Fête de Lutte Ouvrière - Allocution de Nathalie #Arthaud (dimanche)
Fête de Lutte ouvrière - Singing l’Internationale before the rain
Associés au sein du Front de gauche, Mélenchon et la direction du PCF ont la préoccupation d’attirer les « déçus du socialisme ». Mais ils n’ont pas la même stratégie électorale.
La stratégie de Mélenchon est guidée par sa carrière. Il se pose en rival de Hollande et a intérêt à creuser, du haut de son verbe « cru et dru », l’opposition avec la direction du PS.
Le PCF, lui, tient à préserver les positions dans les niveaux intermédiaires de l’État (municipalités, conseils généraux, etc.) qu’il occupe, en général, en alliance avec le PS.
La direction du PCF n’a pas envie de tirer les marrons du feu pour le seul Mélenchon. D’autant moins que ce sont ses militants qui font le gros du travail. Derrière leur unité affichée pendant la préparation de la manifestation du 5 mai, apparaissait en filigrane leur différence d’intérêts. Tout en se ralliant à l’appel de Mélenchon pour le 5 mai, le Conseil national du PCF du 13 avril en a fait aussitôt une simple étape « d’un vaste débat populaire qui convergera le 16 juin vers des assises nationales pour une refondation sociale et démocratique de la République. Le PCF entend contribuer, en lien avec les mobilisations en cours, au succès des manifestations du 1er mai et à la marche du 5 mai contre l’austérité et pour la 6e République » (L’Humanité du 13 avril 2013). Et, pour mettre les points sur les « i », Marie-Pierre Vieu, membre de l’exécutif du PCF, a expliqué au même moment dans les colonnes de L’Humanité que, « pour changer aujourd’hui, on ne peut pas faire l’impasse sur la création d’une majorité, et cette majorité, elle est d’abord issue de ceux qui, l’année dernière, ont décidé de battre Sarkozy » (L’Humanité du 13 avril). Le PS y compris, donc !
Dans le curieux « je t’aime moi non plus » entre les dirigeants du PCF et Mélenchon, qui a dominé les quelque trois semaines qui ont séparé l’appel de la manifestation, le discours du secrétaire du PCF, Pierre Laurent, a marqué le ton : « Ne venez pas les bras ballants, ni pour acclamer les leaders du Front de gauche, venez-y avec vos idées, vos pancartes, vos mots d’ordre. (…) Le 5 mai n’est pas une manifestation pour tout balayer, c’est une manifestation pour franchir un pas décisif dans la construction d’une nouvelle politique de gauche. »
La jonglerie verbale de la direction du PCF vise tout à la fois à tirer profit du discrédit du PS mais sans rompre la possibilité d’une alliance avec lui. Une préoccupation que ne partage pas Mélenchon. Encore que… En bon déma-gogue, ce dernier est capable de dire tout et son contraire : dire pis que pendre de la majorité socialiste et se mettre en avant pour postuler au rôle de Premier ministre à la tête de cette même majorité !
Le PCF reproduit, en plus dérisoire, la politique qui était la sienne naguère à l’égard de Mitterrand, lorsqu’il a fait de cet homme politique de la bourgeoisie, blanchi sous le harnais, le chef de la gauche et un espoir pour les exploités. Cette politique, qui a été catastrophique pour les travailleurs et pour lui-même, se répète aujourd’hui – pour para-phraser une expression célèbre – sous forme de farce.
La manifestation du 5 mai a été un succès relatif. L’Humanité du lendemain pouvait titrer à la une : « La gauche en marche ». Les chaînes de télévision ont passé en boucle le spectacle de Mélenchon juché sur une tribune, écharpe rouge et œillet de même couleur à la boutonnière, flanqué de Pierre Laurent et d’Eva Joly. Mais la manifestation a mobilisé surtout le milieu militant de la gauche réformiste, les déçus du socialisme en tout genre, sans avoir vraiment touché le monde ouvrier.
