Billets comportant le tag PCF

Associés au sein du Front de gauche, Mélenchon et la direction du PCF ont la préoccupation d’attirer les « déçus du socialisme ». Mais ils n’ont pas la même stratégie électorale.
La stratégie de Mélenchon est guidée par sa carrière. Il se pose en rival de Hollande et a intérêt à creuser, du haut de son verbe « cru et dru », l’opposition avec la direction du PS.
Le PCF, lui, tient à préserver les positions dans les niveaux intermédiaires de l’État (municipalités, conseils généraux, etc.) qu’il occupe, en général, en alliance avec le PS.
La direction du PCF n’a pas envie de tirer les marrons du feu pour le seul Mélenchon. D’autant moins que ce sont ses militants qui font le gros du travail. Derrière leur unité affichée pendant la préparation de la manifestation du 5 mai, apparaissait en filigrane leur différence d’intérêts. Tout en se ralliant à l’appel de Mélenchon pour le 5 mai, le Conseil national du PCF du 13 avril en a fait aussitôt une simple étape « d’un vaste débat populaire qui convergera le 16 juin vers des assises nationales pour une refondation sociale et démocratique de la République. Le PCF entend contribuer, en lien avec les mobilisations en cours, au succès des manifestations du 1er mai et à la marche du 5 mai contre l’austérité et pour la 6e République » (L’Humanité du 13 avril 2013). Et, pour mettre les points sur les « i », Marie-Pierre Vieu, membre de l’exécutif du PCF, a expliqué au même moment dans les colonnes de L’Humanité que, « pour changer aujourd’hui, on ne peut pas faire l’impasse sur la création d’une majorité, et cette majorité, elle est d’abord issue de ceux qui, l’année dernière, ont décidé de battre Sarkozy » (L’Humanité du 13 avril). Le PS y compris, donc !
Dans le curieux « je t’aime moi non plus » entre les dirigeants du PCF et Mélenchon, qui a dominé les quelque trois semaines qui ont séparé l’appel de la manifestation, le discours du secrétaire du PCF, Pierre Laurent, a marqué le ton : « Ne venez pas les bras ballants, ni pour acclamer les leaders du Front de gauche, venez-y avec vos idées, vos pancartes, vos mots d’ordre. (…) Le 5 mai n’est pas une manifestation pour tout balayer, c’est une manifestation pour franchir un pas décisif dans la construction d’une nouvelle politique de gauche. »
La jonglerie verbale de la direction du PCF vise tout à la fois à tirer profit du discrédit du PS mais sans rompre la possibilité d’une alliance avec lui. Une préoccupation que ne partage pas Mélenchon. Encore que… En bon déma-gogue, ce dernier est capable de dire tout et son contraire : dire pis que pendre de la majorité socialiste et se mettre en avant pour postuler au rôle de Premier ministre à la tête de cette même majorité !
Le PCF reproduit, en plus dérisoire, la politique qui était la sienne naguère à l’égard de Mitterrand, lorsqu’il a fait de cet homme politique de la bourgeoisie, blanchi sous le harnais, le chef de la gauche et un espoir pour les exploités. Cette politique, qui a été catastrophique pour les travailleurs et pour lui-même, se répète aujourd’hui – pour para-phraser une expression célèbre – sous forme de farce.
La manifestation du 5 mai a été un succès relatif. L’Humanité du lendemain pouvait titrer à la une : « La gauche en marche ». Les chaînes de télévision ont passé en boucle le spectacle de Mélenchon juché sur une tribune, écharpe rouge et œillet de même couleur à la boutonnière, flanqué de Pierre Laurent et d’Eva Joly. Mais la manifestation a mobilisé surtout le milieu militant de la gauche réformiste, les déçus du socialisme en tout genre, sans avoir vraiment touché le monde ouvrier.
Dans la forme comme dans le fond, la manifestation a reproduit la « prise de la Bastille » par Mélenchon, le 18 mars 2012, avant l’élection présidentielle. À ceci près que, dans les motivations des manifestants, la déception montant contre Hollande a pris la place du rejet de Sarkozy. En 2012, les envolées démagogiques sur la « révolution citoyenne » et la « prise de pouvoir par le peuple » se sont conclues par l’élection de Hollande. Même si les chances de Mélenchon d’accéder au pouvoir sont aujourd’hui bien plus faibles que celles de Hollande à la veille de la présidentielle de 2012, l’escroquerie est la même. Aux illusions vite perdues à l’égard de Hollande, l’opération contribue à substituer les illusions à l’égard de Mélenchon.
Lutte de Classe, Série actuelle n°152 (mai-juin 2013)

Au-delà des bons mots de Mélenchon…

La compréhension par un nombre croissant de travailleurs que Hollande est dans le camp adverse, autant que l’ont été avant lui Sarkozy et Chirac, n’est malheureusement pas encore une prise de conscience politique. L’écœurement envers la politique de Hollande s’ajoute à la déception laissée par Mitterrand puis par Jospin. Tout cela contribue à la désorientation de la classe ouvrière et à la démoralisation de ses militants. Une démoralisation, une perte de repères qui se manifestent par le découragement de nombre de militants des partis réformistes, par le dégoût de toute politique, qui se traduisent par l’abstention croissante dans les élections, par la montée de l’influence du Front national dans les milieux populaires.

Du coup se multiplient, jusques et y compris parmi les dignitaires des partis de gauche, les « déçus de Hollande » ou les « déçus du socialisme ». Il s’agit de ces personnalités politiques de la gauche aux yeux de qui la solidarité avec le gouvernement apparaît de plus en plus dure à porter, surtout à l’approche des échéances électorales de 2014, municipales surtout mais aussi européennes. Les prises de distance se multiplient même parmi ces dignitaires du PS. À plus forte raison du côté de Mélenchon et de son Parti de gauche qui a, comme le PCF, un pied dans la majorité et l’autre dans l’opposition. À cette nuance près : Mélenchon avance de plus en plus un pied dans l’opposition, alors que le PCF, pensant à ses maires et à ses conseillers municipaux élus sur des listes d’union avec le PS, freine des deux pieds.

