurs exceptionnelles et dont la reproduction était pratiquement impossible, pouvaient s’échanger contre des sommes incroyables comme le prix d’un carrosse ou encore 1000 m2 de terrain.

Dans les tavernes d’Amsterdam, on négociait durant l’hiver les bulbes de tulipes de l’été suivant. On achetait en hiver mais on ne payait qu’en été. Or, en 1636, un projet de loi rendit possible l’option d’achat sur les bulbes et non plus l’obligation d’achat. Les spéculateurs affluèrent, les prix montèrent jusqu’au 6 février 1637 où ils s’effondrèrent, les acheteurs se rendant compte que les prix étaient montés vraiment trop haut pour que quelqu’un se décide réellement à payer à ce niveau des bulbes de tulipes. Il ne s’en suivit aucune crise de l’économie, car cela toucha un nombre très restreint de commerçants.

Mais cet exemple historique illustre le mécanisme de la spéculation et son caractère de jeu, de pari.

Aujourd’hui, la spéculation sur les marchandises existe toujours. La plus ignoble est celle sur les matières premières, car au caractère parasitaire de la spéculation s’ajoute l’explosion des prix des denrées de première nécessité et ses conséquences : les crises alimentaires, la famine pour des dizaines, voire des centaines de millions d’êtres humains.

Il y a aussi la spéculation sur l’immobilier, qui a pris une ampleur hallucinante dans tous les pays riches, ou encore celle sur les monnaies.

Et puis, il y a la spéculation sur les actions des entreprises cotées en Bourse, et sur tous les titres financiers plus ou moins dérivés et toujours plus alambiqués. Cette spéculation est au cœur de la financiarisation de l’économie.

Quand des capitalistes introduisent leur entreprise en Bourse, ils morcellent la propriété de celle-ci en un certain nombre d’actions. Ils en gardent une bonne partie pour eux et vendent le reste en espérant faire un gros bénéfice, pour eux et pour la banque qui les aide à introduire leur entreprise en Bourse.

Puis, les actions passent de mains en mains, se vendent et s’achètent en fonction de l’offre et de la demande. Leur valeur ne représente pas le capital industriel de l’entreprise. Ce capital a déjà été investi en machine, en matières premières, en salaires. Le seul lien qui rattache le prix d’une action au capital réellement investi dans la production, c’est le taux de profit de l’entreprise. L’action représente un droit sur une partie du profit de l’entreprise. Et un actionnaire s’attend à ce que les actions qu’il a achetées lui rapportent au moins ce qu’on appelle le taux d’intérêt moyen, c’est-à-dire ce que lui rapporterait son capital s’il le prêtait à un industriel pour que celui-ci investisse.

Initialement, la spéculation boursière avait un rôle utile dans l’économie capitaliste. Elle contribuait à fluidifier le marché des actions, à faire que, si un capitaliste cherchait à vendre une partie de ses actions pour récupérer de l’argent et l’investir dans la production, il trouvait toujours des acheteurs. La Bourse servait comme réserve de capital disponible pour la production.

Mais depuis quarante ans, la spéculation joue le rôle inverse. En drainant toujours plus les capitaux, elle les détourne de la production.

Or, dans la spéculation, aucune richesse n’est créée. Ce que les uns gagnent, les autres le perdent. À ce petit jeu, les petits boursicoteurs qui rêvent de faire fortune sont bien plus souvent les payeurs. Spéculer signifie anticiper et qui d’autre que les monopoles industriels et les grandes banques est le plus à même d’anticiper les variations du marché, voire de les provoquer, à la hausse ou à la baisse, car les bons coups peuvent se faire dans les deux sens.

Quelles que soient les déclarations théâtrales des politiciens visant « les dérives de la finance », partout, sous la pression des grandes banques, les États ont libéré la spéculation de toutes les règles qui pouvaient un tant soit peu l’entraver. Les marchés boursiers et financiers ont été dérèglementés. Cela a signifié de moins en moins de contrôles par les États et de plus en plus de marge de manœuvre pour les banques.

L’afflux croissant de capital vers la Bourse lui a fait atteindre des sommets. Entre 1982 et aujourd’hui, le Dow Jones, l’indice de la Bourse de New York a, au fil des krachs et des remontées, été multiplié environ par 14. C’est-à-dire que la valeur boursière des entreprises les plus puissantes a été multipliée en moyenne par 14. Sur cette même période, le Produit intérieur brut (PIB) des États-Unis n’a lui été multiplié que par 5. Et cela est très loin de signifier que les richesses ont été multipliées par 5, car le PIB est une mesure largement surévaluée de la production de richesses justement parce qu’il inclut une bonne part d’augmentations de valeurs qui sont le fruit de la spéculation.

Quant au pouvoir d’achat de la classe ouvrière américaine sur cette période, lui, il a carrément reculé.

