L’élection de François Hollande : un non-événement

Cinq mois après la défaite de Sarkozy, le changement, présenté comme un espoir pour les travailleurs par le chœur unanime de la gauche gouvernementale et assimilés, toutes tendances confondues, ainsi que par les dirigeants syndicaux, apparaît pour ce qu’il est : un non-événement.

Le passage du pouvoir des mains de Sarkozy, désavoué par l’électorat, à celles de Hollande, s’est fait sans le moindre grincement dans les rouages de l’appareil d’État. Les ministres socialistes, flanqués de deux écologistes et de trois radicaux de gauche, ont pris la place de leurs prédécesseurs de droite, et les hauts fonctionnaires des ministères ont continué à travailler sur les mêmes dossiers. Tout au plus a-t-on ajouté à la dénomination de certains ministères une touche pittoresque, en affublant, par exemple, le ministère de Montebourg du qualificatif de « Redressement productif » ! Comme si la magie des mots, doublée de l’agitation d’un ministre, pouvait masquer la réalité d’une production qui recule, d’usines qui ferment, du chômage qui s’envole !

La grande presse a pu faire des bulles de savon autour de quelques projets sociétaux, comme favoriser le mariage de deux personnes du même sexe. La proposition, pourtant timorée, de donner le droit de vote aux immigrés, mais seulement aux élections locales, soulève déjà des débats entre ministres. Et rien ne dit que cette mesure de justice élémentaire, qui était déjà contenue dans les 110 propositions de Mitterrand il y a trente et un ans, ne restera pas un serpent de mer, qui apparaît avant chaque grande consultation électorale pour disparaître après. La couardise, même dans les domaines sociétaux où il n’y a pas besoin d’affronter le patronat, est décidément une marque de fabrique de la gauche gouvernementale. Même lorsque cette couardise est accompagnée de coups de menton. Manuel Valls en est devenu le symbole avec sa fermeté affichée, non pas pour affronter les puissants, mais pour expulser les Roms avec plus de vigueur encore que son prédécesseur Guéant.

La droite s’est emparée quelque temps des coups de gueule verbaux de Montebourg avant l’été contre la famille Peugeot, vaguement relayés par Hollande. Mais, en septembre, même pour ce qui est du verbe, l’un comme l’autre ont su atténuer leurs propos.

Bernard Arnault, patron de LVMH, accessoirement l’homme le plus riche de France et même d’Europe, en demandant la nationalité belge, a trouvé un moyen provocateur de manifester son opposition à la promesse de Hollande d’imposer à 75 % la tranche de revenu supérieure à un million d’euros. Et toute la droite de broder autour du thème que, décidément, ce gouvernement ne sait pas reconnaître le mérite et traiter les patrons avec les égards qui sont dus à leur rang. Ce serait évidemment trop demander à l’homme le plus riche du pays d’avoir au moins la reconnaissance du ventre, lui qui doit le début de son ascension fulgurante dans l’enrichissement au gouvernement socialiste de Fabius qui, à l’époque, lui avait mis le pied à l’étrier en lui faisant pratiquement cadeau de l’ex-empire textile de Boussac.

Mais, au fond, il n’est pas dit que la provocation d’Arnault gêne Hollande : l’imposition à 75 % de la tranche de revenu supérieure à un million d’euros est la seule à pouvoir passer pour un geste de « gauche » du « socialiste » Hollande.

Pour le reste, Hollande n’a pas eu trop de mal à mettre ses pas dans ceux de Sarkozy.

L’économie de 30 milliards d’euros qu’il a annoncée est bien un plan d’austérité, quand bien même les conseillers de Hollande – comme ceux de Sarkozy précédemment – ont l’art de jongler avec les synonymes, pour ne parler ni d’austérité ni de rigueur, et encore moins de coups contre les classes exploitées. Mais les mesures d’économies annoncées, les suppressions d’effectifs dans les services publics ou la dégradation de ceux-ci, se feront pour l’essentiel au détriment des classes populaires.

Il n’y avait pas besoin que la Constitution lui impose la « règle d’or » pour que Hollande fasse du remboursement de la dette et de la limitation du déficit du budget de l’État l’axe principal de sa politique économique. Néanmoins, le fait que Hollande fasse voter solennellement par sa majorité parlementaire ce pacte budgétaire européen signé par Sarkozy, qu’il avait promis de renégocier pendant sa campagne électorale, est une nouvelle illustration que les promesses des politiciens n’engagent que ceux qui y croient. Illustration aussi du fait que les dirigeants politiques de la bourgeoisie, une fois qu’ils sont élus, n’ont que faire de leur électorat et que c’est aux marchés financiers qu’ils doivent obéir.

La dette publique a toujours été le nœud coulant autour du cou des classes populaires pour leur vider les poches au profit du capital financier. Mais, depuis la crise de 2008 et l’endettement considérable des États pour sauver les banquiers, l’opération est d’une ampleur qui a peu de précédents.

Cependant, la question de savoir s’il faut rembourser la dette publique rubis sur l’ongle ou s’il vaut mieux laisser filer le déficit, un débat qui préoccupe de plus en plus les milieux politiques de la bourgeoisie, n’a aucun intérêt du point de vue des exploités. Ceux qui présentent la politique d’austérité pure et dure comme une politique de droite et l’acceptation, voire le souhait d’un certain déficit comme une politique de gauche, assimilent la gauche à la classe ouvrière et à ses intérêts. Mais chacune de ces deux politiques se mène inévitablement au détriment des classes exploitées, à plus forte raison, la politique de compromis qui est en train de se dégager et qui mêle des mesures d’austérité à une politique inflationniste.

Il est impératif de rembourser la dette, nous disent-ils ? Mais que ceux qui l’ont contractée – les banquiers et les groupes capitalistes –, qui ont touché des subventions après la crise de 2008, le fassent donc !

Il est impératif de réduire le déficit ? Fort bien. Que l’on supprime toute aide, toute subvention, tout dégrèvement à la classe capitaliste, et le budget sera largement bénéficiaire !

Tous ceux qui posent cette question de façon abstraite, comme si elle n’avait pas un caractère de classe, sont des mystificateurs.

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