En se plaçant de plus en plus dans l’opposition par rapport à Hollande et au gouvernement socialiste, Mélenchon espère profiter du discrédit du PS. Ce en quoi il se trompe probablement. Dans le contexte de recul réactionnaire de la vie politique, c’est le FN surtout qui tire profit de ce discrédit. Plus, en tout cas, que le Parti de gauche.

Utiliser un langage pseudo-radical, en outre teinté de nationalisme antiallemand, ou brandir l’idée d’une sixième République, ne suffit pas pour lui attirer la sympathie des classes populaires. D’autant moins que Mélenchon comme le Front de gauche dans son ensemble, PCF compris, ont contribué à apporter du crédit à Hollande et ont participé à son élection.

Qu’ils l’aient fait directement, ouvertement et, pour ce qui est des dignitaires du PS, dans l’espoir de décrocher un portefeuille ministériel, ou qu’ils l’aient fait en prenant un air dégoûté, ne change rien à l’affaire.

Oh, la grande presse avait repris avec complaisance les bons mots de Mélenchon, traitant Hollande pendant la campagne électorale de « capitaine de pédalo » ! Mais les phrases creuses de la démagogie ne peuvent pas se substituer à la vérité sur ce que peut ou ne peut pas faire Hollande, dans cette période de crise où la bourgeoisie exige de ses hommes politiques qu’ils mènent une politique antiouvrière.

Ni Mélenchon ni le PCF n’ont cherché à éclairer l’électorat populaire. Ils n’ont pas voulu dire que c’est le grand patronat, les puissances de l’argent qui sont les maîtres de cette société et que les hommes politiques, si haut placés qu’ils soient, ne peuvent pas mener une autre politique que celle ordonnée par les maîtres. Ils n’ont pas voulu dissiper l’illusion qu’un changement à la tête de l’État, ou une autre majorité, pouvait changer le rapport de force entre le grand patronat et la classe ouvrière.

Mélenchon ne l’a pas dit, et ne pouvait pas le dire, parce que tout son jeu politique consiste à offrir ses services à la classe dominante avec comme argument de vente qu’il peut prendre le relais d’un Hollande discrédité pour continuer, avec plus d’efficacité, à entretenir les mêmes illusions.

Et ce n’est pas faire un procès d’intention à l’homme, bien que sa carrière politique d’ancien ministre témoigne de son véritable engagement. A-t-il pu changer ? Mais, même dans ses propos d’opposition les plus tonitruants, il ne met jamais en question le système capitaliste, il ne met jamais en cause l’ordre social basé sur l’exploitation.

Alors oui, les partis réformistes même à la gauche du PS, l’ancien, le PCF, et le nouveau, le Parti de gauche, portent une part de responsabilité dans l’évolution réactionnaire des choses, dans la désorientation du mouvement ouvrier et de ses militants.

Les travailleurs n’ont pas intérêt à faire confiance à ces gens. Tous ceux qui ont apporté leur caution à cette escroquerie qui consistait à présenter Hollande comme un espoir pour les travailleurs ne sont pas plus fiables aujourd’hui lorsqu’ils s’en prennent à lui. C’est simplement qu’ils préparent d’autres escroqueries !

Afficher son entrée en opposition est encore un mensonge au moins par omission. Tout le jeu de l’alternance, qui constitue la quintessence de la démocratie bourgeoise, est fait pour faire croire aux exploités que la simple alternance entre une droite et une gauche qui se succèdent au gouvernement pour mener la même politique contient l’espoir d’un changement, alors qu’on ne change de majorité que pour mener la même politique.

Qu’on formule cela dans un langage démagogique ou pas ne change rien à l’affaire.

Mélenchon appelle à une manifestation le 5 mai pour la « sixième république ». Comme si un changement d’étiquette, même assorti d’un coup de balai dans le personnel politique – pour faire place à d’autres, aussi dévoués au grand capital ? – changeait quoi que ce soit au fait que c’est l’État, tout l’État qui est au service de la grande bourgeoisie, de l’organisation capitaliste de la société. Le réformisme, même exprimé par des manifestations et pas seulement dans les couloirs du Parlement, n’en reste pas moins du réformisme.

Ce qui est déterminant pour les travailleurs et pour toute la société, c’est la lutte des classes, c’est le rapport de force entre la bourgeoisie et la classe ouvrière. Tous ceux qui dissimulent la réalité de la lutte des classes derrière le petit jeu parlementaire sont des ennemis de la classe ouvrière.

[l’article intégral]

Les partis réformistes même à la gauche du PS (PCF et PG) portent une part de responsabilité...

… dans l’évolution réactionnaire des choses, dans la désorientation du mouvement ouvrier et de ses militants.

Les travailleurs n’ont pas intérêt à faire confiance à ces gens. Tous ceux qui ont apporté leur caution à cette escroquerie qui consistait à présenter Hollande comme un espoir pour les travailleurs ne sont pas plus fiables aujourd’hui lorsqu’ils s’en prennent à lui. C’est simplement qu’ils préparent d’autres escroqueries !

Afficher son entrée en opposition est encore un mensonge au moins par omission. Tout le jeu de l’alternance, qui constitue la quintessence de la démocratie bourgeoise, est fait pour faire croire aux exploités que la simple alternance entre une droite et une gauche qui se succèdent au gouvernement pour mener la même politique contient l’espoir d’un changement, alors qu’on ne change de majorité que pour mener la même politique.

Qu’on formule cela dans un langage démagogique ou pas ne change rien à l’affaire.

Mélenchon appelle à une manifestation le 5 mai pour la « sixième république ». Comme si un changement d’étiquette, même assorti d’un coup de balai dans le personnel politique – pour faire place à d’autres, aussi dévoués au grand capital ? – changeait quoi que ce soit au fait que c’est l’État, tout l’État qui est au service de la grande bourgeoisie, de l’organisation capitaliste de la société. Le réformisme, même exprimé par des manifestations et pas seulement dans les couloirs du Parlement, n’en reste pas moins du réformisme.