La montée vertigineuse des actions en Bourse ou leur chute a un côté virtuel. Quand les prix fluctuent à la hausse ou à la baisse, cela ne signifie pas qu’il y a eu apport ou retrait d’un capital équivalent à la somme que représentent ces fluctuations. Mais ce côté virtuel n’en rend pas moins la spéculation profondément parasitaire et source de catastrophes pour l’économie, plus dévastatrices qu’un tremblement de terre.

En période d’euphorie spéculative, la Bourse draine les capitaux qui devraient être utilisés pour développer les moyens de production. Et derrière les banques qui orchestrent la spéculation, il y a tout le capital de la classe bourgeoise qui veut sa part au jeu de la spéculation. Car s’il y a bien un caractère commun à tous les capitalistes de toutes les époques, c’est la soif de profit. Aujourd’hui, les bonnes affaires passent par la spéculation, alors tous cherchent à en croquer. Il n’y a pas d’un côté, les mauvais spéculateurs et de l’autre, les bons industriels. Les capitaux de la famille Peugeot, de Liliane Bettencourt, de Bolloré, d’Arnault, etc. constituent la base de la spéculation.

Et cette spéculation a été source d’un enrichissement considérable de la bourgeoisie. Aux États-Unis, au cours des trente dernières années, la part des revenus détenue par les 1 % les plus riches a doublé, passant de 8 à 16 %. Le fameux spéculateur George Soros, aujourd’hui retiré des marchés, qui a dirigé un fonds spéculatif de plusieurs centaines de millions de dollars, s’est vanté d’avoir réalisé, sur une période de 26 ans, de 1969 à 1995, en moyenne 35 % de bénéfices par an.

Et tous ces gains sont prélevés au bout du compte sur le seul endroit de la société où la richesse se crée vraiment, c’est-à-dire dans la production. C’est toujours de l’exploitation de la classe ouvrière qu’est tiré le moindre bénéfice, que ce bénéfice soit du profit industriel, commercial ou bancaire, qu’il s’agisse du taux d’intérêt d’un capital investi ou même du fruit de la spéculation, car c’est le profit tiré de la production que les capitalistes jouent dans la spéculation.

Mais la spéculation n’aurait jamais atteint une telle ampleur sans le crédit. Et c’est l’association des deux qui rend les krachs boursiers aussi dévastateurs.

La bourgeoisie allemande ayant choisi le nazisme, le 30 janvier 1933, Hitler devient chancelier

En particulier devant la crise, quel était le problème de l’impérialisme allemand ?

Il était double : d’une part, comme tous les autres, il n’avait pas d’autre intention que de faire payer la crise à sa classe ouvrière afin de maintenir le taux de profit. Mais en outre, la révision du Traité de Versailles devenait plus que jamais à l’ordre du jour pour lui.

L’Allemagne en 1929 figurait comme deuxième puissance industrielle du monde derrière les États-Unis. La Première Guerre avait épargné ses installations et ses usines. Depuis 1924-1925, elle s’était considérablement redressée, et la bourgeoisie allemande pouvait envisager l’avenir avec un certain espoir. Mais ce redressement était précaire, car il tenait pour l’essentiel aux crédits et capitaux américains.

Or, l’impérialisme américain a fait payer sa crise en partie à la bourgeoisie allemande, en rapatriant massivement ses capitaux et en arrêtant les prêts. Dès la fin de 1930, le potentiel industriel allemand n’était plus utilisé qu’à 50 %.

Là-dessus, la faillite bancaire de l’été 1931 a précipité le pays dans la catastrophe.

En 1932, l’Allemagne comptait six millions de chômeurs, presque un salarié sur trois et les salaires réels avaient chuté d’à peu près un tiers par rapport à 1928.

Les classes moyennes déjà durement touchées antérieurement, par l’inflation en particulier, étaient précipitées dans la ruine.

La crise a entraîné la radicalisation de la petite-bourgeoisie, radicalisation qui s’est exprimée électoralement dans l’ascension spectaculaire du parti nazi, passé de 800 000 voix aux élections générales de 1928 à six millions et demi en 1930. Mais la crise a entraîné parallèlement une ,radicalisation de la classe ouvrière qui s’est traduite non seulement sur le plan électoral, le Parti Communiste gagnant de son côté plus d’un million de voix supplémentaires aux élections de 1930, mais également par une recrudescence des luttes grévistes.

Avec l’annonce du plan d’austérité du gouvernement von Papen en 1932, l’Allemagne fut secouée par une vague de grèves. Berlin fut paralysée par la grève des travailleurs des transports municipaux. Les affrontements, les meetings politiques, se multipliaient.

Aux yeux de la bourgeoisie, la situation devenait intolérablement dangereuse. A ce moment-là, les derniers soubresauts de la tourmente révolutionnaire de l’après-guerre ne remontaient pas à dix ans en arrière. C’est dire si les souvenirs étaient encore frais. La crainte du prolétariat et de la révolution se remit à dominer les esprits dans la bourgeoisie et le patronat.