Dans la forme comme dans le fond, la manifestation a reproduit la « prise de la Bastille » par Mélenchon, le 18 mars 2012, avant l’élection présidentielle. À ceci près que, dans les motivations des manifestants, la déception montant contre Hollande a pris la place du rejet de Sarkozy. En 2012, les envolées démagogiques sur la « révolution citoyenne » et la « prise de pouvoir par le peuple » se sont conclues par l’élection de Hollande. Même si les chances de Mélenchon d’accéder au pouvoir sont aujourd’hui bien plus faibles que celles de Hollande à la veille de la présidentielle de 2012, l’escroquerie est la même. Aux illusions vite perdues à l’égard de Hollande, l’opération contribue à substituer les illusions à l’égard de Mélenchon.
— Lutte de Classe, Série actuelle n°152 (mai-juin 2013)
Le PCF n’est pas le seul à apporter son soutien, hypocritement critique, à Mélenchon. Obéissant à une sorte de réflexe congénital, le NPA en a fait autant. Oh, bien sûr, en exprimant ses réserves un peu plus fortement que le PCF, mais en joignant quand même sa petite voix au chœur mélenchoniste !
Les réserves elles-mêmes exprimées par le NPA éclairent ses conceptions politiques. Son communiqué du 16 avril s’en prend au fait que « Jean-Luc Mélenchon et le Front de gauche ont pris unilatéralement l’initiative d’appeler à manifester le 5 mai pour une 6e République. Nous ne partageons ni cette façon de faire ni son objectif, mais nous voulons contribuer au plus large rassemblement possible pour mettre en échec la politique du gouvernement et défendre la perspective d’une démocratie réelle, par en bas, qui mette les financiers et leurs amis politiciens hors d’état de nuire. »
Dans la bouche des dirigeants du PCF, le reproche fait à Mélenchon de prendre « unilatéralement » l’initiative de la manifestation était déjà assez dérisoire, tant c’est la direction du PCF qui a fait le choix de mettre ses militants au service de l’ambition personnelle de Mélenchon. Mais, venant du NPA, c’est tout simplement ridicule.
Et, surtout, prétendre qu’il était possible, dans le cadre d’une manifestation pour la 6e République et derrière l’écharpe rouge de Mélenchon, de contribuer à « défendre la perspective d’une démocratie réelle, par en bas, qui mette les financiers et leurs amis politiciens hors d’état de nuire » est d’un réformisme affirmé et une façon, même pas honteuse, de coller aux basques de Mélenchon.
Mais en quoi cette politique est-elle différente de celle du PCF ?
À en juger par certains articles parus dans la publication du NPA, Tout est à nous, cette position provoque un cer-tain malaise, même au sein du noyau dirigeant du NPA.
Mais ceux-là mêmes qui s’en prennent plus clairement à Mélenchon le font en se posant cette grave question : « Mélenchon a-t-il pété les plombs ? » (Tout est à nous du 2 mai 2013). Et de s’étonner que Mélenchon pose sa candidature au poste de Premier ministre, sous l’autorité du même Hollande qu’il passe son temps à critiquer et à la tête de la même majorité du PS qui soutient aujourd’hui Ayrault. Et de s’étonner, à propos de Mélenchon, de la contradiction : « Comment expliquer que l’on veut une 6e République tout en voulant être le Premier ministre d’une 5e République dominée par la toute-puissance du président ? »
Comment, en effet ?
Mais c’est critiquer Mélenchon en se plaçant sur le même terrain que lui, celui d’un politicien engagé dans une opération politique dans le cadre, non seulement du système économique tel qu’il est, c’est-à-dire dominé par la bourgeoisie et le grand capital, mais en même temps dans le cadre du système politique de la 5e République.
Le NPA n’est pas le seul à évoquer la nécessité d’une « alternative politique » pour justifier l’alignement derrière Mélenchon.
Mais tous ceux qui brandissent cette nécessité, pour justifier leur alignement derrière Mélenchon, affirment implicitement que la seule alternative aux deux camps de la droite et de la gauche qui se relaient au pouvoir est à trouver dans le sérail du monde politique bourgeois. C’est-à-dire parmi les forces politiques qui, quels que soient leur langage ou leur démagogie, se situent sur le terrain de l’organisation capitaliste de la société.
— Lutte de Classe, Série actuelle n°152 (mai-juin 2013)
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