Réarmer moralement les travailleurs, voilà l’urgence
Les dirigeants des confédérations syndicales restent avec leur objectif de faire valoir leur place dans le cadre du système au titre de « partenaires », comme ils aiment à s’appeler eux-mêmes. Certes sociaux, comme ils le précisent, mais partenaires tout de même auprès du patronat et du pouvoir. Mais dans la guerre de classe en cours, il faut choisir son camp. Et celui des travailleurs est inconciliable avec celui des possédants et des politiciens qui les servent. Refuser de remettre en cause les fondements de l’économie capitaliste, prétendre œuvrer à sa réforme, et donc à sa sauvegarde, comme toutes les confédérations le font, est non seulement impossible, car la crise actuelle est le fruit de ce système, mais c’est encore et surtout une duperie. Tous savent que, pour le monde du travail, les coups à recevoir en vue de maintenir les profits de la grande bourgeoisie seront encore pires demain. Tenter de faire croire aux travailleurs qu’il suffirait « d’une volonté politique », comme par exemple un changement de majorité gouvernementale, pour résoudre le chômage et les salaires de misère, c’est les anesthésier et les désarmer face aux épreuves qui les attendent.
Il appartient aux militants sincèrement attachés à l’avenir de leur classe de faire ce que les dirigeants confédéraux refusent : tout faire pour redonner confiance aux travailleurs dans leur force, dans leur capacité à arracher ce qui est vital pour tous, en défendant ces idées inlassablement autour d’eux, devant tous leurs camarades de travail.
Il n’y a pas de fatalité aux reculs incessants subis par les classes populaires. Il s’agit d’un problème de rapport de forces. Si le rapport de forces entre le camp des exploiteurs et celui de la classe ouvrière est en faveur des possédants, c’est que la classe ouvrière jusqu’à aujourd’hui a subi les coups sans réagir à la hauteur des attaques. Les travailleurs doivent faire face au chantage permanent à l’emploi dont usent et abusent les employeurs pour imposer reculs sur reculs. Ces derniers s’appuient pour cela sur la situation de l’emploi, les millions de chômeurs, l’angoisse de basculer, comme toute une partie du monde du travail, vers la précarité et la misère. Mais les travailleurs ne subiront pas éternellement ce chantage et sauront surmonter cette mise en condition, et ils se soulèveront pour combattre cette situation de plus en plus insupportable. La classe ouvrière en lutte a le pouvoir de tout changer lorsqu’elle est consciente de ses intérêts de classe. C’est elle qui fait tout fonctionner dans cette société, la force de millions de travailleurs décidés à défendre leur peau et leur avenir est irrésistible, si leur combat n’est pas dévoyé.
Ce sont ces capacités à inverser le cours des choses que les militants attachés au sort de leur classe doivent sans cesse rappeler. Et puis, il faut mettre en avant les revendications pour lesquelles cela vaut la peine de se battre et d’assumer les sacrifices nécessaires à la lutte. C’est-à-dire des revendications capables de modifier durablement le rapport de forces entre exploités et exploiteurs et garantissant aux classes populaires les moyens de vivre. C’est le moyen de donner un sens à l’explosion sociale à venir, et de se prémunir face aux tentatives, qui ne manqueront pas alors, de dévoyer l’énergie de millions de travailleurs mobilisés vers des impasses et des faux-semblants.
En tout cas voilà l’urgence. Défendre le programme qui traduise dans les faits le refus de payer les frais de la crise de l’économie capitaliste, assurer la vie des classes populaires, c’est le meilleur moyen de préparer les travailleurs aux échéances de lutte qui les attendent. Voilà ce à quoi peuvent s’atteler dès maintenant ceux qui n’ont comme seule préoccupation que le sort de la classe ouvrière.