C’est alors que le grand patronat allemand s’est décidé à financer sérieusement les nazis comme organisation anti-ouvrière. Quelques grands patrons l’avaient fait à titre individuel antérieurement, mais c’est à ce moment-là, à partir de 1930, que les choix décisifs se firent au sein des cercles dirigeants du grand capital allemand.

En présence du bouleversement général de toute la société, la mini armée allemande de l’époque n’aurait peut-être pas fait le poids. Il y avait de gros risques à ne compter que sur elle.

En finançant les nazis, les cercles dirigeants du grand capital allemand choisissaient donc d’utiliser les moyens sociaux et politiques créés par la crise, en particulier la radicalisation désespérée de la petite bourgeoisie, d’abord pour briser la classe ouvrière, et puis pour militariser l’ensemble de la population et de la société, en vue d’une politique de force pour un repartage du monde.

Hitler se trouvait en position de mener cette politique du capital financier, et dès janvier 1933, la signification de son avènement comme chancelier, par des voies légales du point de vue de la légalité bourgeoise, avec l’acquiescement des cercles dirigeants et de l’armée, incluait la perspective de la guerre. C’est pourquoi l’année 1933 fut une année décisive dans la marche à la nouvelle guerre mondiale.

Concrètement, cette marche a connu des étapes. Jusqu’en 1936, le régime nazi a procédé très prudemment. Il a commencé par instaurer une dictature féroce, on le sait, mais tout en faisant des déclarations d’intentions pacifiques, à l’extérieur. L’Allemagne ne voulait pas la guerre, disait-il, ce serait, selon ses propos, « une folie sans limite », elle « causerait l’effondrement de l’ordre social et politique actuel », etc.

Russie : Poutine ou l’irrésistible retour

En Russie, l’année écoulée a été marquée par le retour au Kremlin de Poutine, pour un troisième mandat, et par les mouvements de protestation que ce retour a suscités.

Les manifestations ont commencé durant l’automne 2011 et ont mobilisé des mois durant une fraction de la population des grandes villes, contre les fraudes massives lors des élections législatives, « pour des élections honnêtes » et contre le régime incapable de les assurer.

Toute une frange de la petite bourgeoisie urbaine avait voulu croire que le régime pourrait évoluer dans le sens d’un assouplissement du contrôle de la société et des mécanismes de décision et d’enrichissement par les hommes du pouvoir, en fait par la bureaucratie. Elle espérait que son avis serait électoralement pris en compte et, plus concrètement, ne plus avoir à supporter les prélèvements de plus en plus pesants, auxquels l’appareil étatique soumet toute la société. Et cela va du policier qui rackette les automobilistes en plein jour, aux pompiers qui menacent – mais un pot-de-vin lèvera le problème – de fermer une boutique au motif qu’elle ne répond pas aux normes de sécurité incendie. Quant aux ministres-affairistes, grâce à des juges eux aussi corrompus, ils peuvent s’emparer de groupes privés dont la prospérité a attisé leur convoitise. À moins que leurs propriétaires n’aient des protections assez fortes et fortement rémunérées au sein de l’appareil d’État pour assurer leur « indépendance ».

Lorsque Poutine avait en 2008, dans le respect de la Constitution qui lui interdisait un troisième mandat consécutif, passé la main à un de ses proches, Medvedev, mais en se réservant la place de Premier ministre, nombre de petits bourgeois avaient voulu croire à une évolution positive, du point de vue de leurs intérêts. Ils avaient fini par placer leurs illusions en Medvedev. Il est vrai qu’une partie de la haute bureaucratie semblait miser aussi sur lui contre le clan rapproché de Poutine. Las, Medvedev se chargea de les décevoir en proposant à Poutine de reprendre le fauteuil présidentiel qu’il lui avait tenu au chaud. Question de rapport de force au sommet de la bureaucratie.

La colère, qui s’est alors exprimée dans la rue de la part des étudiants, puis de l’intelligentsia installée (écrivains, journalistes, artistes, universitaires, avocats) et enfin d’une foule de commerçants, de patrons petits ou moyens, voire de quelques « oligarques » ayant eu maille à partir avec le pouvoir, devait aussi quelque chose à la situation créée par la crise financière mondiale de 2008.

En effet, quoi qu’ait prétendu Poutine depuis des années en affirmant pouvoir faire cesser cette « dépendance humiliante », les revenus de la Russie proviennent toujours majoritairement de ses exportations de matières premières, pétrole et gaz en tête. Or ce sont les marchés financiers et non le Kremlin qui fixent les cours des matières premières, raison pour laquelle la Russie ne peut être assurée de rentrées stables à niveau d’exportations comparable. Mais à cela s’ajoute le fait que ses exportations ont baissé également en volume, effet de l’aggravation de la crise de 2008.

