Le véritable problème n’est pas la combativité des travailleurs, mais l’absence de véritable parti communiste
Si, comme c’est vraisemblable, la situation économique ne s’améliore pas, la classe ouvrière sera confrontée à un patronat de plus en plus agressif. Dans ce contexte de lutte de classe intense du côté de la bourgeoisie, la classe ouvrière ne peut espérer se défendre que par la mobilisation ample, contagieuse, explosive, menée avec ses propres armes, les grèves, les occupations d’usines, les manifestations. Un mouvement suffisamment menaçant, suffisamment radical pour que la bourgeoisie craigne que les directions syndicales, même bien disposées à l’égard du gouvernement de gauche, ne parviennent pas à le contrôler, à le canaliser.
Pour le moment, l’état d’esprit des travailleurs semble loin de cela. L’ampleur du chômage pèse sur la combativité, comme pèsent les déceptions du passé. Les luttes qui se déroulent sont des luttes ponctuelles, défensives, menées en général par des travailleurs le dos au mur pour empêcher une fermeture d’usine, pour défendre leur emploi.
Mais nous pouvons, nous devons faire confiance à la classe ouvrière. Elle retrouvera sa combativité. Le grand patronat ne lui laissera pas d’autre choix que de réagir. Les explosions ouvrières ne s’annoncent pas toujours à l’avance. Elles sont peut-être plus proches que ce qu’on peut déduire de l’état d’esprit actuel du monde du travail.
Le véritable problème n’est pas la combativité.
Lutter efficacement contre la bourgeoisie ne demande pas seulement une mobilisation, mais aussi la conscience. Celle avant tout que les travailleurs ont les mêmes intérêts fondamentaux, intérêts diamétralement opposés à ceux du grand patronat. Cette conscience peut venir pendant la lutte elle-même. C’est en tout cas dans le déroulement même de la lutte que cette prise de conscience peut se généraliser et toucher une majorité de la classe ouvrière. Mais cela se fait d’autant plus facilement qu’il y a des forces politiques qui propagent cette conscience au fur et à mesure de la radicalisation des travailleurs. Pour le moment, c’est ce qui manque le plus.
Aussi déformant et peu fiable que soit le thermomètre électoral, les élections récentes témoignent de l’extrême faiblesse des forces politiques se plaçant résolument dans le camp des travailleurs.
Bien que, pour la première fois depuis trente ans, la gauche ait remporté une victoire électorale, amplifiée encore par le mode de scrutin, qui fait que la gauche parlementaire est majoritaire dans toutes les institutions nationales, sans parler des autorités régionales et locales, ces élections ne témoignent nullement d’une poussée à gauche. Elles témoignent, au contraire, de la perte de bien des références du mouvement ouvrier, y compris de celles qui avaient été maintenues, fût-ce de façon déformée, par le PC.
Celui-ci ne représente plus depuis très longtemps les intérêts politiques du prolétariat. Le stalinisme avait profondément infecté la politique du PC dans un sens réactionnaire. Malgré tout, le PC véhiculait encore l’idée que le changement social était possible, fût-ce par la voie réformiste.
Bien que l’image de l’évolution de l’opinion ouvrière donnée par les résultats électoraux soit très déformée, les élections de cette année ont montré une classe ouvrière désorientée, démoralisée, où la conscience d’appartenir à une même classe sociale a largement disparu, conséquence ou cause de la disparition des partis ouvriers, même réformistes. La classe ouvrière, dégoûtée au fil du temps par ces partis, ne croit plus en rien, ou en pas grand-chose, et est disposée à suivre n’importe qui ou n’importe quoi.
La dispersion des votes ouvriers n’est certainement pas une nouveauté. Même à l’époque du mouvement ouvrier politique florissant, incarné surtout par le PC et jusqu’à une certaine période même par le PS, une fraction de l’électorat ouvrier votait pour les partis bourgeois classiques.
Mais aujourd’hui, le PC a perdu son pouvoir de structurer dans une large mesure l’opinion ouvrière, en particulier à l’occasion des élections. L’électorat ouvrier s’est dispersé non seulement entre Hollande, Mélenchon et les candidats d’extrême gauche, mais aussi Le Pen et l’abstention.
Or, les luttes qui attendent la classe ouvrière exigeront d’autant plus une conscience politique qu’elles ne se dérouleront pas seulement sur le terrain des revendications matérielles. Si l’aggravation de la crise entraîne la montée d’une extrême droite radicale décidée à se livrer à des provocations violentes contre telle ou telle fraction de la classe ouvrière (les travailleurs immigrés notamment, mais cela peut être aussi contre les militants ouvriers), la classe ouvrière devra pouvoir donner une réponse aussi sur le terrain politique.
Et donner une réponse sur le terrain politique, cela ne signifie pas inventer une « issue politique » pour la classe ouvrière en échafaudant de nouvelles combinaisons à partir des hommes politiques de la bourgeoisie et dans le cadre des institutions de la bourgeoisie. Cela ne signifie pas fabriquer un nouveau prophète, comme il y en a eu dans le passé, en général lorsque les chefs des grands partis réformistes étaient complètement déconsidérés. Mélenchon est le dernier en date de ces faux prophètes.
La seule issue politique pour la classe ouvrière est d’intervenir dans la vie politique par ses méthodes de classe, par ses armes de classe, en pesant sur les décisions du gouvernement de la bourgeoisie, avant d’être en situation de contester, non pas seulement l’équipe politique en place de la bourgeoisie, mais le règne de la bourgeoisie lui-même. Seul un véritable parti communiste peut défendre cette perspective. Et, surtout, seul il peut proposer une politique concrète répondant à chaque situation du point de vue des intérêts de la classe ouvrière, sans craindre que la mobilisation aille trop loin, sans craindre de perdre des places, des positions dans les institutions de la bourgeoisie, ou de compromettre des alliances susceptibles d’y mener.
La crise s’aggravant, la course de vitesse est déjà engagée entre la bourgeoisie et la classe ouvrière.
Voilà pourquoi il n’y a pas de tâche plus urgente que de gagner aux idées communistes révolutionnaires, à une politique correspondant aux intérêts du prolétariat, des travailleurs, des jeunes, que l’évolution actuelle de la société inquiète et qui ne voient d’issue que du côté de la seule classe révolutionnaire de la société, la classe ouvrière.
@LutteOuvriere, juillet 2012, Lutte de classe n°145