Le choix de la direction du PCF de mettre le dévouement de ses propres militants à la disposition de Mélenchon est l’aboutissement ultime de toute une évolution

Une variante plus dérisoire encore du vote utile vient du côté du Front de gauche, plus précisément d’ailleurs du PCF, de ceux en tout cas qui approuvent le choix de la direction du parti de faire de Mélenchon son candidat. Les partisans de cette variante du vote utile prétendent que tous ceux qui critiquent le PS sur sa gauche ont intérêt à s’unir.C’est d’autant plus dérisoire que, même si Mélenchon bénéficiait de l’absence ou même du soutien de tous les courants politiques sur la gauche du PS, cela ne se traduirait que par quelques points de plus dans l’élection. 2 ou 3 % de plus pour Mélenchon lui donneraient plus de moyens de négocier son ralliement au PS au deuxième tour, mais ne changeraient en rien la situation politique.Le problème n’est même pas l’éventualité d’une participation de Mélenchon à un gouvernement socialiste en cas de victoire de Hollande. Cela ne dépend pas que de lui, mais aussi et surtout du PS et de l’intérêt politique qu’il aura, ou pas, à associer le Front de gauche en général et le PCF en particulier à sa future politique anti-ouvrière.Mais, pour critique qu’il soit vis-à-vis du monde de la finance et de quelques-uns des dégâts du capitalisme, Mélenchon ne se situe pas dans la perspective du renversement de l’organisation capitaliste de la société. Il ne l’a jamais prétendu.Les communistes révolutionnaires n’ont aucune raison de disparaître derrière lui et par la même occasion de censurer tous ceux qui, dans l’électorat populaire, voudraient exprimer leur sentiment communiste. Pour reprendre l’expression, passablement méprisante, des commentateurs politiques qui parlent de « candidatures de témoignage », Mélenchon comme Nathalie Arthaud en seront tous les deux, comme tous les autres candidats qui n’accéderont pas au deuxième tour. Mais ils ne témoigneront pas des mêmes idées, ni de la même politique.Au-delà du résultat qu’obtiendra Nathalie Arthaud, les objectifs qu’elle défendra dans la campagne seront entendus bien au-delà de celles et ceux qui auront voté pour elle. Et cela seul peut être un facteur important dans les luttes futures du monde du travail.Il y a autre chose encore qui compte pour l’avenir : l’abdication de la direction du PCF devant Mélenchon fait qu’il n’y a pas d’autres candidats qui se revendiquent du communisme. Oh, bien sûr, de Marchais à Buffet en passant par Hue, les candidats du PCF défendent depuis longtemps d’autres idées que celle d’une transformation radicale de la société. Cela fait très longtemps que le PCF, devenu d’abord un parti stalinien puis une variante de parti social-démocrate, ne défend plus les perspectives communistes.Mais cette fraction de l’électorat qui, tout en étant opposée aux politiciens de la droite, était méfiante à l’égard du PS, de ses représentants et de sa politique, pouvait encore exprimer cette méfiance en votant pour le PCF. La signification de ce vote a diminué cependant au fil du temps, c’est-à-dire au fil de la participation occasionnelle des ministres communistes à des gouvernements socialistes, car elle montrait que la direction de ce parti transformait les votes de méfiance de son électorat en votes de confiance envers le gouvernement de gauche. Or, de Mitterrand et ses Premiers ministres à Jospin, les gouvernements de gauche ont toujours trahi les espoirs que les classes exploitées mettaient en eux, pour servir la bourgeoisie.La déception engendrée par cette évolution a fini par pousser une partie croissante de l’électorat populaire vers l’abstention, voire pire.

Le choix de la direction du PCF de mettre le dévouement de ses propres militants à la disposition de Mélenchon est l’aboutissement ultime de toute une évolution. Il appartient aux électeurs du PCF d’en tirer toutes les conclusions qui en découlent.

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