Il est basé sur la conviction qu’on ne peut détruire la société capitaliste actuelle et créer une forme d’organisation sociale supérieure, la société communiste, qu’à l’échelle internationale. Un des aspects les plus pesants du recul réactionnaire est le recul de l’internationalisme, dont était porteur dans le passé le mouvement ouvrier révolutionnaire. Que n’a-t-on entendu de stupidités réactionnaires à ce propos pendant la campagne de l’élection présidentielle ! Je ne parle même pas des insanités proférées par les duettistes de la droite et de l’extrême droite, mais de tout ce qu’on a entendu sur la démondialisation, le protectionnisme, le repliement national, présentés par certains dirigeants de gauche comme des idées progressistes. La mondialisation, c’est-à-dire l’intégration y compris des régions les plus reculées de la planète dans l’économie mondiale, la division du travail qui insère les différentes économies nationales dans une économie mondiale unique, constituent le principal facteur de développement de l’humanité. (…) Alors, bien sûr, le maître d’œuvre et le principal profiteur de cette mondialisation, c’est la classe capitaliste. (…) Le problème n’est pas de supprimer la mondialisation, c’est-à-dire les multiples liens économiques et humains tissés entre les différentes régions du monde depuis des siècles, c’est de supprimer les rapports sociaux capitalistes. (…) La proposition de supprimer la mondialisation est aussi stupide que celle de supprimer la gravitation. L’humanité n’a pas appris à maîtriser le vol en supprimant la gravitation. Elle l’a maîtrisé en l’utilisant. Dénoncer la mondialisation permet à tous ces gens d’éviter de dénoncer le capitalisme et surtout de le combattre. Quant au protectionnisme, une de ses formes les plus intolérables consiste à prétendre protéger les exploités d’un pays contre les exploités d’un autre. En réalité, il faut se protéger du grand capital qui exploite les uns et les autres. Alors oui, lorsque le Manifeste communiste affirma, il y plus d’un siècle et demi, sous la plume de Marx et d’Engels, « Prolétaires de tous les pays, unissez-vous », ce n’était pas une simple prise de position morale ni l’expression de la seule solidarité. C’était une manière d’exprimer que c’est seulement en unissant leurs forces à l’échelle du monde que les travailleurs peuvent combattre efficacement le capitalisme, exproprier la grande bourgeoisie, mettre les moyens de production à la disposition de la collectivité, pour gérer en commun et de manière démocratique les richesses de la planète. (…) Si je tiens à rappeler à quel point on ne peut être communiste qu’en étant internationaliste, c’est que nous vivons à une époque où toutes les idées fondamentales du mouvement ouvrier révolutionnaire ont été dénaturées, transformées en leur contraire jusqu’à l’absurde. (…) Mais il y a aussi les barbelés que l’on essaie d’ancrer dans nos têtes en prétendant que la crise, le chômage, les délocalisations sont la faute des travailleurs d’autres pays plus pauvres et que c’est d’eux qu’il faut se défendre. Ou, pire encore peut-être, tenter ici même, en France, d’opposer les travailleurs les uns aux autres en fonction de leurs origines, quand bien même ils vivent dans les mêmes quartiers populaires et travaillent côte à côte sur les mêmes chaînes de production. Là encore, notre solidarité vis-à-vis des travailleurs immigrés, qu’ils aient ou non des papiers, n’est pas seulement une question de solidarité. Parce que les travailleurs immigrés, c’est une partie de la classe ouvrière, une partie de nous. (…) Nathalie Arthaud, fête 2012.
