La révolution sociale ne peut se réduire à la prise du pouvoir politique

La violence, l’action militaire n’ont de signification pour les révolutionnaires socialistes, que lorsqu’elles constituent le prolongement conscient de la volonté ouvrière. La séquestration d’un directeur d’usine dans son bureau, au cours d’une grève, a plus de valeur quand elle exprime la volonté de lutte des travailleurs, même si techniquement elle a été réalisée par un nombre limité de participants, que l’enlèvement spectaculaire d’un dirigeant quelconque ou que la mise hors d’état de nuire de quelques fascistes dans un combat singulier dont la classe ouvrière serait spectatrice. Le but des révolutionnaires n’est pas de se faire admirer des masses et des travailleurs. Il n’est pas de s’agiter en dehors du prolétariat. Leur activité, au sein même de la classe ouvrière, vise à l’organiser, à en faire une force consciente, capable de jouer le rôle historique qui lui échoit.

Car pour les marxistes, l’objectif reste l’instauration de la dictature du prolétariat. Comment peut-elle se réaliser sans la participation consciente des travailleurs ? Par un audacieux coup de main d’une direction résolue qui, soit par surprise, soit à partir d’une conjonction de circonstances favorables, sur la base d’une démagogie populiste, renverse un pouvoir déjà chancelant ? Ce serait laisser croire que la dictature du prolétariat se résume à l’accession au pouvoir de quelques hommes mandatés (ou prétendant l’être) par le prolétariat. Ce serait oublier ce que Marx nous enseigne : que la révolution sociale ne peut se réduire à la prise du pouvoir politique, mais qu’elle nécessite l’éviction sociale de la classe dominante. Une telle éviction exige de la classe ouvrière qu’elle détruise l’appareil d’État bourgeois dans tous ses rouages, de la base au sommet, pour les remplacer par ses propres organes de pouvoir. Ce furent en URSS en Octobre 1917, les soviets d’ouvriers et de paysans, les milices ouvrières qui, d’emblée, se constituèrent en avant poste de la Révolution mondiale. Et ce rôle social de la classe ouvrière, assumant en toute conscience sa tâche historique, aucun groupe, aucun chef, aucun « Che » ne peut l’accomplir à sa place.

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  1. recriweb a publié ce billet