#3 / Écologie : que défendent les communistes révolutionnaires ?

Ce qui est vrai pour nourrir l’humanité vaut pour produire les biens nécessaires à tous. L’organisation capitaliste de l’économie est conçue pour ne satisfaire que la demande solvable. Elle le fait en produisant massivement des marchandises socialement inutiles – tout l’arsenal militaire par exemple, mais aussi les nombreux jouets pour adultes du type 4x4 de luxe – ou encore en créant des besoins artificiels pour le plus grand nombre par le matraquage publicitaire.

Mais cette organisation économique, qui a d’abord pour but de réaliser du profit par tous les moyens, est aussi capable de limiter volontairement la production de biens vitaux pour toute l’humanité pour faire monter artificiellement les prix, rackettant ainsi toute la planète. L’une comme l’autre de ces deux attitudes provoquent des catastrophes sociales et écologiques. Mettre un terme à l’organisation capitaliste de l’économie est un préalable.

Mais nous ne sommes pas des utopistes et nous ne pensons pas que tous les problèmes liés à l’environnement et à l’écologie – pas plus que les autres pro- blèmes – seront automatiquement réglés avec un changement des rapports sociaux. Nous hériterons sans doute de tous les problèmes que nous venons de décrire et il s’en créera des nouveaux, peut-être plus complexes encore. Mais l’humanité pourra enfin les prendre à bras le corps, les régler consciemment, en prenant en compte de façon rationnelle la totalité des paramètres y compris ceux liés à la nature.

Bien des problèmes posés par l’écologie comme par l’économie sont des problèmes de choix, de choix éclairés, de choix faits par le plus grand nombre et en fonction des intérêts collectifs. Faut-il réduire notre consommation de poissons, et lesquels, pour per- mettre aux stocks de se reformer ? Quelles sont les productions qui doivent être réalisées au niveau local, régional, lesquelles doivent l’être impérative- ment à l’échelle d’un continent voire de la planète ? Comment doit-on organi- ser les villes et les territoires pour minimiser la pollution, les déplacements inutiles ? Peut-on faire face consciemment, en s’y préparant, à une élévation du niveau des mers et dans quelles limites ?

Ce sont quelques-unes des questions qui pourraient se discuter, pour lesquelles on pourrait faire des essais sur une toute petite échelle pour vérifier les risques et les conséquences. L’humanité dispose de moyens scientifiques et techniques pour l’aider à résoudre ces questions. Comme elle dispose déjà aujourd’hui de tous les outils de recensement et de planification qui lui permettront d’organiser toute la production dans le but exclusif de satisfaire l’ensemble des besoins réels de la population, en réduisant le gaspillage et la pollution tout en assurant le nécessaire voire l’abondance.

Dans une société communiste, les gens s’éduqueront. Ils apprendront à ne pas gaspiller les ressources et l’énergie. Mais cette éducation à des comportements écologiquement responsables n’a pas grand chose à voir avec ce que proposent les écologistes. Elle ne pourra s’épanouir que lorsque toute l’économie sera sous le contrôle de la population qui pourra vérifier que le système économique lui-même n’engendre pas des gaspillages et des pollutions à une tout autre échelle que ce qui résulte des actions individuelles.

Une société communiste cherchera à satisfaire l’ensemble des besoins de tous, ni plus ni moins. Ces besoins ne seront pas contingentés, ils se renouvelleront et s’amélioreront sans cesse. C’est bien pour cela que la théorie de la décroissance est réactionnaire.

Mais le communisme ne défend pas le productivisme. Rationaliser la production n’est pas nécessairement l’accroître à l’infini. Il ne s’agit pas non plus de tout centraliser ni de produire toujours plus. La société aura le souci d’économiser le travail humain, pour permettre à chacun d’autres activités que le travail productif, pour permettre l’accès à la culture, pour permettre aussi « le droit à la paresse » pour reprendre l’expression de Lafargue. Elle aura aussi le souci de respecter l’équilibre écologique de la planète, de n’épuiser ni son sol ni son sous-sol.

Marx écrivait déjà dans le Capital, il y a presque 150 ans : « La société elle-même n’est pas propriétaire de la Terre. Il n’y a que des usufruitiers qui doivent l’administrer en bons pères de famille, afin de transmettre aux générations futures un bien amélioré ».

Engels, lui, écrivait à la fin du 19e siècle, dans Dialectique de la Nature : « Les faits nous rappellent à chaque pas que nous ne régnons nullement sur la nature comme un conquérant règne sur un peuple étranger, comme quelqu’un qui serait en dehors de la nature, mais que nous lui appartenons avec notre chair, notre sang, notre cerveau, que nous sommes dans son sein et que toute notre domination sur elle réside dans l’avantage que nous avons sur l’ensemble des autres créatures de connaître ses lois et de pouvoir nous en servir judicieusement ».

Mais pour pouvoir nous servir judicieusement des lois de la nature, le préalable est de mettre un terme à l’organisation capitaliste de l’économie. Plus nous tarderons, plus la catastrophe écologique risque d’être irrémédiable. La menace de cette catastrophe, qui rejoint la catastrophe sociale déjà en cours, nous renforce dans notre conviction de communistes qu’il faut débarrasser au plus vite la société de la concurrence, de la course au profit et de la propriété privée des moyens de production, c’est-à-dire qu’il faut la réorganiser sur une base rationnelle et égalitaire.

Extrait du Cercle Léon Trotsky n°106 (janvier 2007)