mai 2012
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Aujourd’hui, cette perspective paraît utopique à l’immense majorité. Et pour cause : la solidarité collective est difficile à construire pour se défendre au quotidien. Si depuis tant d’années la classe ouvrière recule devant l’offensive de la bourgeoisie, c’est en raison de la situation objective, de la crise économique et du chômage qui isole et divise les travailleurs. Mais c’est aussi parce qu’il manque un parti représentant leurs intérêts de classe. Le mouvement ouvrier s’est donné dans le passé avec le Parti socialiste d’abord, le Parti communiste ensuite, de vrais partis, avec des militants présents à l’échelle du pays, dans la plupart des entreprises et des quartiers populaires. (…) Cet acquis politique et militant a été dilapidé. Le PS puis le PC ont fini par remplacer le drapeau rouge par le drapeau français, l’Internationale par la Marseillaise. En abandonnant les références de classe, ils ont laissé nombre de travailleurs déboussolés et sans repère. Ils ont laissé le champ libre dans les classes populaires aux idées nationalistes et à la démagogie anti-immigrés. Alors que le mouvement ouvrier politique des débuts du socialisme rejetait toute idée de participation gouvernementale, cette participation est devenue l’objectif ultime du Parti socialiste d’abord, puis du Parti communiste, quand bien même les gouvernements de la bourgeoisie ne laissent pas d’autre choix à ceux qui en font partie que d’être, pour reprendre l’expression d’un dirigeant socialiste, « les gérants loyaux du capitalisme ». Dans des périodes où l’économie capitaliste est en expansion, la contradiction entre l’intérêt des travailleurs et la participation gouvernementale ne saute pas nécessairement aux yeux. Mais, dans des périodes de crise, servir la bourgeoisie au gouvernement signifie clairement s’en prendre aux intérêts des travailleurs. C’est ce qui s’est passé quand Mitterrand a dû prendre le tournant de la rigueur, bloquer les salaires et licencier dans la sidérurgie. C’est ce qui s’est passé sous Jospin, qui a plus privatisé que les deux gouvernements de droite qui l’ont précédé. (…) Si la crise s’approfondit, il ne faut pas laisser aux partis de droite ou d’extrême droite la possibilité de mettre la révolte de l’une ou l’autre des catégories populaires au service de leurs projets réactionnaires. Les communistes révolutionnaires doivent être présents et se battre pour donner à ces luttes la seule orientation positive : la lutte de classe. Pour que les coups de colère se transforment en révoltes conscientes, il faut que les travailleurs aient une politique, qu’ils sachent pour quoi se battre, pour quels objectifs. L’existence d’un parti, riche des expériences de l’ensemble du mouvement ouvrier et présent à l’échelle du pays, manque aujourd’hui cruellement. Il faut œuvrer pour qu’il renaisse au plus vite. (…) Nathalie Arthaud, fête 2012.
(…) Les crises de l’économie capitaliste constituent la démonstration que la bourgeoisie est absolument incapable de gérer l’économie pour le bien de la collectivité. Depuis bientôt quarante ans, les profits les plus rapides et les plus lucratifs se font dans la finance. (…) L’activité normale consiste à jouer à la spéculation des sommes telles qu’en un clic de souris un seul trader peut perdre deux milliards de dollars, comme c’est le cas de ce trader de la banque JP Morgan. Parce que, dans cette société capitaliste, faire de l’argent le plus vite possible n’est pas un crime, c’est la vertu suprême. Quand bien même cela conduit à un gâchis effroyable, quand bien même toute l’économie peut en être ruinée ! À l’image de la noblesse arrivée en fin de règne en 1789, et qui vivait sur ses privilèges à l’ombre de la cour royale, la bourgeoisie est devenue parasitaire, économiquement inutile et un obstacle au progrès et au développement. Pour contrôler l’économie et pour que l’humanité reprenne en main son avenir, il faut exproprier la bourgeoisie ! Il faut faire une nouvelle révolution sociale. Oui, nous sommes communistes ! Communistes dans le vrai sens du terme. Dans le sens donné par des générations d’ouvriers qui rêvaient d’une société débarrassée de la dictature de l’argent, de l’exploitation, de la concurrence et des crises. Une société gérée fraternellement et démocratiquement par la collectivité de ceux qui travaillent et produisent. Si nous nous adressons aux travailleurs et si nous voulons représenter leurs intérêts, ce n’est pas seulement parce que nous choisissons de nous placer du côté des opprimés et des plus pauvres. C’est aussi parce que nous sommes convaincus qu’à travers la lutte de classe qui les oppose aux capitalistes les travailleurs seront capables de conquérir le pouvoir politique et de s’en servir pour transformer de fond en comble la société et la refonder sur des bases collectives. (…) Les propriétaires, les actionnaires ne dirigent pas parce qu’ils sont compétents, mais parce qu’ils possèdent des capitaux. Voilà pourquoi la société fonctionne à l’envers. Eh bien, les travailleurs ont la capacité de diriger cette société, et ils le feront mille fois mieux, parce qu’ils ne seront pas aveuglés par le profit et la rentabilité ! Alors oui, nous plaçons notre confiance dans la classe ouvrière, dont Marx avait dit, le premier, qu’elle n’avait que ses chaînes à perdre et le monde à gagner ! Nathalie Arthaud, fête 2012.
