La Françafrique à la sauce Hollande

À bas l’intervention impérialiste de la France au Mali !

Il y a quelques mois, Hollande, récemment élu, s’était fait fort de mettre fin à la Françafrique, cet héritage du colonialisme sur une partie de l’Afrique, combinaison de soutiens aux dictateurs africains, de réseaux opaques et de pillage des ressources humaines et matérielles de ce continent. Il y a cinq ans, Sarkozy avait tenu le même discours, sans que rien ne change. Et il y a vingt ans Mitterrand, dont Hollande se veut l’héritier, avait dit à peu près la même chose, sans que rien ne change non plus. Pour ceux qui accordaient à Hollande le bénéfice du doute, l’opération militaire Serval, lancée au Mali le 10 janvier, a révélé ce qu’il en était en réalité. Les habitants du nord du Mali, dominé depuis plusieurs mois par des groupes armés islamistes, vivent un calvaire. Et on peut comprendre qu’une grande partie des travailleurs maliens, au Mali et en France, ne veulent pas des islamistes et de leurs pratiques barbares et rétrogrades : femmes voilées de force ; couples non mariés lapidés ; voleurs aux mains tranchées ; cigarette, alcool ou danse interdits, etc. Mais ces travailleurs se trompent quand ils se réjouissent de l’intervention de l’armée française. Elle ne va pas au Mali pour protéger les habitants. Et elle est même un facteur d’aggravation. Le sort des populations africaines a toujours été le cadet des soucis de l’État français, du Rwanda à la Côte d’Ivoire, du Gabon au Tchad. En réalité, la France défend ses intérêts impérialistes au Sahel et en Afrique de l’Ouest : pétrole en Mauritanie, or au Mali, voies de circulation dans une zone qui fut longtemps sous sa tutelle coloniale et où ses placements sont nombreux (Burkina Faso, Guinée, Côte d’Ivoire, Sénégal). Surtout, le Niger est devenu la principale source d’approvisionnement d’Areva en uranium, et la prétendue « indépendance énergétique » de la France – les profits d’Areva et d’EDF – dépendent de la sécurité des mines dans cette région.

La résolution 2085 de l’ONU, en décembre 2012, avait entériné une opération de la CEDEAO (Communauté économique des États d’Afrique de l’Ouest), où la France n’offrirait qu’un appui logistique, sans participer aux combats dans son ancienne colonie. Ce cache-sexe est maintenant tombé. Seules des troupes françaises interviennent, en appui au fragile pouvoir malien. À la date où nous écrivons, il y aurait bientôt 2 500 soldats, des chars et des missiles, en plus des bombardements déjà opérés depuis le 10 janvier. L’armée française était déjà bien présente dans la région : d’ailleurs, les troupes engagées sont en partie celles impliquées dans l’opération Sabre, présentes au Burkina Faso et en Mauritanie depuis deux ans ; celles de l’opération Licorne, commencée en 2002 en Côte d’Ivoire, et utilisée en 2011 pour installer Alassane Ouattara au pouvoir ; et celles de l’opération « provisoire » Épervier, engagée au Tchad en… 1986, en soutien au dictateur Hissène Habré, et qui sert maintenant de béquille au dictateur Idriss Déby.

L’opération Serval a fait l’unanimité des grands médias français et quasiment l’union sacrée des partis politiques. Là encore, la droite sait se montrer respectueuse, quand il s’agit des intérêts de l’impérialisme français. Du côté de Jean-Luc Mélenchon, les principales réserves viennent du fait qu’Hollande a agi «  seul, sans en saisir préalablement ni le gouvernement, ni le Parlement  », comme si cela changeait quelque chose ! Le PCF a tenu à peu près le même discours, soulignant que la guerre comporte « des risques », ce que même les militaires veulent bien admettre, mais sans la condamner.

À l’enthousiasme des premiers temps des va-t-en-guerre, risquent fort de succéder quelques déconvenues. En tout cas, à cette heure, la seule position qui prenne en compte à la fois les intérêts des travailleurs français et africains, et qui exprime une solidarité des exploités, c’est : À bas l’intervention impérialiste au Mali !

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