S’indigner ne suffit pas

Extrait de : Espagne - Le mouvement du 15 mai (les Indignés)

Le mouvement du 15M a incontestablement changé la situation en Espagne. Jamais autant de gens ne se sont sentis aussi solidaires, heureux de manifester en masse et de crier leur colère.

Cela ouvre des possibilités, bien entendu, mais à condition que, au sein de ce mouvement, des jeunes, des travailleurs, des chômeurs passent de l’indignation au combat contre le capitalisme.

Car la bourgeoisie continue et va continuer à s’attaquer aux travailleurs. Des licenciements continuent dans des entreprises qui annoncent des milliards de bénéfices chaque année (comme par exemple les 6 000 de la Telefonica).

Des fermetures d’usines sont annoncées à Alsthom à Barcelone, à Visteon à Cadix. De nouvelles lois sur la flexibilité, sur les accords d’entreprise, livrent les travailleurs pieds et poings liés au patronat. Des services publics vont être privatisés avec des licenciements à la clef. Et le syndicat patronal, la CEOE, en réclame encore plus.
Face aux attaques patronales et gouvernementales qui ont continué tout au long des mois de mai et juin, les syndicats majoritaires, Commissions ouvrières et UGT, ont organisé de leur côté des manifestations, notamment mercredi 22 juin, contre « le pacte de l’euro ». Il est probable qu’une nouvelle journée générale de grève sera appelée en octobre. Celle du 29 septembre dernier avait été un succès même si, quelques semaines plus tard, les directions syndicales avaient signé le passage de l’âge légal de départ à la retraite de 65 ans à 67 !

Bien des jeunes qui participent au mouvement 15M savent ce qu’ils rejettent, mais s’arrêtent là. Qu’ils rejettent les partis politiques bourgeois, c’est un pas en avant. Mais refuser la politique, c’est enfermer le mouvement dans des limites étroites qui se résument en fait à se plaindre devant les représentants politiques des capitalistes en leur demandant de tenir compte des aspirations des travailleurs et des chômeurs, d’exploiter un peu moins.

Mais ceux qui dominent cette société, les politiciens que l’on voit, et ceux, derrière, qui tirent les ficelles, les banquiers et les patrons, s’apprêtent justement à exploiter encore plus. Ils savent parfaitement que leur rapacité, leur cynisme soulèvent l’indignation. Et ils s’en moquent !

Leur problème est simple : la crise est là, il s’agit de faire payer le monde du travail !
Face à cette politique de la bourgeoisie, les classes exploitées ont besoin d’une politique qui leur permette de riposter vraiment. Riposter pour refuser les licenciements, pour garantir le pouvoir d’achat, pour obtenir ou conserver un logement.

Oui, s’indigner ne suffit pas.

Il s’agit de combattre un adversaire résolu, organisé, préparé et qui va frapper de plus en plus durement. Pour ce combat, il faut se donner des objectifs, savoir comment les atteindre pour avancer et s’appuyer sur la seule force capable de tout changer, les travailleurs en activité.

Ceux qui refusent cette politique-là ne veulent pas la maturation et le développement du mouvement, ils veulent son étouffement.

C’est en se réunissant, en manifestant, en réfléchissant ensemble que l’on reprend confiance et aussi qu’on peut voir et juger où sont ses vrais ennemis et aussi ses faux amis. Car dès que l’on bouge, il y a de l’espoir. Mais il faut d’abord être conscient que l’offensive de la bourgeoisie contre les classes exploitées va s’aggraver, que c’est une lutte dure qui attend le monde du travail.
Dans les combats à venir, la classe bourgeoise sait ce qu’elle veut, elle a son état-major, elle prépare ses coups, elle manœuvre, elle utilise ses politiciens et elle frappe en se moquant des indignations.

En face, le monde du travail ne pourra pas riposter en se réfugiant dans l’apolitisme. La classe ouvrière doit se préparer à mener un combat politique et social, à faire de la politique, une politique qui défende ses intérêts, une politique qui ne se contente pas de contester mais engage le combat pour changer l’économie, pour changer la société.

Extrait de : Espagne - Le mouvement du 15 mai (les Indignés)