Ce qui est déterminant pour les travailleurs et pour toute la société, c’est la lutte des classes, c’est le rapport de force entre la bourgeoisie et la classe ouvrière. Tous ceux qui dissimulent la réalité de la lutte des classes derrière le petit jeu parlementaire sont des ennemis de la classe ouvrière.

Le drame de la classe ouvrière, c’est que ne s’agitent sur la scène politique que des partis qui, sous des formes certes différentes, se placent sur le terrain de la bourgeoisie et de l’ordre capitaliste.

Il n’y a pas un parti, en tout cas un parti crédible, qui se situe clairement sur le terrain de la classe ouvrière, de ses intérêts matériels et politiques. Un parti qui, dans tous les événements qui se succèdent, oppose à toutes les nuances de la politique bourgeoise une politique de classe. Un parti qui prenne systématiquement le contre-pied des idées qui sont véhiculées aussi bien par la droite que par la gauche, et jusqu’au langage patronal. Car c’est bien un signe de recul de la conscience politique des exploités que ces termes du langage de la bourgeoisie que sont « compétitivité », « protectionnisme », « nécessité de rembourser la dette » « intérêt national », non seulement ont trouvé droit de cité sans être combattus, mais se sont transformés en vérités absolues avec la complicité de tous les grands partis et des confédérations syndicales.

L’utilisation des mots de la bourgeoisie n’est qu’une indication d’une réalité plus profonde. Pour défendre ses intérêts, la classe ouvrière a besoin d’un parti pour se battre et pour imposer ses propres exigences. Le grand patronat mène une lutte acharnée pour sauvegarder et accroître ses profits malgré la crise de son économie. Les licenciements collectifs, la généralisation de la flexibilité, la baisse du pouvoir d’achat des salariés sont l’expression de cette nécessité du point de vue patronal.

[la suite : cliquez sur le titre]

60 ans après : le stalinisme sous l’œil complaisant de L’Humanité 

Staline est mort il y a soixante ans, le 5 mars 1953, mais son esprit ne s’est pas tout à fait éteint, comme en témoigne l’article publié dans L’Humanité du premier week-end de mars. L’auteur en est un historien, Martelli, qui fut membre un temps de la direction du PCF…

60 ans après : le stalinisme sous l’œil complaisant de L’Humanité

Staline est mort il y a soixante ans, le 5 mars 1953, mais son esprit ne s’est pas tout à fait éteint, comme en témoigne l’article publié dans L’Humanité du premier week-end de mars. L’auteur en est un historien, Martelli, qui fut membre un temps de la direction du PCF…

Tous, du PCF aux altermondialistes en passant par Mélenchon, de chanter le même refrain: “une autre politique est possible”

Tous, du PCF aux altermondialistes en passant par Mélenchon, de chanter le même refrain : « une autre politique est possible ». Et d’énumérer les recettes qui permettraient aux entreprises de trouver preneurs sur le marché mondial pour leurs productions. Même formulé en termes radicaux, cela signifie demander à la bourgeoisie, au monde capitaliste, de bien vouloir se consacrer un peu moins à la finance et un peu plus à la production industrielle. C’est demander du lait à un bouc ! Et c’est, surtout, tromper les travailleurs.

D’autant plus que cette demande d’une « autre politique » est toujours suivie de la part des réformistes de tout acabit de la proposition de changer d’équipe dirigeante par les élections. Hollande à la place de Sarkozy, hier. Qui sait : Mélenchon à la place d’Ayrault, demain ?

Dans l’abstrait, bien des mesures proposées par des économistes qui déplorent la financiarisation excessive de l’économie sont « réalistes », au sens de réalisables dans le cadre du capitalisme. Et pour cause : ces économistes qui conseillent le PCF ou Mélenchon s’inspirent de politiques déjà menées par la bourgeoisie dans le passé. Elles vont de différentes formes de régulation bancaire à l’interventionnisme étatique plus ou moins poussé, d’une politique sociale plus affirmée au protectionnisme.

Certaines des mesures proposées sont certes acceptables par la bourgeoisie. Mais rien ne dit pour autant que la classe capitaliste veuille ou même souhaite revenir sur la financiarisation, même si elle est parfaitement consciente de ses conséquences catastrophiques. Si la bourgeoisie était guidée par la conscience, il n’y aurait pas de spéculation, pas de financiarisation, pas plus que de concurrence et de guerres commerciales dévastatrices. Mais la bourgeoisie est conduite par ses intérêts et, avec la financiarisation, des intérêts à très court terme.

C’est une classe irresponsable à l’égard de la société et incapable de maîtriser son économie. Il n’est pas dit que le mélange des impératifs contradictoires entre ses intérêts financiers et son intérêt à retrouver une nouvelle croissance de la production lui laisse la possibilité de revenir à certaines politiques pratiquées dans le passé – en tout cas, y revenir hors d’un cataclysme social ou d’une guerre. Que l’on se souvienne des discours affolés sur la nécessité de réguler le système bancaire pendant les quelques semaines de 2008 où le krach bancaire a menacé ! Aucun de ces discours n’a été suivi d’effet.

Voilà pourquoi les communistes révolutionnaires devront combattre toutes les propositions qui, même lorsqu’elles se parent de bons sentiments, prétendent indiquer des voies de sortie pour les exploités dans le cadre du capitalisme. Tant que perdure la crise de l’économie capitaliste, l’unique préoccupation de la classe ouvrière doit être de défendre pied à pied ses conditions d’existence en opposant ses propres intérêts de classe à ceux de la bourgeoisie. La dislocation de la classe ouvrière du fait du chômage, la décomposition morale de la principale classe productive de la société, constitueraient une régression dramatique.

Les intérêts de la classe ouvrière et ceux de la classe bourgeoise sont absolument irréconciliables, et plus que jamais en cette période de crise. Il faut être conscient que toute lutte un tant soit peu sérieuse de la classe ouvrière sur le terrain de la défense conséquente de ses intérêts conduit à affronter la classe capitaliste et à s’opposer à sa domination politique et économique sur la société.

Se battre pour une exigence aussi élémentaire par ce temps de crise que l’interdiction des licenciements et la répartition du travail entre tous est déjà une mise en cause directe du pouvoir du patronat sur les entreprises et de la bourgeoisie sur la société.