Pendant des années, le régime avait pu dire au petit bourgeois russe : « Certes, tu ne peux guère ouvrir la bouche, mais nous te la remplissons. » Et il s’en satisfaisait. Mais cet « argument » a perdu de son charme à mesure que la petite bourgeoisie trouvait de moins en moins à grappiller dans la main de fer de la « démocratie administrée » poutinienne. Les autorités ont d’ailleurs confirmé la chose, annonçant que la situation les contraint à prendre des mesures d’austérité. En réduisant les revenus de la population, ces mesures réduiront ce qu’elle peut consacrer à sa consommation et, par ricochet, elles contracteront les revenus de la petite bourgeoisie, et d’abord de sa composante commerçante.

Sa mobilisation, dans la foulée des élections législatives et présidentielle, a fini par retomber. Significatif est le cas des Pussy Riot, trois chanteuses anti-Poutine accusées de blasphème, qui a pu occuper le devant de l’actualité protestataire, alors que des centaines de milliers de gens avaient occupé la rue des semaines durant sans provoquer la même émotion. De plus en plus épisodiques, les manifestations depuis le printemps ne rassemblent plus que quelques milliers de personnes, surtout des membres de groupes allant de l’extrême droite nationaliste à l’extrême gauche, avec une majorité de partisans et représentants de mouvements de droite pro-occidentaux.

Faute d’avoir pu empêcher les premières manifestations, le Kremlin avait évité de jeter de l’huile sur le feu au plus fort du mouvement. Mais dès que sa décrue s’est amorcée, le pouvoir a frappé fort. Il a fait systématiquement matraquer les manifestants – ou supposés tels –, a promulgué une loi qui permet d’interdire tout rassemblement et multiplié les emprisonnements sans procès.

Malgré leur caractère spectaculaire à Moscou, les rassemblements anti-Poutine n’ont pas débordé le cadre de la petite bourgeoisie. L’immense majorité de la population s’en est tenue à l’écart, voire regardait ces manifestations avec une certaine hostilité. Ce n’était pas tant par sympathie pour Poutine, encore qu’une majorité de la population le soutienne, au moins par défaut. Mais le caractère de ce mouvement, avec ses leaders de droite pro-occidentaux ayant souvent appartenu aux cercles du pouvoir et ses membres des « classes moyennes », ne pouvait être vu par les classes laborieuses que comme étranger, voire opposé à elles, ne serait-ce qu’instinctivement.

On a vu ces derniers mois se jouer un scénario qui rappelle ce qui s’était passé dans l’URSS de la perestroïka. Les luttes de clans au sommet de la bureaucratie avaient alors mobilisé de larges couches de la petite bourgeoisie, sans que la classe ouvrière apparaisse sur la scène, sinon de façon marginale et étroitement subordonnée. Avec le résultat que l’on sait, la bureaucratie étant restée maîtresse du jeu sur les décombres de l’URSS.

Deux décennies plus tard, c’est toujours parce que la classe ouvrière reste la grande absente de la scène politique que la petite bourgeoisie peut s’enhardir à contester le régime au nom de la « démocratie ». C’est aussi pour cette raison fondamentale que la contestation reste sans appui dans la masse de la population, et que le régime peut l’affronter sans en être véritablement ébranlé.

La classe ouvrière aurait bien des raisons de se dresser contre un régime qui l’opprime et qui protège ses exploiteurs. Elle aurait surtout intérêt à tenter, derrière ses propres revendications, de prendre la tête d’un mouvement qui dispute le pouvoir à la bureaucratie et à la nouvelle bourgeoisie dans son ombre, un mouvement qui aurait, lui, la capacité d’entraîner une majorité de la population.

Encore faudrait-il que, en Russie comme ailleurs, apparaissent des groupes, des partis qui aient la volonté et le courage de s’adresser politiquement à la classe ouvrière, de chercher à organiser une avant-garde consciente en son sein, de construire sur cette base des organisations communistes révolutionnaires, plutôt que de se mettre à la remorque de mouvements socialement étrangers et politiquement hostiles à la classe ouvrière.

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Le gouvernement est dans le camp patronal

Quelques mots sur la situation politique et sociale dans le pays…

Et d’abord sur la capitulation du gouvernement face à Mittal, car c’est la meilleure illustration de sa politique. Depuis qu’il est au pouvoir, Hollande et son gouvernement ne cessent de s’aplatir face au patronat.

Il y a eu la fronde des pigeons : il a suffi de quelques jours pour que le gouvernement cède. Puis la pression du grand patronat autour du rapport Gallois et de la compétitivité, là encore le gouvernement a cédé et oh combien, de 20 milliards ! Pour céder ce beau cadeau qui a comblé jusqu’à Parisot, qui ne cachait pas sa satisfaction, le gouvernement s’est renié en augmentant la TVA. 

Puis, le gouvernement s’est aplati face à Mittal après avoir pourtant brandi la menace de la nationalisation. C’est une capitulation, car le gouvernement n’a rien imposé à Mittal.

