Le PCF, Mélenchon… ou comment canaliser le mécontentement d’une partie de l’électorat de gauche
Mélenchon est sorti de quelques semaines de silence, après son échec à l’élection législative à Hénin-Beaumont, par une interview fracassante au Journal du Dimanche du 19 août où, pour reprendre le titre de cette publication, il tire « à boulets rouges sur le gouvernement ». Le verbe est haut et le langage radical. Mélenchon s’en prend à Hollande, lui reprochant ses « cent jours pour presque rien ». Quel est l’axe de ses critiques ? « Hollande a désamorcé le contenu insurrectionnel du vote de la présidentielle. » Depuis cette exclamation, inspirée peut-être par sa visite estivale au Venezuela de Chavez, Mélenchon brandit comme un argument décisif que, sans les voix du Front de gauche qu’il a apportées au deuxième tour à Hollande, celui-ci n’aurait pas été élu.
Le constat est indiscutable : le Front de gauche a apporté au deuxième tour à Hollande cette fraction de l’électorat de gauche qu’il avait capitalisée au premier tour avec les discours tonitruants de Mélenchon. La découverte tardive de Mélenchon que Hollande au pouvoir obéit aux marchés financiers et pas à son électorat pourrait passer pour de la naïveté infantile, si elle n’émanait pas d’un vieux renard de la politique.
Oui, en effet, Mélenchon comme ses compères de la direction du PCF ont contribué à cautionner le slogan creux de Hollande : « Le changement, c’est maintenant. » Et pas seulement par le choix du vote pour Hollande au second tour sans rien exiger de lui. « Quand je regarde le creux des cent jours et la multiplication des commissions, j’en conclus que nous étions mieux préparés que les socialistes à exercer le pouvoir. Nous avions des propositions de lois dans nos cartons », pleurniche Mélenchon. Cette ridicule lamentation est destinée à rappeler qu’« en toutes circonstances, nous sommes disponibles pour former un gouvernement sur notre programme ». En d’autres termes, si Ayrault se déconsidère avec ses mesures violemment antiouvrières, lui, Mélenchon, est là pour prendre le relais. C’est cette politique qui passe pour être de l’« autonomie conquérante ».
Le PCF, l’autre composante du Front de gauche, de loin la principale si on tient compte des forces militantes, préfère parler d’« autonomie constructive ». Cette subtile différenciation dans les termes reflète une différence de perspective réelle, que les deux parties s’efforcent de dissimuler en insistant lourdement sur l’unité du Front de gauche, illustrée par l’image de Jean-Luc Mélenchon et de Pierre Laurent déambulant bras dessus, bras dessous dans les allées de la fête de L’Humanité.
Les deux composantes tiennent au même degré à canaliser à leur profit le mécontentement prévisible d’une partie de l’électorat de gauche. Leurs prétentions ne sont cependant pas les mêmes. Mélenchon peut s’imaginer prendre un jour la place d’Ayrault, aussi minime que puisse être cet espoir. Pas Pierre Laurent, et pas le PCF.
Mélenchon met donc en avant son ambition de poser sa candidature pour être un recours en cas d’échec de l’équipe au pouvoir.
Mais cette ambition est largement partagée, du nouveau venu Valls aux « éléphants » du parti, au sein du gouvernement comme pour Fabius ou hors de ce gouvernement comme pour Aubry. À peine cinq mois après son arrivée au pouvoir, la gauche gouvernementale a de plus en plus de mal à dissimuler les ambitions rivales. Et cela ne pourra que s’aggraver au fur et à mesure que le gouvernement sera amené à prendre des mesures antipopulaires.
Le PCF, lui, critique le positionnement de Mélenchon. « La posture de recours n’a pas de sens », a déclaré récemment Nicole Borvo, sénatrice du PCF. Les dirigeants du PCF vont répétant que leur parti ne veut pas être responsable de l’échec du gouvernement de gauche.
C’est en réalité un argument hypocrite pour justifier le soutien, ou au moins la non-opposition au gouvernement, même lorsqu’il prend des mesures contre les classes populaires.
La direction du PC pratique ce « ministérialisme sans ministre » dont Trotsky disait, à propos du soutien du PCF au gouvernement de Front populaire, que c’est une des pires formes de ministérialisme. C’est une politique qui ne peut que désorienter, désarmer ses militants, et en particulier ceux qui militent encore dans les entreprises.
La participation ministérielle sous Mitterrand puis sous Jospin, avec ses conséquences désastreuses pour la classe ouvrière en général et pour le PC lui-même en particulier, n’a pas servi de leçon à la direction du PCF. Elle recommence la même politique d’alignement derrière le PS avec cependant, à chaque fois, de moins en moins de crédit.
Oui, la gauche au gouvernement court à l’échec. Par ces temps de crise, la bourgeoisie ne lâchera rien à ses politiciens de gauche, pas même de quoi justifier leur utilité. La crise, c’est l’exacerbation de la lutte de classe où la bourgeoisie ne laisse pas d’autre choix au gouvernement que de mener une politique antiouvrière sans fard. Quel que soit l’homme à la tête du gouvernement, Ayrault, Valls ou même Mélenchon, la crise démolit impitoyablement le peu de base permettant une politique réformiste.
Seule une mobilisation massive et décidée de la classe ouvrière peut changer le rapport de forces avec le patronat sur toutes les questions essentielles concernant le monde du travail : le maintien de l’emploi aussi bien que la garantie du pouvoir d’achat des salaires.
Le Front de gauche ne peut pratiquer sa jonglerie entre l’appartenance à la majorité présidentielle et la timide opposition pour se distinguer du gouvernement socialiste qu’en l’absence de mobilisation sérieuse du monde du travail.