Cette simple exigence de bon sens en entraîne une autre, découlant au fond d’une nécessité tout aussi élémentaire : celle du contrôle des entreprises par les travailleurs et par la population, organisés autour de cet objectif. Car, sans ce contrôle, les patrons, les actionnaires, la bourgeoisie ont mille et un subterfuges pour affirmer que ce n’est pas possible, que s’opposer au droit de licencier c’est tuer les entreprises.

Et sur un plan bien plus général, celui du fonctionnement de l’économie dans son ensemble, les bourgeois eux-mêmes ou leurs représentants politiques soulèvent périodiquement la question du contrôle des banques. Les mêmes, cependant, qui ont des difficultés pour obtenir des crédits pour leurs affaires et qui souffrent du poids écrasant des banques et de leurs prélèvements, mais qui en tant que détenteurs de capitaux ont des liquidités à placer, ont intérêt à ce que les opérations financières soient couvertes du voile du secret.

Le contrôle du fonctionnement des banques et des entreprises est de l’intérêt de l’écrasante majorité de la société. Il n’y a cependant que la classe ouvrière qui peut l’imposer, dans le cadre d’une lutte puissante et surtout consciente.

Nous ne sommes pas dans cette situation aujourd’hui. Mais la tâche des communistes révolutionnaires est d’anticiper cette situation. Même si l’écrasante majorité de la classe ouvrière, qui en est réduite aujourd’hui à des combats défensifs, n’en est pas encore consciente : il n’y a pas de défense efficace de la classe ouvrière en cette période de crise sans la conscience claire que le combat pour se défendre doit se transformer d’abord en contestation du pouvoir de la bourgeoisie, puis en lutte pour le pouvoir de la classe ouvrière.

[la suite

Le PCF, Mélenchon… ou comment canaliser le mécontentement d’une partie de l’électorat de gauche

Mélenchon est sorti de quelques semaines de silence, après son échec à l’élection législative à Hénin-Beaumont, par une interview fracassante au Journal du Dimanche du 19 août où, pour reprendre le titre de cette publication, il tire « à boulets rouges sur le gouvernement ». Le verbe est haut et le langage radical. Mélenchon s’en prend à Hollande, lui reprochant ses « cent jours pour presque rien ». Quel est l’axe de ses critiques ? « Hollande a désamorcé le contenu insurrectionnel du vote de la présidentielle. » Depuis cette exclamation, inspirée peut-être par sa visite estivale au Venezuela de Chavez, Mélenchon brandit comme un argument décisif que, sans les voix du Front de gauche qu’il a apportées au deuxième tour à Hollande, celui-ci n’aurait pas été élu.

Le constat est indiscutable : le Front de gauche a apporté au deuxième tour à Hollande cette fraction de l’électorat de gauche qu’il avait capitalisée au premier tour avec les discours tonitruants de Mélenchon. La découverte tardive de Mélenchon que Hollande au pouvoir obéit aux marchés financiers et pas à son électorat pourrait passer pour de la naïveté infantile, si elle n’émanait pas d’un vieux renard de la politique.

Oui, en effet, Mélenchon comme ses compères de la direction du PCF ont contribué à cautionner le slogan creux de Hollande : « Le changement, c’est maintenant. » Et pas seulement par le choix du vote pour Hollande au second tour sans rien exiger de lui. « Quand je regarde le creux des cent jours et la multiplication des commissions, j’en conclus que nous étions mieux préparés que les socialistes à exercer le pouvoir. Nous avions des propositions de lois dans nos cartons », pleurniche Mélenchon. Cette ridicule lamentation est destinée à rappeler qu’« en toutes circonstances, nous sommes disponibles pour former un gouvernement sur notre programme ». En d’autres termes, si Ayrault se déconsidère avec ses mesures violemment antiouvrières, lui, Mélenchon, est là pour prendre le relais. C’est cette politique qui passe pour être de l’« autonomie conquérante ».

Le PCF, l’autre composante du Front de gauche, de loin la principale si on tient compte des forces militantes, préfère parler d’« autonomie constructive ». Cette subtile différenciation dans les termes reflète une différence de perspective réelle, que les deux parties s’efforcent de dissimuler en insistant lourdement sur l’unité du Front de gauche, illustrée par l’image de Jean-Luc Mélenchon et de Pierre Laurent déambulant bras dessus, bras dessous dans les allées de la fête de L’Humanité.

Les deux composantes tiennent au même degré à canaliser à leur profit le mécontentement prévisible d’une partie de l’électorat de gauche. Leurs prétentions ne sont cependant pas les mêmes. Mélenchon peut s’imaginer prendre un jour la place d’Ayrault, aussi minime que puisse être cet espoir. Pas Pierre Laurent, et pas le PCF.

Mélenchon met donc en avant son ambition de poser sa candidature pour être un recours en cas d’échec de l’équipe au pouvoir.

Mais cette ambition est largement partagée, du nouveau venu Valls aux « éléphants » du parti, au sein du gouvernement comme pour Fabius ou hors de ce gouvernement comme pour Aubry. À peine cinq mois après son arrivée au pouvoir, la gauche gouvernementale a de plus en plus de mal à dissimuler les ambitions rivales. Et cela ne pourra que s’aggraver au fur et à mesure que le gouvernement sera amené à prendre des mesures antipopulaires.

Le PCF, lui, critique le positionnement de Mélenchon. « La posture de recours n’a pas de sens », a déclaré récemment Nicole Borvo, sénatrice du PCF. Les dirigeants du PCF vont répétant que leur parti ne veut pas être responsable de l’échec du gouvernement de gauche.

C’est en réalité un argument hypocrite pour justifier le soutien, ou au moins la non-opposition au gouvernement, même lorsqu’il prend des mesures contre les classes populaires.

La direction du PC pratique ce « ministérialisme sans ministre » dont Trotsky disait, à propos du soutien du PCF au gouvernement de Front populaire, que c’est une des pires formes de ministérialisme. C’est une politique qui ne peut que désorienter, désarmer ses militants, et en particulier ceux qui militent encore dans les entreprises.