(…) Pour sauvegarder les conditions de vie des classes populaires, il faut faire payer les plus riches. Il faut affronter le patronat, le faire renoncer à ses plans de fermetures, lui interdire de licencier, le forcer à embaucher. Toutes choses que n’imagine pas le gouvernement Hollande ! (…) Que ce soit sous la gauche ou sous la droite, les capitalistes, par le pouvoir économique qu’ils détiennent, ont l’appareil d’État, l’administration et les ministres à leur botte. Les patrons, pour les inciter à investir, il faut les séduire, les aider, sûrement pas les contraindre et encore moins les sanctionner. Voilà comment les patrons peuvent violer impunément les lois sociales. Ces fameuses lois, qui sont votées par les députés que l’on nous demande d’élire dans deux semaines et dont on nous dit qu’elles peuvent changer nos vies, sont piétinées au quotidien. Combien de travailleurs se retrouvent à faire des heures supplémentaires non payées ? Au lieu d’être exceptionnel, le travail précaire et l’intérim sont devenus la règle. Tout accident dans le cadre du travail doit être déclaré en accident du travail : combien le sont ? Une loi oblige les entreprises à embaucher 6 % de salariés handicapés : même les entreprises publiques ne l’appliquent pas. (…) Eh bien, puisque les patrons imposent leur loi, il revient aux travailleurs de se battre pour imposer les leurs ! Mais cela ne se passe pas dans les couloirs feutrés de l’Assemblée nationale, mais dans les entreprises et dans la rue. Pas avec le bulletin de vote, mais avec les grèves et les manifestations. Nathalie Arthaud, fête 2012.
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Les travailleurs, pour leur part, virent avec les licenciements massifs dans la sidérurgie ce qu’il adviendrait d’eux s’ils ne se défendaient pas. Cela faisait des années que les barons de la sidérurgie, avec au premier rang la famille De Wendel-Seillière, avaient laissé à l’État et à ses finances la charge financière et sociale de la reconversion de ce secteur dont ils voulaient sortir au plus vite, et au meilleur prix, pour aller placer ailleurs leur capitaux. Une nouvelle étape de cette prise de contrôle complète de l’État, avec le rachat au prix fort de leurs actions, assortie d’un nouveau plan de 21 000 suppressions d’emplois, fut annoncée en 1978. La Lorraine et le Nord-Pas-de-Calais furent touchés de plein fouet. On assista à une véritable révolte ouvrière dans ces deux régions. De Denain à Longwy, les travailleurs, soutenus massivement par une grande partie la population de ces régions ouvrières, tenaient le haut du pavé. Des villes entières, malgré l’envoi de milliers de CRS et gardes mobiles, se retrouvaient de fait sous le contrôle de la population. Mais il fallut tout le poids des appareils syndicaux et politiques pour mener dans des impasses et isoler ce mouvement qui marquait toute la classe ouvrière du pays, et inquiétait à juste titre patrons et gouvernement. Les syndicats, pour donner le change à leur politique démobilisatrice, se délivrèrent des brevets de radicalisme artificiels avec quelques coups d’éclats minoritaires et spectaculaires. Le PCF, en pleine campagne pour les élections européennes sur le thème : « Non à l’Europe allemande », organisa le blocage des trains de minerai suédois ou mauritanien. Le PCF se posait en meilleur défenseur des intérêts de l’industrie française face au pouvoir giscardien. Dans les manifestations, on vit le slogan : « La Lorraine c’est la France et la France c’est notre pays », ce qui n’était pas très mobilisateur pour les 40 % de sidérurgistes immigrés du bassin de Longwy. La plus grande mobilisation ouvrière de la présidence de Giscard fut donc dévoyée. Si l’État lâcha des mesures sociales d’apaisement, les fermetures d’usines et les dizaines de milliers de licenciements furent appliqués. À aucun moment le chemin permettant de conduire vers une riposte d’en- semble des travailleurs contre les coups du patronat ne fut défendu par aucun dirigeant politique ou syndical. Tous unis, ils martelaient : il faut chasser Giscard et permettre par nos votes l’arrivée d’un gouvernement de gauche… et alors, on verrait ce qu’on verrait. Mitterrand, quant à lui, promettait que la gauche, elle, ne supprimerait pas un emploi de plus sans qu’il soit remplacé… Il confirma ce serment, fraîchement élu président, sur les marches de l’hôtel de ville de Metz en 1981. Mais, là aussi, les travailleurs allaient voir ce que valaient ces promesses et la réalité de ce changement promis. La lutte des sidérurgistes fut un avertissement sérieux au patronat. La crise avec ses conséquences sociales n’avait pas encore atteint ses sommets. L’extension du chômage devenait la préoccupation majeure, et agitait la vie politique, mais sa résorption était reportée aux lendemains de l’élection présidentielle de 1981. Sur le terrain de la propriété capitaliste, la marge de manœuvre des gouvernements était étroite. La gauche, dominée par Mitterrand, voulut faire la démonstration aux possédants qu’elle était la mieux placée pour faire accepter les sacrifices à la population.
