De l’avantage pour Hollande d’un PCF resté à l’extérieur du gouvernement

Bien au-delà de l’arithmétique parlementaire, Hollande avait un intérêt réel à associer le PC à son gouvernement. La direction du PC a rejeté l’offre, soutenue par l’écrasante majorité de ses militants, invités à participer à un vote interne pour entériner sa proposition.
Dans toutes leurs déclarations, les dirigeants ont cependant insisté sur le fait que le PC fait partie de la majorité présidentielle et que, s’il rejette la participation gouvernementale, ce n’est pas par principe mais parce que « les conditions ne sont pas réunies ». Quelles sont donc ces conditions ?
Il n’est que de peu d’intérêt de se perdre en conjectures, parce que la formulation est volontairement vague pour laisser à la direction la possibilité, lorsqu’elle le jugera bon, de déclarer que les conditions sont atteintes.

Nous discutons par ailleurs dans ce numéro de ce que signifie ce ministérialisme sans ministre que le PC a choisi. La raison en est que, manifestement, l’appareil n’a pas envie, en tout cas pas dans l’immédiat, de lier son sort à Hollande.

La victoire électorale du PS s’est traduite pour le PC par un recul important de sa représentation parlementaire (le nombre de députés du PC et apparentés est passé de 19, en 2007, à 10 pour l’ensemble du Front de gauche).

Malgré son recul électoral continu depuis des années, le PC détient encore au sein des institutions locales ou régionales un certain nombre de positions, mairies, conseils généraux, conseils régionaux, qu’il n’a pas envie de perdre. Sa direction et son appareil ont quelque raison d’estimer que, pour deux ou trois places de ministres, le jeu ne vaut pas la chandelle de perdre cette implantation locale qui n’est pas négligeable.

Mais, au fond, cette position de soutien à Hollande de l’extérieur arrange aussi les affaires de ce dernier. Vers la fin de la campagne présidentielle et pendant celle des législatives, la droite parlementaire justifiait son alignement derrière le FN en établissant un parallèle avec les liens entre le PS et ces « extrémistes » du Front de gauche et du PC. S’il y avait des ministres du PC, cela serait pire. Eh bien, la non-participation au gouvernement ôte à Hollande même cette légère gêne !
Ce soutien de l’extérieur au gouvernement donne un peu plus de latitude au PC pour afficher son appartenance à la majorité présidentielle tout en se permettant des critiques. Mais, fait significatif, ces critiques sont très orientées et ne portent pas sur le refus du gouvernement de satisfaire les revendications essentielles des travailleurs. Non, même la politique d’austérité préparée par Hollande est présentée par le PC comme résultant de la pression des institutions européennes ou, mieux ou pire, de l’Allemagne.

Cette façon de présenter les choses a en outre l’avantage de laisser aux dirigeants du PC le choix du moment où ils pourront dire : Hollande est devenu plus ferme à l’égard des exigences de Merkel, il faut le soutenir, y compris en faisant partie du gouvernement.

Avec cet axe de critique, c’est surtout à la bourgeoisie que le PC rend service en trompant une fois de plus les travailleurs, en brouillant les responsabilités. Le discours contre Merkel ou contre les institutions européennes complète, avec le discours protectionniste, la vaste panoplie des mensonges que les hommes politiques de la bourgeoisie servent aux travailleurs pour leur dissimuler le fait que, derrière tous ces chiffons rouges qu’on agite, il y a le grand patronat, les banquiers, la grande bourgeoisie de ce pays, qui est d’ailleurs de toute origine et de toute nationalité.

Les travailleurs ne parviendront à se battre avec efficacité que s’ils ont une conscience claire de qui sont leurs ennemis et quels sont leurs intérêts de classe. Tout autre discours est une façon de retarder la prise de conscience de la classe ouvrière, une façon de rendre service à la bourgeoisie. Que le PC, sous déguisement Front de gauche ou pas, soit peu récompensé pour les services rendus ne change rien à l’affaire.

Suite de l’article dans la Lutte de classe n°145