La participation ministérielle sous Mitterrand puis sous Jospin, avec ses conséquences désastreuses pour la classe ouvrière en général et pour le PC lui-même en particulier, n’a pas servi de leçon à la direction du PCF. Elle recommence la même politique d’alignement derrière le PS avec cependant, à chaque fois, de moins en moins de crédit.

Oui, la gauche au gouvernement court à l’échec. Par ces temps de crise, la bourgeoisie ne lâchera rien à ses politiciens de gauche, pas même de quoi justifier leur utilité. La crise, c’est l’exacerbation de la lutte de classe où la bourgeoisie ne laisse pas d’autre choix au gouvernement que de mener une politique antiouvrière sans fard. Quel que soit l’homme à la tête du gouvernement, Ayrault, Valls ou même Mélenchon, la crise démolit impitoyablement le peu de base permettant une politique réformiste.

Seule une mobilisation massive et décidée de la classe ouvrière peut changer le rapport de forces avec le patronat sur toutes les questions essentielles concernant le monde du travail : le maintien de l’emploi aussi bien que la garantie du pouvoir d’achat des salaires.

Le Front de gauche ne peut pratiquer sa jonglerie entre l’appartenance à la majorité présidentielle et la timide opposition pour se distinguer du gouvernement socialiste qu’en l’absence de mobilisation sérieuse du monde du travail.

Les nationalisations d’après-guerre n’ont strictement rien à voir avec le socialisme…

Les nationalisations d’après-guerre en France

Après la première vague de nationalisations de 1936, relativement limitée, la vague suivante, beaucoup plus importante a eu lieu au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, de fin 1944 à 1946.

Mais les circonstances étaient tout à fait différentes du Front populaire.

L’impérialisme français émergeait d’un désastre qui venait de durer cinq ans. Après avoir été complètement écrasé militairement en 1940, le pays avait été occupé par l’armée allemande. La majorité du patronat français était resté en place en faisant bon ménage avec les forces d’occupation. Certains s’en étaient sortis pas trop mal, comme les patrons des usines d’aviation Gnôme et Rhône ou Louis Renault qui travaillaient pour l’Allemagne. Mais c’est l’ensemble du patronat qui, plus de gré que de force, collaborait et, dans les faits, devait bien faire autant de bénéfices qu’il en aurait fait si l’impérialisme français avait été vainqueur.

Pendant ces quatre années, l’appareil industriel et les infrastructures du pays ne se modernisèrent pas comme elles le firent dans des pays non occupés comme la Grande-Bretagne et surtout les États-Unis.

Et pendant la guerre il y eut, en France, de nombreuses destructions dues aux bombardements anglais puis anglo-américains.

En 1945, la situation de l’impérialisme français était donc délicate sur le plan économique.
La bourgeoisie réussit à se sortir de cette passe difficile grâce au nouveau régime dirigé par de Gaulle et qui a bénéficié de la collaboration sans faille du Parti Communiste Français. Ainsi l’État put être reconstruit sans trop de problèmes, en utilisant en grande partie le personnel ex-vichyste recyclé en « résistant », comme la police, la gendarmerie et le corps des officiers par exemple.
Restait à régler le problème du retard économique. Si l’impérialisme français voulait ne pas être rejeté en arrière par ses concurrents, il lui fallait absolument faire un gros effort pour, d’une part, remettre en selle la bourgeoisie et, d’autre part, reconstruire puis moderniser les infrastructures et l’appareil industriel du pays.

Or de cela la bourgeoisie n’était pas capable toute seule. Il lui fallait l’aide des fonds d’État et le silence de la classe ouvrière grâce au Parti Communiste Français et à la CGT. L’aide de l’État, ce furent les nationalisations ; l’aide du Parti Communiste, ce fut la politique du « produire d’abord, revendiquer ensuite » selon le slogan du PCF et de la CGT de l’époque.

La combinaison de ces deux facteurs fit que le PCF et la CGT prétendirent qu’avec les nationalisations les travailleurs produisaient pour eux, alors que c’était en réalité un nouveau départ pour le patronat.

La liste des nationalisations de cette époque est assez impressionnante.

Il y eut, dès décembre 1944, les houillères du Nord et du Pas-de-Calais puis, en 1945, Renault et Gnome et Rhône qui avec d’autres sociétés donnèrent naissance à la SNECMA ; puis les transports aériens, suivis de la Banque de France (l’oubliée de 1936) et des grandes banques de dépôt. En 1946, ce fut le tour de l’électricité et du gaz, des compagnies d’assurances et cette fois de la totalité des charbonnages.

Pour toutes ces nationalisations, des indemnités ont été versées aux anciens propriétaires, à l’exception de Louis Renault, accusé de collaboration avec l’ennemi. Mais les autres actionnaires des usines Renault, eux, ont été indemnisés.

[…]

En ce qui concerne l’électricité, il existait en France, avant la nationalisation, 154 sociétés produisant du courant, 86 faisant du transport haute tension, et 1 150 sociétés de distribution. En tout, cela faisait 1 390 sociétés d’électricité, dont une dizaine de trusts principaux contrôlaient les neuf dixièmes de l’énergie produite. Les fréquences n’étaient pas partout les mêmes dans l’ensemble du pays : certaines étaient à 50 hertz, d’autres à 60 ; il y avait ici du courant continu, là de l’alternatif, etc.

Il est bien évident qu’une telle situation n’était pas favorable à la modernisation.
Dans l’après-guerre l’électricité, était un enjeu majeur. La consommation allait doubler tous les dix ans. Cela nécessitait d’énormes investissements que là aussi le patronat n’était pas capable de faire.

Électricité de France ainsi que Gaz de France ont donc été créés simultanément en 1946. L’opération de nationalisation s’est accompagnée d’indemnités particulièrement avantageuses. Il fut créé une Caisse nationale de l’énergie qui émit d’abord des actions, puis ensuite des obligations pour rembourser les anciens propriétaires des compagnies électriques et gazières. Le tarif fut le suivant : un intérêt fixe minimum de 3 %, plus un intérêt complémentaire de 1 % indexé sur le chiffre d’affaires.

