La VIème République ?... Une vessie
[…] Si les discours de Mélenchon ont pu faire écho à la colère d’une partie des travailleurs, ils n’apportent aucun élément de compréhension des causes de l’exploitation, ni aucun élément de compréhension des luttes à mener. Car ce courant politique-là veut cantonner les combats à l’arène électorale. Et c’est particulièrement en cela que Mélenchon ne représente vraiment pas une perspective pour la classe ouvrière.
Sa grande idée durant sa campagne électorale, la « VIe République », est l’expression de cette acceptation des institutions bourgeoises comme seul cadre dans lequel agir. La solution miracle consistait à bâtir une nouvelle République qui deviendrait démocratique et sociale par la grâce des textes constitutionnels, rien de moins. Que n’y a-t-on pensé avant ! Pour rendre la société démocratique, pour faire en sorte que la population exerce le pouvoir, que les décisions prises aillent dans le sens des intérêts de la collectivité, point n’est besoin de toucher aux rapports de propriété, d’arracher le pouvoir économique des mains des capitalistes, des banques, des multinationales. Il suffirait pour cela de changer la Constitution et le tour serait joué !
Mais quelle Constitution permet aux capitalistes de s’enrichir sur notre dos ? Quel texte de loi leur permet de saccager la société, de licencier en masse, de fermer des entreprises et de spéculer contre les populations ? Aucun ! Leur force, leur pouvoir, les grandes banques, le grand patronat, la bourgeoisie ne les tirent pas d’un texte de loi ou d’une Constitution, mais du monopole qu’ils ont sur l’argent, sur les entreprises et sur toute l’économie. On ne combat pas ce pouvoir avec des mots, des mots seulement, on le combat sur le terrain bien réel des forces économiques et sociales. Ce sont les capitalistes qui dirigent dans la société et dans cette période de crise, encore plus qu’auparavant, ce sont eux qui imposent les choix politiques et économiques des gouvernements afin de préserver leurs profits. Les attaques contre les retraites, la baisse du nombre d’enseignants, d’infirmières, de conducteurs de trains et de bus, toutes ces mesures ont été prises par des gouvernements de gauche comme de droite parce que le patronat réclamait à l’État des milliards de subventions qu’il fallait bien prendre dans la poche des travailleurs. Et cela ne peut que continuer tant que les travailleurs n’arrêtent pas non seulement les gouvernements, mais surtout tant qu’ils ne se font pas craindre de la bourgeoisie.
Quand Mélenchon ou le FdG parlent des luttes sociales, c’est pour semer des illusions sur l’arrivée de la gauche au pouvoir, en faisant croire que la victoire électorale aura comme effet quasi automatique d’amplifier les luttes. Ainsi, le 20 avril, dans une interview à l’Humanité, Mélenchon expliquait : « Quelque chose bouge en profondeur dans le salariat de notre pays qui est en train de vaincre la peur. À l’heure où nous parlons, des luttes offensives pour l’augmentation du salaire, contre des cadences infernales, contre le travail du dimanche sont conduites. Ce sont des luttes de conquête. Le Front de gauche en est l’expression politique. Nous avons permis que ce mouvement prenne confiance en lui, non seulement syndicalement mais politiquement. Il va donc s’élargir. De plus, si nous battons Nicolas Sarkozy, ce sera un démultiplicateur d’énergie gigantesque. »
Semer de telles illusions est encore une façon de désarmer les travailleurs, car même dans ce cas de figure difficile à envisager sérieusement, celui d’une remontée des luttes due aux espoirs suscités par la victoire de la gauche, le FdG insiste sur la nécessité de la victoire électorale sans expliquer comment préparer les luttes. Même dans ce cas, sa politique consiste à présenter les luttes ouvrières comme annexes et non comme l’élément essentiel de notre avenir.
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