Etats-Unis - Les dirigeants syndicaux à la remorque du Parti démocrate… contre les travailleurs

Aucune tentative de s’organiser contre les attaques

L’une des choses que les dirigeants syndicaux n’ont pas faites est d’inviter les travailleurs à s’opposer aux demandes incessantes de sacrifices en matière de salaires et d’avantages sociaux. Pire, ils continuent à prétendre que ces sacrifices sont nécessaires afin de renforcer les entreprises et protéger ainsi les emplois.

Dans l’automobile, toute une série d’acquis obtenus au cours de décennies, et provisoirement suspendus pendant six ans, ont été définitivement supprimés dans les contrats de 2011. Le mécontentement avait été grand quand les contrats proposés ont été rendus publics. L’opposition, déjà organisée chez Ford, avait continué, trouvant un écho chez les ouvriers qui, au début, semblaient prêts à refuser cette nouvelle vague de sacrifices.

Face à cette opposition grandissante, Ford et les dirigeants syndicaux ont présenté un contrat assorti de primes sensiblement plus élevées que celles de General Motors et de Chrysler. Pourtant, l’opposition s’est maintenue.

Les dirigeants syndicaux locaux ont fait l’objet de flatteries ou de menaces, pour les faire rentrer dans le rang, ce que la plupart ont fait. Mais ce n’est qu’après que les dirigeants nationaux de l’UAW ont annoncé que, si le contrat était rejeté, il y aurait une grève immédiate, que le climat a changé. Les ouvriers y ont vu une menace contre eux, et pas contre Ford. L’opposition s’est évaporée.

Mais l’opposition est réapparue chez Chrysler, où l’attaque contre les ouvriers qualifiés était allée beaucoup plus loin et où Chrysler n’avait pas cru nécessaire de donner plus qu’une mini-prime. Pourtant, à la suite d’une série de manœuvres, l’accord pourri est passé là aussi.

Ce n’est certainement pas la fin de l’histoire, comme en témoigne le fait que les travailleurs municipaux de Detroit ont su résister jusqu’à maintenant à toutes les intimidations, et que les travailleurs d’EMD, eux aussi bénéficiaires d’un ancien contrat de l’automobile, ont par deux fois voté contre un contrat de l’UAW, en dépit de manœuvres semblables.

Pourtant, dans sa grande majorité, la classe ouvrière reste silencieuse et inactive, incapable de contrecarrer l’offensive capitaliste, et encore moins de regagner tout ce qu’elle a perdu.

La classe ouvrière face à une catastrophe

Elle se trouve aujourd’hui plus ou moins dans la même situation économique qu’à l’époque de Trotsky dans les années trente, plongée dans une crise à long terme. Mais au niveau social et politique la démoralisation est beaucoup plus profonde aujourd’hui, en partie parce qu’il y avait dans les années trente des militants ancrés dans la classe ouvrière, convaincus que les ouvriers se battraient et qui ont donné l’impulsion aux luttes qui ont éclaté.

La crise d’aujourd’hui, entrée maintenant dans sa quatrième décennie, est loin d’être terminée ; l’abaissement du niveau vie continue, sans répit, et même s’accélère. Et toutes les statistiques que nous citons le prouvent. La bourgeoisie se protège en abaissant les conditions de vie de la classe ouvrière. Tout ce qui est arrivé, le chômage continu, les attaques sur les salaires, l’élimination des avantages sociaux, la destruction des services sociaux et des services publics, en témoigne. Ce n’est pas une question d’hommes politiques : c’est la crise. C’est pourquoi les Républicains et les Démocrates sont beaucoup plus proches les uns des autres aujourd’hui dans les politiques qu’ils mènent, même si leur rhétorique semble diverger plus largement que jamais.

Il est important d’évaluer tout ce qui a été perdu au cours des trente dernières années. Et en premier lieu au niveau du moral. La plupart des travailleurs d’aujourd’hui n’ont jamais participé à une lutte importante. Pendant plus de trente ans, leur vie d’adulte, la plupart n’en ont même jamais vu.