Le résultat, c’est que la valeur des obligations de la Caisse de l’énergie n’a pas cessé de grimper, surtout à partir des années soixante-dix, car des dizaines d’années après la nationalisation, EDF et GDF payaient toujours !

Mais ce n’est qu’un aspect de l’aide apportée par ces entreprises nationalisées aux capitalistes, et pas le plus important. Le rôle majeur a été joué par la politique tarifaire qui suivit la nationalisation.
Pendant un demi-siècle, EDF a accepté d’avoir des prix relativement bas pour l’industrie, même si pour la population ces tarifs n’étaient pas toujours accessibles. C’est que le premier client d’EDF était, et est toujours, la grande industrie. Pour favoriser les gros industriels, EDF leur a vendu du courant très bon marché, parfois même à perte, quitte à faire payer plus cher les usagers ordinaires. Mais du même coup EDF a accepté d’avoir des bénéfices relativement faibles comparativement aux énormes investissements nécessaires pour la construction des grandes centrales hydroélectriques, des centrales thermiques, et plus tard du nucléaire. S’il s’était agi de patrons privés, eux auraient voulu réaliser des bénéfices tout de suite et augmenter les tarifs en conséquence.

Mais l’État a accepté qu’EDF fasse pendant des décennies peu de bénéfices pour que les patrons puissent profiter des bas tarifs.

Ce qui est valable pour EDF l’était, et l’est toujours, pour la SNCF, qui consent des tarifs de faveur aux industriels ; même chose pour Gaz de France, etc. Le secteur public a toujours servi à subventionner d’une manière indirecte le patronat privé ou a lui passer commande, comme l’a fait la SNCF pour le matériel ferroviaire, EDF pour le matériel électrique, et ainsi de suite.

Paul Brousse, qui a été cité au début, rêvait que l’accumulation des services publics, les uns à la suite des autres, conduise tout doucement au communisme. En réalité les services publics ou, pour parler de façon socialement plus juste, l’ensemble du secteur nationalisé a renforcé le patronat privé.

Pourtant il est évident que si l’État avait voulu se comporter comme un immense trust, il aurait pu, étant maître de l’énergie, des transports, des banques, etc., imposer le rachat à n’importe quelle société privée et ainsi s’étendre jusqu’à nationaliser la totalité de l’économie. Théoriquement, il en avait les moyens.

Mais justement, imaginer une telle hypothèse montre ce qu’elle avait d’irréaliste. Des réformistes comme Paul Brousse ou Jaurès voyaient peut-être l’avenir de cette manière. Mais ce qui s’est produit montre que, tant que l’État reste entre les mains de la bourgeoisie, les nationalisations s’opèrent dans un cadre bourgeois et avec des objectifs qui servent la bourgeoisie, à commencer par le soutien de la propriété privée.

D’ailleurs Benoît Frachon, dirigeant du Parti Communiste et secrétaire général de la CGT, écrivit en 1946 dans un livre intitulé La bataille de la production les lignes suivantes : « Quant à l’accusation de vouloir faire du socialisme par les nationalisations, nous avons déjà démontré la stupidité de telles formules.

La nationalisation de telles entreprises ou de tels services publics n’a rien à voir avec le socialisme.
S’il en était autrement, Louis XI eut été socialiste en faisant de la poste un service d’État. Bismarck eut été socialiste en nationalisant les chemins de fer de la Prusse, alors qu’il n’avait en vue que de centraliser un service essentiel pour la guerre à laquelle il se préparait.

La socialisation suppose l’existence d’un État socialiste, et la nationalisation se pratique même dans un État bourgeois. »

Sur cette analyse nous ne pouvons qu’être d’accord avec lui.

Il est impossible de passer en revue toutes les entreprises qui ont été nationalisées à cette époque, disons qu’en plus de nationaliser une grande partie du secteur industriel, l’État a dû fort logiquement nationaliser une grande partie du secteur bancaire et des assurances afin de disposer de l’instrument financier indispensable à sa politique.

Mais là aussi, cela ne doit pas faire illusion, les actionnaires ont été indemnisés, et ils n’ont pas disparu du paysage. Et lorsque, dans une période ultérieure, on a cette fois rendu au privé ces banques et ces assurances, eh bien il s’est trouvé suffisamment de capitaux et de capitalistes pour les racheter. Ils étaient toujours là et bien là !

Après le second tour des législatives - Les acteurs de la scène politique ont changé, mais pas la politique du grand capital - Avec ses 314 députés, en comptant ceux de ses filiales directes, les Radicaux de gauche et le MRC de Chevènement, sur un total de 577 sièges, le Parti socialiste dispose donc d’une majorité à l’Assemblée nationale sans précédent depuis 1981 (le PS disposait de 285 sièges, il est vrai sur 491 à l’époque). À ce nombre, il faut ajouter les 18 députés d’Europe écologie-les Verts et les 10 du Front de gauche, qui font également partie de la majorité présidentielle…

Après le second tour des législatives - Les acteurs de la scène politique ont changé, mais pas la politique du grand capital - Avec ses 314 députés, en comptant ceux de ses filiales directes, les Radicaux de gauche et le MRC de Chevènement, sur un total de 577 sièges, le Parti socialiste dispose donc d’une majorité à l’Assemblée nationale sans précédent depuis 1981 (le PS disposait de 285 sièges, il est vrai sur 491 à l’époque). À ce nombre, il faut ajouter les 18 députés d’Europe écologie-les Verts et les 10 du Front de gauche, qui font également partie de la majorité présidentielle…

[le PCF, parti de gouvernement] 1981 - Des ministres du Parti Communiste pour cautionner l’austérité

Mitterrand élu, il octroya - c’est bien le mot - quatre fauteuils ministériels ou plutôt quatre strapontins au Parti Communiste. Aussi les dirigeants de ce parti ont atteint enfin leur objectif. Ils siègent de nouveau au gouvernement, comme durant la période 1945-1947. Oui, ils ont de nouveau des ministres ! Mais pas comme en 1945.