Après les fanfaronnades de Montebourg et la reculade de Hollande, les travailleurs de Florange se sentent trahis. Ils sont mis devant la vérité nue : le gouvernement socialiste ne les protégera pas de la rapacité patronale et ils se retrouvent seuls.

Dans cette période de crise, le patronat est à l’offensive et attaque tous azimuts : pour maintenir ses profits, il ne pense qu’à licencier, fermer des usines, aggraver les conditions de travail, baisser les salaires. Aujourd’hui, il serait plus court de faire la liste des entreprises qui ne licencient pas, parce qu’elles le font toutes : de SFR à Candia, de Petroplus à PSA, d’Electrolux à Thomson, Sanofi, les banques, les compagnies d’assurance… C’est une hémorragie. Alors l’explosion du chômage est sans surprise. (…) Pendant toute la campagne je dénonçais mille chômeurs de plus chaque jour, maintenant on en est à 1 500 de plus chaque jour.

On en connaît tous les conséquences. Il est à la mode aujourd’hui de déplorer et de dénoncer la précarité énergétique, la précarité sanitaire, la précarité alimentaire…mais tout cela a une origine : le chômage, la multiplication des petits boulots, des temps partiels. Mais on voit que la gauche comme la droite ne veut rien faire contre le chômage.

Le gouvernement a d’ailleurs programmé son impuissance en affirmant que la courbe du chômage ne serait pas inversée d’ici fin 2013 ! Mais cette impuissance est voulue, elle est choisie parce que le gouvernement ne veut pas contraindre le patronat, il ne veut le forcer à rien, rien lui interdire.

Un gouvernement du côté des travailleurs interdirait les licenciements. Dans cette période de crise, il imposerait au patronat de répartir le travail sur l’ensemble des travailleurs avec le maintien des salaires. Chez PSA, cela pourrait se faire facilement à l’intérieur même du groupe. Au lieu que les salariés soient la variable d’ajustement, un tel gouvernement imposerait que ce soient les profits !

Au contraire, le gouvernement Hollande-Ayrault se sent l’obligé du patronat. Il prend les devants, il exauce tous les désirs du Medef. Il s’est d’abord engagé à rembourser la dette rubis sur l’ongle. Et surtout il y a eu le pacte de compétitivité et le crédit d’impôt de 20 milliards qui va consister à verser des chèques aux entreprises du Cac 40 ! Oui, des chèques de Noël aux groupes du Cac 40 : un certain nombre de ces groupes ne payant pas d’impôt sur les sociétés, ils toucheront un chèque, comme madame Bettencourt. C’est le bouclier fiscal de Hollande !

Dans la guerre de classe qui oppose les travailleurs au patronat, le gouvernement est dans le camp patronal. Les travailleurs n’ont aucune protection, aucune mesure à attendre du gouvernement. Ils vont devoir se battre par eux-mêmes pour sauver leurs emplois, leurs salaires et leurs conditions de travail ; non seulement contre le patronat, mais aussi contre le gouvernement.

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#ReadTogether: Programme de Transition (Léon Trotsky) #1

Les prémisses objectives de la révolution socialiste

La situation politique mondiale dans son ensemble se caractérise avant tout par la crise historique de la direction du prolétariat.

La prémisse économique de la révolution prolétarienne est arrivée depuis longtemps au point le plus élevé qui puisse être atteint sous le capitalisme. Les forces productives de l’humanité ont cessé de croître. Les nouvelles inventions et les nouveaux progrès techniques ne conduisent plus à un accroissement de la richesse matérielle. Les crises conjoncturelles, dans les conditions de la crise sociale de tout le système capitaliste, accablent les masses de privations et de souffrances toujours plus grandes. La croissance du chômage approfondit, à son tour, la crise financière de l’État et sape les systèmes monétaires ébranlés. Les gouvernements, tant démocratiques que fascistes, vont d’une banqueroute à l’autre. La bourgeoisie elle-même ne voit pas d’issue. Dans les pays où elle s’est déjà trouvée contrainte de miser son dernier enjeu sur la carte du fascisme, elle marche maintenant les yeux fermés à la catastrophe économique et militaire. Dans les pays historiquement privilégiés, c’est-à-dire ceux où elle peut encore se permettre, pendant quelque temps, le luxe de la démocratie aux dépens de l’accumulation nationale antérieure (Grande-Bretagne, France, États-Unis, etc.), tous les partis traditionnels du capital se trouvent dans une situation de désarroi qui frise, par moments, la paralysie de la volonté. Le New Deal, malgré le caractère résolu dont il faisait étalage dans la première période, ne représente qu’une forme particulière de désarroi, possible seulement dans un pays où la bourgeoisie a pu accumuler des richesses sans nombre. La crise actuelle, qui est encore loin d’avoir dit son dernier mot, a pu déjà montrer que la politique du New Deal aux États-Unis, pas plus que la politique du Front populaire en France, n’ouvre aucune issue dans l’impasse économique. Le tableau des relations internationales n’a pas meilleur aspect. Sous la pression croissante du déclin capitaliste, les antagonismes impérialistes ont atteint la limite au-delà de laquelle les divers conflits et explosions sanglantes (Éthiopie, Espagne, Extrême-Orient, Europe Centrale…), doivent infailliblement se confondre en un incendie mondial.

