S’en prendre à l’ennemi… ou s’exciter contre un leurre #1

La campagne du Front de gauche pour réclamer un référendum sur le pacte budgétaire est symbolique de sa politique. Elle doit culminer avec une manifestation le 30 septembre. C’est la première manifestation contre le gouvernement venant de sa gauche. Mais l’objectif mis en avant ne concerne pas les travailleurs, qui ne peuvent même pas s’en emparer.

Le traité budgétaire que la majorité socialiste se prépare à voter fait partie de cette succession innombrable d’articles, accumulés tout au long de la construction de l’Union européenne dans l’intérêt exclusif des grands groupes capitalistes, et tels qu’ils résultent des affrontements et des compromis au fil des ans entre les bourgeoisies nationales, toutes désireuses d’élargir leur espace économique mais sans trop abandonner la souveraineté de leur État.

Les travailleurs conscients ne peuvent être qu’opposés à ce pacte budgétaire, comme à tous les autres qui l’ont précédé et qui le suivront. Mais dénoncer ce pacte est une chose, en faire un objectif de combat en est une autre.

Cette campagne est une diversion. Au lieu de désigner le grand patronat et la classe capitaliste comme responsables de la dégradation du sort des travailleurs, on dénonce un vague texte européen.

« Le pacte grave dans le marbre la politique d’austérité », clament tous ceux qui prétendent être à la gauche de la gauche. Mais une politique d’austérité n’a pas besoin d’être gravée dans quelque Constitution que ce soit pour être la politique de la bourgeoisie. Elle est menée depuis, au bas mot, trois ans. Le pacte budgétaire ne fait que formuler en toutes lettres la politique qui est menée par tous les gouvernements de l’Union européenne.

Si la gauche de la gauche fait de « l’exigence d’un référendum » sur cette question son cheval de bataille, ce n’est pas seulement parce que c’est sur ce terrain qu’elle gêne le moins Hollande, assuré qu’il est d’avoir au Parlement une confortable majorité sur cette question. D’autant plus qu’il peut compter sur l’apport de voix de la droite. Mais les travailleurs ne peuvent pas emporter de victoires sur ce terrain.

Revendiquer un référendum ? Mais rien n’oblige Hollande à y procéder. Et quand bien même référendum il y aurait, il n’est pas dit que le « non » l’emporterait. Et si le « non » l’emportait, rien n’obligerait le gouvernement à respecter le résultat du référendum. Sans même parler de la signification de ce « non » qui, comme en 2005, mélangera les « non » venant de la gauche de la gauche et ceux venant des partisans de Dupont-Aignan et de Marine Le Pen.

Avant le référendum de 2005 sur le traité de Lisbonne, « la gauche de la gauche » comme une partie du PS présentaient la campagne pour le « non » comme un combat essentiel à mener. Ils ont crié « on a gagné » lorsque le « non » l’a emporté.

Tout cela pourquoi ? Pour rien. Le traité de Lisbonne, rejeté par le référendum, fut reconduit par une autre procédure.

La classe ouvrière n’a pas besoin de faux combats et de faux espoirs. Si elle se bat, il faut que ce soit sur la base de ses intérêts de classe.

Le rapport de forces qui décidera de l’avenir n’est pas la répartition des « oui » et des « non » dans un référendum. Le rapport des forces, c’est celui qui s’établira entre la bourgeoisie et son gouvernement, et la classe ouvrière se battant pour son exigence vitale de ne pas payer la crise de l’économie capitaliste : pas de licenciements, répartition du travail entre tous sans diminution de salaire, garantie du pouvoir d’achat contre l’inflation par l’échelle mobile des salaires.

Les militants qui sont dans le camp des travailleurs n’ont pas le pouvoir de changer le rapport des forces, mais ils peuvent au moins dire où il réside.

Le fait que, du NPA au POI, les formations que l’on situe à l’extrême gauche s’y soient ralliées ne rend pas meilleure l’agitation contre le pacte budgétaire.

Accessoirement, le Front de gauche, comme tous ceux qui, à la gauche de la gauche, espèrent accrocher leur wagon à celui de Mélenchon et du PCF, présente la campagne pour le référendum comme un combat de la démocratie contre la dictature des marchés financiers. « Ce qui compte au final, c’est que la population puisse véritablement décider. Il faut systématiser le référendum qui est une forme de démocratie directe », affirme même le porte-parole du NPA dans une tribune publiée dans L’Humanité. Comme si la bourgeoisie avait attendu la construction européenne pour imposer la dictature de la finance sur la société ! Et présenter le référendum comme une forme de démocratie directe, il faut le faire !

Eh oui, dans le monde capitaliste, la démocratie de la bourgeoisie apparaît de plus en plus clairement pour ce qu’elle est : la dictature du grand capital.

Mais cette gauche-là prétend opposer à cette dictature un référendum que, de surcroît, il faut quémander auprès de Hollande !

Alors oui, la crise en général et celle de l’euro en particulier mettent en évidence que ceux qui gouvernent, ce ne sont pas les pantins politiques, mais les marchés financiers, euphémisme pour désigner le grand capital, les grands groupes industriels et financiers, la classe capitaliste.

Mais le rôle des militants qui se placent dans le camp des travailleurs n’est pas de geindre sur la situation, ni de proposer des mobilisations bidon. Leur rôle est d’éclairer les travailleurs, de leur montrer qui sont leurs ennemis et qui il faut combattre. Dire la vérité aux travailleurs ne suffit certes pas pour leur redonner confiance en leur capacité de se battre. Or, seuls le combat lui-même, la mobilisation de millions de travailleurs autour d’objectifs qui représentent leurs intérêts de classe, changeront réellement le rapport de forces. Sans cette mobilisation, rien ne peut se faire. Mais seule la conscience claire de ses intérêts de classe peut permettre à la classe ouvrière de contrôler sa propre mobilisation, d’empêcher qu’elle soit dévoyée, détournée vers des culs-de-sac, et d’aller jusqu’au bout.

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