La situation n’est plus la même. Ils ne sont plus « le premier parti de France ». Ils ne sont même pas au Parlement en position de jouer un rôle d’appoint puisque le Parti Socialiste a la majorité absolue des sièges à lui seul.

Aujourd’hui, leur participation au gouvernement ne dépend que du bon vouloir de Mitterrand ou plutôt de ses calculs politiques.

La seule chose que Mitterrand donne en partage au PCF, ce n’est pas le pouvoir - les quatre ministres communistes ne peuvent faire, au gouvernement, que de la figuration.

Non, ce que le Parti Socialiste leur donne en partage c’est plutôt l’usure du pouvoir. C’est le discrédit que leur vaut la défense d’une politique anti-populaire.

La direction du Parti Communiste espérait réintégrer le gouvernement par la grande porte. Mitterrand l’a fait rentrer par la porte de derrière.

Non ! le temps n’est certainement pas venu où le PCF deviendrait un parti social-démocrate. La situation ne s’y prête pas, son audience électorale se réduit. Il en est aujourd’hui à cautionner des suppressions de postes et des licenciements, et non pas en situation d’en distribuer. Il ne s’appuie pas sur une vaste audience populaire. Au contraire, la politique qu’il mène, met ses militants, dans les entreprises, en porte-à-faux vis-à-vis des travailleurs, sans aucune contrepartie.

Même le Parti Socialiste a du mal à être reconnu par la bourgeoisie, qui se sert de lui, mais avec des pincettes. Alors le Parti Communiste, une fois de plus, vient trop tard.

Alors oui, camarades,

Le Parti Communiste Français, depuis 63 ans qu’il existe, n’a pu réussir à devenir ni un parti révolutionnaire, ni un parti vraiment réformiste, vraiment intégré à la société tout au moins aussi intégré que ses dirigeants y aspirent.

Dans ses premières années, il n’a pu se forger une direction révolutionnaire, malgré tout le dévouement de ses militants, car la politique que lui imposa Staline ne le lui permit pas.

Dans l’autre sens, en 1936 et en 1945, quand il s’approcha du gouvernement de la bourgeoisie ou y participa ouvertement, le phénomène ne dura pas assez longtemps : la guerre la première fois, la guerre froide la seconde, ne lui permirent pas de poursuivre assez longtemps l’expérience pour s’intégrer à la société autant que la social-démocratie l’avait fait.

Aujourd’hui, il n’a pas de chance : après avoir été rejeté pendant 34 ans, il n’est parvenu au gouvernement qu’alors qu’il était électoralement en perte de vitesse et pour gérer la pire crise qu’ait connue la société française depuis la fin de la guerre.

Si Mitterrand a pris des ministres communistes dans le gouvernement Mauroy, ce n’est pas pour récompenser le Parti Communiste de son soutien, c’est parce que la gestion de la crise à laquelle est amené le Parti Socialiste l’oblige à se sacrifier sur l’autel des intérêts de la bourgeoisie, et Mitterrand n’a pas voulu que le Parti Socialiste soit seul à se sacrifier, et que le Parti Communiste puisse conserver intact son crédit pendant que le Parti Socialiste se serait déconsidéré.

La question que tout le monde se pose aujourd’hui, c’est celle de savoir si le Parti Communiste va rester au gouvernement ; si, devant les menaces ouvertes qui pèsent sur la classe ouvrière, le Parti Communiste va accepter de continuer à perdre son audience, son crédit, au risque d’être rejeté comme une outre vide, le jour où il ne pourra plus servir.

A cette question, nous n’apporterons pas de réponse ce soir.

Nous ne pouvons pas lire dans la tête des dirigeants du Parti Communiste. Nous ne pouvons pas non plus sonder les coeurs et les esprits de tous ceux, hommes et femmes, qui le composent. Nous devons l’avouer, nous ne savons pas ce que fera le Parti Communiste dans les mois qui viennent. Pas plus d’ailleurs que nous ne savons ce que fera Mitterrand, si le Parti Communiste recule encore électoralement aux élections européennes par exemple.

La seule réponse que nous puissions apporter, en tant que militants révolutionnaires, en tant que militants de la classe ouvrière, c’est faire en sorte que la classe ouvrière puisse et sache se défendre et même contre-attaquer dans la période qui vient.

Oui, la seule chose que nous puissions essayer de faire, c’est que la classe ouvrière pose elle-même la question aux dirigeants et aux militants du Parti Communiste. Et la seule réponse que nous puissions donner, là, ce soir, c’est que les dirigeants du Parti Communiste ne seront plus jamais dans le camp des travailleurs, mais que par contre, nous comptons bien qu’une fraction importante des militants et des militantes du Parti, celle sur laquelle le Parti a toujours pu compter dans les périodes difficiles, elle, choisira le camp de la classe ouvrière, et peut-être même celui de la révolution.

Mais pour cela, c’est à nous, révolutionnaires, d’être à la hauteur de nos ambitions, et cela va nous demander certainement bien du courage, du dévouement et de l’abnégation si nous voulons être à la hauteur des qualités dont ont fait preuve les militants du Parti Communiste en bien des circonstances.

Où en était le PCF en mai 1967 ?

[source : Lutte de classe, juin 1967]

Où en est le Parti Communiste Français ? Où va-t-il ? Ses liens avec Moscou sont-ils encore déterminants ?

Le PCF est un grand parti, avec une forte implantation dans les masses. D’importantes couches de la nation ont trouvé leur expression politique en lui. Il n’est plus une simple courroie de transmission du Kremlin, il a un contenu social, une assise sociale propre. Cette assise sociale est celle de la social-démocratie. Elle prend racine dans les entreprises par la mainmise sur l’appareil Syndical, mainmise qui lui permet de bénéficier des privilèges que la bourgeoisie accorde à l’aristocratie ouvrière. Elle prend racine aussi, et plus encore dans la gestion des municipalités, des administrations locales. Heures de délégués, subventions aux syndicats, aux municipalités, rémunération des élus, voilà les canaux par lesquels le PCF, pour reprendre l’expression de Trotsky « puise aux mêmes sources que la social-démocratie, c’est-à-dire dans les surprofits de l’impérialisme ».

