Les choix que nous proposons à la jeunesse

Les révolutionnaires socialistes et communistes ne peuvent compter que sur les travailleurs pour changer les bases économiques de la société et instaurer un régime de gouvernement démocratique, gouvernement qui se fondrait peu à peu dans la quasi-totalité de la population en se décentralisant au fur et à mesure que les conflits entre exploiteurs et exploités disparaîtraient.

C’est cela être révolutionnaire, aujourd’hui comme hier, et c’est pour cela que les révolutionnaires ne peuvent se contenter de s’appuyer sur des révoltes ou même des luttes de la jeunesse, même si la jeunesse aurait une large place dans une telle révolution.

C’est pourquoi nous cherchons à défendre auprès des jeunes les idées que nous défendons auprès du monde du travail. Nous ne voulons pas emboîter le pas à leurs actions ni aller dans le sens de leurs préoccupations immédiates et des voies dans lesquelles ils engagent leur radicalisme.

Nous ne disons pas qu’ils ont eu raison à ceux qui sont allés à la Bastille manifester contre Le Pen en 2002, et encore moins à ceux qui ont voté ou appelé à voter Chirac à l’époque. Nous ne disons pas, et nous ne dirons pas, qu’ils ont raison à ceux qui ont manifesté, minoritairement, contre l’élection de Sarkozy. C’est avant, qu’il fallait se donner les moyens de changer les choses, pas une fois que l’élection est terminée.

L’élection de Sarkozy n’est pas une catastrophe politique. Le présenter aujourd’hui de la façon dont on présentait Le Pen hier est la pire des façons de lutter contre l’oppression des puissances d’argent représentées politiquement par Sarkozy.

Le Pen n’était pas le fascisme à la porte du pouvoir. Et Sarkozy n’est pas le fascisme à la présidence de la République. C’est une homme de droite, mais pas plus que Chirac, Giscard, Pompidou ou de Gaulle, et pas moins que François Mitterrand qui était un faux homme de gauche, ayant flirté avec le gouvernement de Pétain, mené la répression en Algérie, condamné à mort des militants du FLN et des militants français pro-algériens.

Il ne faut pas voir le présent et l’avenir comme catastrophiques.

Nous ne dirons pas à la jeunesse que la mondialisation est un phénomène nouveau et cataclysmique. Elle existe sous ses pires aspects depuis plus d’un siècle. Et ceux qui font un drapeau de l’antimondialisation ou de l’antilibéralisme n’ont d’autre alternative que de revendiquer le retour à des frontières économiques fermées, à des droits de douane qui renchériraient tout ce qui se consomme à l’intérieur du pays.

Le réchauffement de la planète est une catastrophe annoncée, mais la société capitaliste engendre des catastrophes qui sont actuelles et aussi graves. Et c’est contre elles qu’il faut lutter et pas simplement essayer de convaincre les dirigeants politiques et économiques de la planète d’être plus conscients, ou encore de convaincre la population de circuler en vélo plutôt qu’en voiture. Des milliards d’habitants de la terre, à l’heure actuelle, n’ont aucun autre moyen de transport que leurs pieds. Car ils n’ont ni transports en commun ni transports individuels du tout. Et cela les oblige parfois à des dizaines de kilomètres à pied chaque jour. C’est cela qu’il faut essayer de contribuer à changer.

Et pour cela, il faut des outils. Et le premier outil, nous l’avons dit, est un parti politique puissant, défendant les intérêts politiques du monde du travail, car c’est seulement le monde du travail qui a le nombre, la puissance et le rôle social voulu pour pouvoir changer la société à la fois sur le plan économique, social, voire écologique, et en faire une véritable démocratie.

Nous nous présentons aux élections, certes, mais c’est fondamentalement pour défendre ces idées-là. Mais pas pour faire des scores avantageux. Quand nous en faisons, c’est justement sur la base de ces idées-là.

Dans les élections, notre propagande contient des revendications que nous voulons populariser pour qu’elles soient celles des luttes à venir, surtout des luttes importantes. Et les luttes importantes des travailleurs ont la caractéristique de s’en prendre à la bourgeoisie, au patronat, en touchant la production, en arrêtant l’économie et, donc, en stoppant les profits.

C’est là que réside l’épreuve de force. Et c’est alors que l’on peut imposer à la bourgeoisie des revendications essentielles.

Et si nous parlons de certaines revendications économiques en fonction de la situation sociale des classes laborieuses comme, par exemple, le rattrapage du niveau de vie, que ce soit sur les plus bas salaires ou sur tous les autres, si nous revendiquons l’arrêt de toute subvention aux entreprises capitalistes pour consacrer cet argent à créer des emplois dans les services publics, ou encore une augmentation de l’imposition sur les bénéfices des sociétés, pour pouvoir construire le nombre de logements sociaux qui manquent cruellement à toute la population, nous mettons surtout en tête de notre programme l’objectif du contrôle par les travailleurs, les associations, toute la population, des comptabilités et des projets de toutes les grandes entreprises, sans oublier les moyennes ou petites qui dépendent des grandes.

Ce n’est pas le programme d’une révolution, mais une revendication essentielle lors d’une lutte générale car ce serait un changement déterminant du rapport de forces social, voire politique, entre la population laborieuse et la bourgeoisie. Ce serait même une transition entre un programme strictement revendicatif et le programme qui conviendrait dans une crise révolutionnaire.

Par contre, nous n’irons pas dans le sens des courants dominants parmi la jeunesse ou une partie des travailleurs en défendant des objectifs vagues et non déterminants comme l’altermondialisme, l’écologie, un anticapitalisme imprécis, simplement pour gagner des suffrages. « Faire des voix » n’est pas un but en soi. D’ailleurs, même si nous étions élus, nous ne pourrions rien changer à la société sans un mouvement de masse puissant réunissant une majorité de travailleurs.

Voilà pourquoi, militants de Lutte Ouvrière, nous nous adressons avant tout aux travailleurs et à ceux, jeunes ou moins jeunes, qui le deviendront.

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