Bien entendu, la bourgeoisie se rend compte du danger mortel qu’une nouvelle guerre représente pour sa domination. Mais elle est actuellement infiniment moins capable de prévenir la guerre qu’à la veille de 1914.

Les bavardages de toutes sortes selon lesquels les conditions historiques ne seraient pas encore “mûres” pour le socialisme ne sont que le produit de l’ignorance ou d’une tromperie consciente. Les prémisses objectives de la révolution prolétarienne ne sont pas seulement mûres ; elles ont même commencé à pourrir. Sans révolution socialiste, et cela dans la prochaine période historique, la civilisation humaine tout entière est menacée d’être emportée dans une catastrophe. Tout dépend du prolétariat, c’est-à-dire au premier chef de son avant-garde révolutionnaire. La crise historique de l’humanité se réduit à la crise de la direction révolutionnaire.

[pour en discuter]

L’enseignement public
L’éducation, un besoin social essentiel
L’invention de l’écriture et la naissance de l’école
L’éducation au service des classes dominantes : de la société basée sur l’esclavage…
… à la société féodale, qui vit l’ascension de la bourgeoisie
La Révolution française et l’Empire
Avec le développement du capitalisme, l’extension de l’enseignement élémentaire
Des initiatives variées, mais toujours privées, pour faire face aux besoins
L’intervention de l’État avec les premières lois sur l’instruction
La peur de la révolution
Le mouvement ouvrier et l’éducation

L’école de Jules Ferry
Ce qu’apportèrent les lois Ferry
Jules Ferry, un homme politique de la bourgeoisie
Endoctriner et « moraliser » les masses populaires : l’exemple du manuel Le tour de France par deux enfants
Le cas des instituteurs de Noisiel liés aux Menier
Défense de la patrie et de l’Empire colonial
Les instituteurs, « hussards noirs de la République »
L’essor du mouvement ouvrier
Le bilan : une « école du peuple » séparée de celle réservée aux enfants de la bourgeoisie

D’une guerre à l’autre, la formation de la main-d’oeuvre sous la coupe des patrons
Une instruction élémentaire devenue insuffisante
Apprendre… l’exploitation

L’entrée massive des jeunes dans l’enseignement secondaire à partir de 1960 et la pseudo-« démocratisation »
Un prolongement de la scolarité, mais toujours une sélection
L’essor de l’enseignement privé
Des années 1980 à la période actuelle

La situation actuelle : une école où les inégalités se renforcent
Le mythe de « l’égalité des chances »
La vitrine de la réussite de quelques-uns, pour cacher l’échec du plus grand nombre
L’ « ascenseur social » n’est pas en panne, il n’a jamais fonctionné
La racine du problème, c’est l’école primaire, voire maternelle
Au collège et au lycée, les inégalités scolaires se creusent encore
La question des moyens, c’est le budget mais aussi la volonté politique
Les ZEP ne peuvent pas compenser la dégradation sociale
Un service public national qu’on démantèle et auquel on impose la logique de marché

L’éducation aux États-Unis
Une école malade des inégalités sociales

Le cas de l’éducation dans la Russie soviétique
Une école au service d’une nouvelle société
Changer les comportements sociaux
Le résultat

Pour une autre éducation, il faut changer la société

L’enseignement public

L’intérêt de la société est d’exproprier les banquiers sans indemnité ni rachat

Le mot “nationalisation” des banques, si longtemps tabou, redevient à la mode. Le milieu politique n’a pas tardé à s’en emparer. Ainsi François Hollande : « S’il advenait qu’il y ait un défaut de la Grèce et que les banques soient amenées à constater des pertes, il y aurait un appel à l’État, comme lors de la crise des subprimes. Dans ce scénario, à la différence de 2008, je recommanderais que l’État ne prête pas aux banques mais prenne une participation à leur capital. »

Le JDD du 11 septembre, qui relate ce propos, rapporte celui de Jean-François Copé, le secrétaire national de l’UMP, pour qui la méthode est dépassée : « Il existe des techniques sophistiquées qui permettent d’éviter la nationalisation. »

Ces deux citations illustrent parfaitement que la seule différence entre un dirigeant politique de gauche et son adversaire de droite réside dans le choix des mots et des techniques. Ils sont entièrement d’accord pour faire jouer à l’État ce rôle de béquille pour grand capital qui a été le sien dans un passé récent.