Le PCF n’est plus soumis seulement à la pression de la bureaucratie soviétique, comme dans la première période de son existence, mais aussi à celle de sa propre base sociale. Il subit les pressions impératives de sa fonction de parti national réformiste, de son assise nationale. Et il tient a jouir de toutes les prérogatives d’un parti national jusqu’à et y compris l’exercice du pouvoir. Dans le cadre du système capitaliste et dans son intérêt, bien entendu.

En fait, l’évolution du PCF - analogue d’ailleurs à celle de tous les partis communiste de masse des pays occidentaux - ne laisse pas de doute quant à la dynamique que dégage l’influence des deux forces qui s’exercent sur lui.

Ces deux forces ne sont pas de même intensité dans le temps ; alors que l’une, celle qui prend son point d’appui dans l’orbite sociale du Parti, est de plus en plus puissante, l’autre, celle qui tient le Parti dans l’orbite de Moscou, diminue. Et il ne saurait en être autrement.

Car enfin, comment se concrétisent les liens du PCF avec la bureaucratie d’une part, avec la bourgeoisie nationale de l’autre ? Ces liens se tressent pour les premiers sur le support matériel des subsides du Kremlin, pour les seconds, sur celui de la portion de surprofit impérialiste qui échoit au PC en tant que parti national-réformiste. Aujourd’hui « l’or de Moscou » ressort de plus en plus au domaine de la légende, il représente bien peu de chose à côté de cette source que sont pour le Parti les surprofits de l’impérialisme français.

Mais il n’y a pas qu’au niveau des supports matériels que la force d’attraction de la bureaucratie cède le terrain par rapport à celle de la bourgeoisie nationale. Les liens avec l’un ou l’autre pôle d’attraction sont aussi le fait d’hommes, de dirigeants. La fidélité des Thorez, des Duclos à Moscou portait encore la pâle marque de la Révolution d’Octobre, elle portait surtout la marque de la longue et dure école d’obéissance absolue à laquelle Staline soumit tous les dirigeants. Mais cette génération vieillit et disparaît petit à petit, ou finit par s’adapter. Et la nouvelle génération, celle qui arrive à la responsabilité au niveau fédéral, et même au niveau du comité central, a été éduquée à l’école chauvine de la Résistance, et n’a jamais connu la fidélité contre vents et marées, contre l’ensemble de « l’opinion publique », elle n’a connu qu’une fidélité dont les conséquences étaient au goût de cette opinion publique. L’attachement à Moscou de cette génération est en grande partie le reflet de celui le la précédente, et dans la mesure où il est propre, il ne s’adresse pas à la Russie des Soviets, mais à la Russie de Stalingrad, à la Russie alliée pendant la Résistance patriotique, et, en tant que tel, même cet attachement a un arrière-goût nationaliste. Leurs liens personnels, leurs affinités portent ses nouveaux dirigeants vers leurs collègues parlementaires, conseillers municipaux et autres, avec qui ils accomplissent des fonctions sociales analogues.

Pendant longtemps, le PCF passait pour le plus stalinien des PC occidentaux, et par ce qualificatif, on entendait son inconditionnalité vis-à-vis de la bureaucratie. Mais, si l’expression « polycentrisme » vient des Italiens, quant à l’application, le PCF est allé presque aussi loin que le PCI. Car l’allégeance au Kremlin, en le contraignant à mener une politique consacrée aux intérêts de la bureaucratie russe, même si elle n’accule pas aujourd’hui le PC à des choix dramatiques pour lui, le gêne pour mener la politique d’un parti pleinement national. Il n’y a qu’à voir à quel point les désaccords en matière de politique étrangère (notamment en ce qui concerne le Marché Commun, « l’européanisme », ou l’Alliance Atlantique) gênent le rapprochement vers Mitterrand et la Fédération de la Gauche. Et derrière ces divergences d’organisations à organisations, il y a l’avertissement de la bourgeoisie qui ne veut et ne peut reconnaître pleinement le PC que s’il est prêt à défendre sa politique étrangère, quelle qu’elle soit.

Précisément pour pouvoir mener une politique étrangère conforme à ses intérêts de parti national, le PC est obligé sinon de rompre complètement avec Moscou du moins d’obtenir qu’on le laisse se diriger à sa guise. La réclamation explicite ou implicite du « polycentrisme », c’est-à-dire du droit d’un Parti Communiste d’élaborer sa propre politique, n’est que la couverture théorique de l’obligation qu’impose au Parti sa nature sociale. En ce sens, le polycentrisme, loin d’être la cause de l’affaiblissement des liens avec Moscou, en est la conséquence. Il est en même temps le signe d’une étape sur le chemin qui conduit à une éventuelle rupture totale.

Aujourd’hui, la situation n’est pas encore assez mure pour que les dirigeants staliniens soient placés devant un choix impliquant une telle rupture. La bourgeoisie française ne leur offre rien pour le moment, tout au plus leur laisse-t-elle entendre par la voix de ses représentants de « gauche » que si le Parti donne quelques bons gages, on rompant par exemple avec Moscou, il n’est pas impossible qu’un jour il puisse être associé au pouvoir. Tant que cette situation demeure, le PCF peut se contenter, en guise de gage d’indépendance, de publier dans les colonnes de l’Humanité des textes du genre de cette lettre d’Aragon protestant centre la condamnation de Siniavsky et de Daniel. C’est déjà beaucoup, car significatif, mais c’est tout de même peu.

Amené à choisir entre non assise nationale et sa fidélité à la bureaucratie, le PCF a encore choisi en 1939 la bureaucratie. Si un tel choix se présente demain, et si la bourgeoisie lui laissa la possibilité de choisir, il n’y a aucun doute qu’il rompra le peu de liens qui lui restent encore avec Moscou. Il deviendra alors ouvertement ce qu’il est depuis longtemps dans les fait : un parti réformiste national.

« Il sera un excellent parti de gouvernement », s’écrie à la fin d’un article laudatif Serge Mallet, dans les colonnes du Nouvel Observateur. Il sera en effet, tout comme les dirigeants « socialistes » patentés, un excellent et loyal gérant du capitalisme français.