Assurément, la perte subie par la classe ouvrière dans les années trente a semblé plus brutale, parce qu’elle a frappé très soudainement. Mais la perte subie par les travailleurs pendant les trente dernières années montre que la mort à petit feu vous mène à la tombe aussi sûrement que la mort subite.

Il faut une organisation communiste révolutionnaire

Nous disons depuis longtemps que seule une organisation communiste révolutionnaire permettra de briser le cycle de la défaite, même dans de petites luttes défensives qui pourraient éclater à tout moment. Les communistes révolutionnaires sont ceux qui insistent sur le fait que, quand des luttes éclatent, il est important que les travailleurs essayent de les développer jusqu’au bout, qu’ils tentent de créer leurs propres organisations de direction des luttes, et ne restent pas emprisonnés dans des structures qui leur fixent des limites prématurées. Il est important que les travailleurs ne voient pas seulement dans les autres travailleurs des soutiens à leurs luttes mais des alliés dans le même combat.

Mais cela ne suffit pas. La classe ouvrière a besoin de militants qui hissent le drapeau d’un programme communiste révolutionnaire, dès maintenant, alors que non seulement elle n’a pas même envisagé la possibilité de construire une autre société, mais qu’elle est profondément enfoncée dans le bourbier de la démoralisation découlant de son incapacité à défendre même les acquis les plus maigres.

C’est exactement dans cette situation que les communistes ont quelque chose à proposer, des objectifs qui correspondent aux problèmes très profonds de cette société, en particulier le chômage et la baisse du niveau de vie.

Il ne suffit pas de pleurer sur le chômage ou d’être scandalisé par l’écart croissant entre riches et pauvres.

Cet écart, l’énorme accumulation privée d’une richesse socialement produite, alors même que le chômage continue, est la preuve que chaque ouvrier qui veut un travail pourrait en avoir un, que le travail pourrait être réparti de sorte que chacun ait un salaire, un salaire permettant de vivre, comme le disent les syndicats, et que ces salaires pourraient être indexés de façon à suivre immédiatement et régulièrement l’augmentation réelle des prix.

De telles idées correspondent directement aux problèmes les plus importants de la population laborieuse, le besoin d’un emploi et d’un salaire qui permette à chacun d’avoir une existence décente et confortable, au moment même où cela est compromis.

L’augmentation de 5 000 milliards de dollars de la dette nationale en trois ans est la preuve absolue que, quand la bourgeoisie veut de l’argent, l’État le trouve. Eh bien, la population veut que l’argent soit dépensé selon ses besoins. En premier lieu, il faut consacrer d’énormes sommes à redresser et rétablir les services publics, ce qui remettrait de fait beaucoup de gens au travail. Il y a de l’argent disponible qui pourrait être dépensé pour doubler le nombre d’enseignants, et fournir à chaque enfant les moyens nécessaires aux études. Cela aussi créerait des emplois et remédierait à l’éducation désastreuse infligée aux élèves des classes pauvres et laborieuses.

Il ne suffit pas de se plaindre que le gouvernement fasse les choses en secret ou que les patrons ne nous informent pas de ce qu’ils font. Bien sûr, ils ne le font pas, parce que ce qu’ils font est nocif pour nous. Et c’est bien pourquoi il serait utile aux travailleurs que le secret industriel soit aboli et qu’ils soient en mesure de vérifier et de contrôler ce qui se produit.

Il ne suffit pas de pleurer sur l’avidité des banques. Naturellement, elles sont rapaces, mais elles sont au centre de l’économie, et c’est exactement pourquoi les travailleurs, longtemps avant le début du combat, doivent penser à réquisitionner les banques comme un de leurs objectifs importants.

Les travailleurs combattront-ils à nouveau ? Nous avons toutes les raisons de le croire. Dans des situations beaucoup plus répressives et beaucoup plus démoralisantes, la classe ouvrière a trouvé des moyens de briser brutalement ses chaînes. C’est pourquoi il est important que les communistes révolutionnaires emploient aujourd’hui tous les moyens politiques à leur disposition pour proposer des objectifs aux travailleurs, des objectifs qui correspondent entièrement à leurs difficultés actuelles et qui, en même temps, puissent les mener à prendre les commandes de la société dans leurs combats.

Nous devons assumer nos responsabilités.

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