Les communistes et le sport…
Nationalisme, racisme, sexisme, violence, mercantilisme, exploitation – le sport porte toutes les tares de la société capitaliste. Que pourraient donc en faire les communistes que nous sommes ? Autrement dit, le sport est-il « récupérable » ?
Si demain les travailleurs s’emparaient du pouvoir, l’usage qu’ils feraient du sport serait bien sûr fort différent de ce que purent faire les bolcheviques, selon le niveau de développement, de culture, de santé publique, selon les équipements aussi. Et nous ne saurions donner de réponse précise, détaillée, à la question de savoir comment les hommes de l’avenir utiliseront le sport. Une société débarrassée de l’exploitation renoncerait-elle à certains sports ? Compterait-on toujours les buts et les points ? Nous n’en savons rien. Mais on peut dire ce que le sport ne devrait pas être et, à partir de là, réfléchir à ce qu’il pourrait représenter.
Aujourd’hui, malheureusement, le sport est plus un spectacle qu’une pratique. On peut bien sûr prendre un plaisir justifié à regarder une rencontre de qualité. Mais dans le sport comme dans tant d’autres domaines, la société actuelle pousse les gens à la passivité. D’un côté, en l’absence de perspective sociale et politique, des milliers de jeunes fondent tous leurs espoirs sur la réussite sportive, au péril de leur santé voire de leur vie. Bien d’autres cherchent, ne serait-ce que le temps du spectacle, au stade ou devant un écran de télévision, à échapper à la condition d’exploité que leur réserve la société capitaliste. Et cela est vrai des jeunes des classes populaires dans les pays riches comme dans les pays pauvres ; dans cette mesure, le sport est un « opium du peuple ». Et à côté de cela, toute une partie de la société ne pratique guère de sport et souffre des multiples affections causées par l’activité professionnelle ou simplement la sédentarisation.
Alors, les communistes ne sont pas contre le sport. Mais dans le cadre de la société capitaliste, espérer qu’il puisse complètement échapper aux travers de la concurrence, du nationalisme, du racisme ou de la misogynie est illusoire. Bien sûr, les communistes qui font du sport peuvent et doivent le faire différemment de ce que la société bourgeoise véhicule.
Au pouvoir, auraient-ils une « politique sportive » différente ? Assurément, même s’il est illusoire de chercher à la préciser. Si les travailleurs dirigeaient la société, ils œuvreraient à débarrasser le sport de tout le fardeau de nationalisme et de vieilleries qui le caractérisent, à rendre le sport accessible à tous. Le temps libre qu’une société socialiste dégagerait pour la satisfaction des besoins humains permettrait peut-être à des milliards d’êtres humains d’avoir accès au sport dont ils sont aujourd’hui privés. Les moyens humains et matériels disponibles devraient être consacrés à la pratique équilibrée par tous ceux qui le souhaiteraient, et non à la pratique frénétique par une élite. Quant à l’avenir plus lointain d’une société fonctionnant sur des bases communistes, où toute la vie sociale sera réorganisée, le sport y existera-t-il toujours en tant qu’activité spécifique ? Ce qui est sûr c’est qu’il n’existera plus comme activité professionnelle ou de haut niveau. Mais la distinction même entre temps de travail et temps libre ne serait sûrement pas la même que maintenant. Sans doute qu’une femme ou un homme pratiquerait au cours de sa vie un ensemble d’activités variées, où les activités physiques s’intégreront dans une existence qui ne sera pas centrée, comme aujourd’hui, sur le travail productif.
Ce qui est sûr est qu’alors le sport, si tant est qu’il existe encore sous une forme structurée, ne véhiculera plus l’élitisme, le nationalisme, le racisme ou la misogynie, mais exaltera le sens de la collectivité et le sentiment d’appartenir à une seule et même humanité. Ne servant plus le profit privé, il ne participera plus à l’abêtissement voire aux affrontements entre hommes de la même classe sociale. Et il pourra contribuer au progrès général, physique et moral, d’une condition humaine libérée du carcan capitaliste.
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