Si l’idée d’un recours plus massif à la participation de l’État au capital des banques se confirme, on peut parier que la gauche s’en emparera en présentant les nationalisations comme une solution « socialiste » aux dégâts de la crise. Et en cas de victoire de la gauche aux élections, on pourra compter sur le Parti communiste, sur le Front de gauche et bien d’autres pour tenter de rendre présentable aux yeux des classes populaires le recours à l’État dans le sauvetage du capital financier.

Aussi, face à l’anarchie du système bancaire, aussi bien que face aux divers projets de nationalisation, il faut affirmer que l’intérêt de la société est d’exproprier les banquiers sans indemnité ni rachat et de réunir les établissements financiers aujourd’hui concurrents en une banque unique, contrôlée par la population.

Lire la suite : http://www.union-communiste.org/?FR-archp-show-2011-1-1502-6151-x.html

Les nationalisations d’après-guerre n’ont strictement rien à voir avec le socialisme…

Les nationalisations d’après-guerre en France

Après la première vague de nationalisations de 1936, relativement limitée, la vague suivante, beaucoup plus importante a eu lieu au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, de fin 1944 à 1946.

Mais les circonstances étaient tout à fait différentes du Front populaire.

L’impérialisme français émergeait d’un désastre qui venait de durer cinq ans. Après avoir été complètement écrasé militairement en 1940, le pays avait été occupé par l’armée allemande. La majorité du patronat français était resté en place en faisant bon ménage avec les forces d’occupation. Certains s’en étaient sortis pas trop mal, comme les patrons des usines d’aviation Gnôme et Rhône ou Louis Renault qui travaillaient pour l’Allemagne. Mais c’est l’ensemble du patronat qui, plus de gré que de force, collaborait et, dans les faits, devait bien faire autant de bénéfices qu’il en aurait fait si l’impérialisme français avait été vainqueur.

Pendant ces quatre années, l’appareil industriel et les infrastructures du pays ne se modernisèrent pas comme elles le firent dans des pays non occupés comme la Grande-Bretagne et surtout les États-Unis.

Et pendant la guerre il y eut, en France, de nombreuses destructions dues aux bombardements anglais puis anglo-américains.

En 1945, la situation de l’impérialisme français était donc délicate sur le plan économique.
La bourgeoisie réussit à se sortir de cette passe difficile grâce au nouveau régime dirigé par de Gaulle et qui a bénéficié de la collaboration sans faille du Parti Communiste Français. Ainsi l’État put être reconstruit sans trop de problèmes, en utilisant en grande partie le personnel ex-vichyste recyclé en « résistant », comme la police, la gendarmerie et le corps des officiers par exemple.
Restait à régler le problème du retard économique. Si l’impérialisme français voulait ne pas être rejeté en arrière par ses concurrents, il lui fallait absolument faire un gros effort pour, d’une part, remettre en selle la bourgeoisie et, d’autre part, reconstruire puis moderniser les infrastructures et l’appareil industriel du pays.

Or de cela la bourgeoisie n’était pas capable toute seule. Il lui fallait l’aide des fonds d’État et le silence de la classe ouvrière grâce au Parti Communiste Français et à la CGT. L’aide de l’État, ce furent les nationalisations ; l’aide du Parti Communiste, ce fut la politique du « produire d’abord, revendiquer ensuite » selon le slogan du PCF et de la CGT de l’époque.

La combinaison de ces deux facteurs fit que le PCF et la CGT prétendirent qu’avec les nationalisations les travailleurs produisaient pour eux, alors que c’était en réalité un nouveau départ pour le patronat.

La liste des nationalisations de cette époque est assez impressionnante.

Il y eut, dès décembre 1944, les houillères du Nord et du Pas-de-Calais puis, en 1945, Renault et Gnome et Rhône qui avec d’autres sociétés donnèrent naissance à la SNECMA ; puis les transports aériens, suivis de la Banque de France (l’oubliée de 1936) et des grandes banques de dépôt. En 1946, ce fut le tour de l’électricité et du gaz, des compagnies d’assurances et cette fois de la totalité des charbonnages.

Pour toutes ces nationalisations, des indemnités ont été versées aux anciens propriétaires, à l’exception de Louis Renault, accusé de collaboration avec l’ennemi. Mais les autres actionnaires des usines Renault, eux, ont été indemnisés.

[…]

En ce qui concerne l’électricité, il existait en France, avant la nationalisation, 154 sociétés produisant du courant, 86 faisant du transport haute tension, et 1 150 sociétés de distribution. En tout, cela faisait 1 390 sociétés d’électricité, dont une dizaine de trusts principaux contrôlaient les neuf dixièmes de l’énergie produite. Les fréquences n’étaient pas partout les mêmes dans l’ensemble du pays : certaines étaient à 50 hertz, d’autres à 60 ; il y avait ici du courant continu, là de l’alternatif, etc.

Il est bien évident qu’une telle situation n’était pas favorable à la modernisation.
Dans l’après-guerre l’électricité, était un enjeu majeur. La consommation allait doubler tous les dix ans. Cela nécessitait d’énormes investissements que là aussi le patronat n’était pas capable de faire.

