Ce qui serait utile face à la crise c’est non pas une rivalité accrue, non pas une concurrence ruineuse, mais..

Ce qui serait nécessaire, ce qui serait utile, face à la crise c’est, non pas une rivalité accrue, non pas une concurrence ruineuse, mais le recensement des besoins à l’échelle du monde et l’organisation de la production en fonction des besoins. Produire des voitures n’est pas un but en soi. On peut en produire moins, des plus solides qui durent plus longtemps. On peut produire davantage de moyens de transport en commun, bien plus économiques et dont on sait bien qu’ils sont insuffisants même dans les pays industrialisés. Et si les pays industriels sont saturés de voitures individuelles, on pourrait utiliser l’industrie automobile mondiale pour produire des équipements de base qui manquent à l’immense majorité de l’humanité : tracteurs, camions, ambulances, moyens de transport en commun, etc.

Ce serait logique, utile, et cela permettrait de mieux vivre partout. Mais voilà, c’en serait fini des profits des grands trusts de l’automobile, basés sur la production de masse à destination des pays industriels qui peuvent payer. Jamais la bourgeoisie ne mettra en oeuvre une telle politique. Seule la classe ouvrière du monde, elle qui produit justement tous les biens, le pourrait. Et le problème se pose de la même façon dans toutes les branches de la vie économique. Les trusts de l’acier se font la guerre pour s’arracher les marchés juteux, c’est la course à la compétitivité avec son cortège de faillites, de licenciements, avec la surexploitation forcenée des travailleurs. Et en même temps, les besoins en acier dans le monde entier, dans les pays sous-développés, en France même, sont considérables. Les installations sidérurgiques de toute la terre pourraient tourner à plein de leur capacité qu’elles ne suffiraient peut-être pas aux besoins, si l’on cherchait à équiper la planète en écoles, en hôpitaux, en logements, en moyens de transport. D’ailleurs, les besoins élémentaires des trois quarts de l’humanité ne sont pas satisfaits et il y a de quoi faire tourner les usines et donner du travail à tous, Et puis, au fur et à mesure qu’ils le seraient, on pourrait travailler moins, beaucoup moins. La production ne devrait pas être un but en soi, mais simplement un moyen de satisfaire les besoins des hommes.

Il n’y a pas d’autre moyen de mettre fin à tout jamais aux crises sinon en mettant fin à l’économie capitaliste elle-même, à la concurrence, à la soif du profit, au pouvoir des grands trusts. C’est-à-dire en réorganisant l’économie de fond en comble, avec comme critère de base de produire en fonction des besoins des hommes, de tous les hommes, et pas seulement en fonction des besoins solvables, pas seulement en fonction des espoirs de profits des entreprises.

Il n’existe pas de solution à la crise à l’échelle d’un seul pays car l’économie est mondiale, et la crise aussi.

La bourgeoisie, dans chaque pays, veut attirer ses propres travailleurs dans le piège de la compétition internationale. Elle réclame leur concours pour lutter contre les trusts allemands, japonais ou américains.

Mais c’est un piège pour les travailleurs, c’est un piège pour l’ensemble de la société. Car c’est précisément la concurrence, c’est précisément la guerre entre trusts, qui est à l’origine de la crise. Accroître la compétitivité des trusts, c’est leur donner plus de moyens dans la guerre économique qu’ils se livrent les uns aux autres, c’est exacerber encore un peu plus la crise.

Les grands trusts se servent des richesses créées, des usines ultra-modernes, des grands complexes sidérurgiques, mais aussi des denrées alimentaires, mais aussi du pétrole comme du nucléaire et même des découvertes scientifiques, comme autant d’armes pour combattre leurs concurrents.

Ce n’est pas en renforçant les trusts, fussent-ils de leur pays, que les travailleurs adouciront la crise pour eux-mêmes mais, au contraire, en arrachant à ces trusts le pouvoir exorbitant qu’ils détiennent sur l’économie et sur la société.

Les bourgeois veulent lancer les travailleurs les uns contre les autres, leur faire croire que le bien être des uns va à l’encontre de celui des autres. Mais c’est faux. Le bien-être des uns et des autres dépend de la coopération de tous.

Ce n’est que par la coopération entre les peuples, ce n’est qu’en mettant en commun leurs richesses et leurs besoins, qui sont complémentaires, ce n’est qu’en utilisant les bras de tous, qu’il sera possible de satisfaire les besoins de tous, en diminuant l’effort de chacun.

C’est dire que toutes les politiques nationalistes vont fondamentalement à l’encontre des intérêts des travailleurs. Car si ces derniers acceptaient de suivre leur propre bourgeoisie dans cette voie-là, elle exigerait d’eux, sacrifices sur sacrifices, sur l’autel de la concurrence internationale, et plus la concurrence sera sévère, plus les sacrifices exigés seront grands. On verra les États se replier sur eux-mêmes, à l’abri des barrières douanières, et les travailleurs payer cher, le prix de l’autarcie, comme les travailleurs allemands l’ont fait sous Hitler.

Nous n’en sommes pas là, mais c’est là que la guerre des trusts peut nous mener, avant de jeter les peuples dans la guerre tout court. Car c’est là, la logique meurtrière du système. C’est la guerre économique, sauvage, que se livrent les bourgeoisies qui préparent les guerres où elles envoient les ouvriers faire l’ultime sacrifice sur l’autel de leurs profits.

Pour remplacer l’économie capitaliste en faillite, le socialisme a l’échelle du monde !

Voilà où nous mènent tous ceux qui prétendent rafistoler l’économie nationale. Et le « produire français » de Georges Marchais n’échappe pas à la règle. Augmenter la production nationale alors que les marchés sont saturés, que les capitalistes du monde entier ont produit en dépit du bon sens, et que les circuits sont engorgés, que la production ne s’écoule plus, que le commerce international se ralentit, c’est d’autant plus absurde que certains veulent, au même moment, produire italien, allemand ou japonais ou américain.

Marchais se fait fort, lui, de rétablir les positions de l’industrie française, s’il est élu. C’est de la démagogie électorale, pour faire croire qu’il suffirait de changer le gouvernement pour rétablir la situation, et que la crise provient d’une mauvaise politique de la bourgeoisie de ce pays et non pas du système capitaliste tout entier. Cette démagogie est d’autant plus néfaste, dangereuse, qu’elle renforce les préjugés nationalistes et chauvins.

Et face à la crise, qui risque d’emporter toute la société, aucune politique qui prétend défendre les travailleurs d’un pays contre ceux d’un autre, ne peut être dans l’intérêt des travailleurs.

Car c’est, au contraire, en s’unissant par-delà les rivalités nationales de la bourgeoisie que la classe ouvrière pourra offrir une issue à l’humanité.

C’est en défendant jusqu’au bout ses propres intérêts de classe internationale qu’elle défendra du même coup les intérêts de l’ensemble de la société, menacée tout entière gravement par la crise.

Les révolutionnaires avaient toujours affirmé que la classe ouvrière devait arracher le pouvoir à la bourgeoisie et prendre elle-même en main l’organisation de l’économie à l’échelle de la planète, pour le plus grand bien de tous.

Que meurent les profits et que vive le communisme !

[LO, février 1981]

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  1. recriweb a publié ce billet