Électricité de France ainsi que Gaz de France ont donc été créés simultanément en 1946. L’opération de nationalisation s’est accompagnée d’indemnités particulièrement avantageuses. Il fut créé une Caisse nationale de l’énergie qui émit d’abord des actions, puis ensuite des obligations pour rembourser les anciens propriétaires des compagnies électriques et gazières. Le tarif fut le suivant : un intérêt fixe minimum de 3 %, plus un intérêt complémentaire de 1 % indexé sur le chiffre d’affaires.

Le résultat, c’est que la valeur des obligations de la Caisse de l’énergie n’a pas cessé de grimper, surtout à partir des années soixante-dix, car des dizaines d’années après la nationalisation, EDF et GDF payaient toujours !

Mais ce n’est qu’un aspect de l’aide apportée par ces entreprises nationalisées aux capitalistes, et pas le plus important. Le rôle majeur a été joué par la politique tarifaire qui suivit la nationalisation.
Pendant un demi-siècle, EDF a accepté d’avoir des prix relativement bas pour l’industrie, même si pour la population ces tarifs n’étaient pas toujours accessibles. C’est que le premier client d’EDF était, et est toujours, la grande industrie. Pour favoriser les gros industriels, EDF leur a vendu du courant très bon marché, parfois même à perte, quitte à faire payer plus cher les usagers ordinaires. Mais du même coup EDF a accepté d’avoir des bénéfices relativement faibles comparativement aux énormes investissements nécessaires pour la construction des grandes centrales hydroélectriques, des centrales thermiques, et plus tard du nucléaire. S’il s’était agi de patrons privés, eux auraient voulu réaliser des bénéfices tout de suite et augmenter les tarifs en conséquence.

Mais l’État a accepté qu’EDF fasse pendant des décennies peu de bénéfices pour que les patrons puissent profiter des bas tarifs.

Ce qui est valable pour EDF l’était, et l’est toujours, pour la SNCF, qui consent des tarifs de faveur aux industriels ; même chose pour Gaz de France, etc. Le secteur public a toujours servi à subventionner d’une manière indirecte le patronat privé ou a lui passer commande, comme l’a fait la SNCF pour le matériel ferroviaire, EDF pour le matériel électrique, et ainsi de suite.

Paul Brousse, qui a été cité au début, rêvait que l’accumulation des services publics, les uns à la suite des autres, conduise tout doucement au communisme. En réalité les services publics ou, pour parler de façon socialement plus juste, l’ensemble du secteur nationalisé a renforcé le patronat privé.

Pourtant il est évident que si l’État avait voulu se comporter comme un immense trust, il aurait pu, étant maître de l’énergie, des transports, des banques, etc., imposer le rachat à n’importe quelle société privée et ainsi s’étendre jusqu’à nationaliser la totalité de l’économie. Théoriquement, il en avait les moyens.

Mais justement, imaginer une telle hypothèse montre ce qu’elle avait d’irréaliste. Des réformistes comme Paul Brousse ou Jaurès voyaient peut-être l’avenir de cette manière. Mais ce qui s’est produit montre que, tant que l’État reste entre les mains de la bourgeoisie, les nationalisations s’opèrent dans un cadre bourgeois et avec des objectifs qui servent la bourgeoisie, à commencer par le soutien de la propriété privée.

D’ailleurs Benoît Frachon, dirigeant du Parti Communiste et secrétaire général de la CGT, écrivit en 1946 dans un livre intitulé La bataille de la production les lignes suivantes : « Quant à l’accusation de vouloir faire du socialisme par les nationalisations, nous avons déjà démontré la stupidité de telles formules.

La nationalisation de telles entreprises ou de tels services publics n’a rien à voir avec le socialisme.
S’il en était autrement, Louis XI eut été socialiste en faisant de la poste un service d’État. Bismarck eut été socialiste en nationalisant les chemins de fer de la Prusse, alors qu’il n’avait en vue que de centraliser un service essentiel pour la guerre à laquelle il se préparait.

La socialisation suppose l’existence d’un État socialiste, et la nationalisation se pratique même dans un État bourgeois. »

Sur cette analyse nous ne pouvons qu’être d’accord avec lui.

Il est impossible de passer en revue toutes les entreprises qui ont été nationalisées à cette époque, disons qu’en plus de nationaliser une grande partie du secteur industriel, l’État a dû fort logiquement nationaliser une grande partie du secteur bancaire et des assurances afin de disposer de l’instrument financier indispensable à sa politique.

Mais là aussi, cela ne doit pas faire illusion, les actionnaires ont été indemnisés, et ils n’ont pas disparu du paysage. Et lorsque, dans une période ultérieure, on a cette fois rendu au privé ces banques et ces assurances, eh bien il s’est trouvé suffisamment de capitaux et de capitalistes pour les racheter. Ils étaient toujours là et bien là !