[extrait du Cercle Léon Trotsky 126, mai 2011]
L’opération politique s’amorça avec l’élection présidentielle de 1965. Mitterrand réunit sur son nom toute la gauche non communiste, et il obtint le soutien actif du PCF dès le premier tour, sans aucune contrepartie. La nouvelle direction du PCF, incarnée par Waldeck Rochet, avait vu en Mitterrand le moyen d’intégrer son parti dans l’opposition officielle à De Gaulle. Et c’est Waldeck Rochet qui a convaincu le socialiste Guy Mollet de la candidature Mitterrand, Guy Mollet qui lui aurait d’abord répondu : “Vous êtes fous ! C’est un aventurier !” (Charles Fiterman, dans son livre Profession de foi). Car Guy Mollet, tout comme Waldeck Rochet, connaissaient le passé de Mitterrand, et ils l’ont dissimulé. Selon Roland Dumas, le dirigeant du PCF Waldeck Rochet, en échange de son soutien à Mitterrand, exigea l’honneur d’une rencontre officielle et l’élaboration d’un programme commun. La direction du PCF livrait son parti à Mitterrand contre une poignée de main publique dans un couloir de l’Assemblée. Le parti s’engagea à fond. Citons la une de L’Humanité du 18 décembre 1965 : “Démocrates de toutes opinions et croyances, votez Mitterrand, pour le progrès de la République, la paix, et la véritable grandeur française”. De Gaulle, qui ne doutait pas d’être plébiscité dès le premier tour, fut mis en ballottage car une partie des voix de droite allèrent à un candidat du centre-droit, Lecanuet. Et ce fut Mitterrand qui se retrouva opposé à De Gaulle au second tour. Le débat télévisé auquel De Gaulle dut se plier permit à Mitterrand de marquer des points. De Gaulle fut élu bien sûr, mais Mitterrand obtint 45 % des voix. Grâce au PCF, Mitterrand était consacré homme de gauche. Extrait du Cercle Léon Trotsky 126, mai 2011.
La signature du Programme commun de gouvernement > Les dirigeants socialistes, qui engagèrent leur parti dans la signature du Programme commun de gouvernement de 1972, avec le PCF et les Radicaux de gauche, ne cachaient pas leurs intentions. Le PS sous la conduite de Mitterrand avait l’aspect rassurant d’un parti de gouvernement. Mais l’accès au pouvoir avec le PCF n’était acceptable pour la bourgeoisie qu’avec un PCF affaibli et domestiqué. Ce que Mitterrand confirma à un congrès de l’Internationale socialiste : « Notre objectif fondamental c’est de refaire un grand parti socialiste sur le terrain occupé par le PC, afin de faire la démonstration que, sur cinq millions d’électeurs communistes, trois millions peuvent voter socialiste. » Message reçu cinq sur cinq par le dirigeant du PCF Georges Marchais, qui déclara quelques jours plus tard au comité central du PCF : « Il serait dange- reux de se faire la moindre illusion sur la sincérité ou la fermeté du PS… Il est clair que la conclusion d’un programme commun de gouvernement dans lequel le Parti socialiste jouerait un rôle important donnerait à celui-ci des bases dans son effort pour se renforcer à notre détriment. » Ce passage de l’intervention de Georges Marchais, qui annonçait la suite, n’a pas été publié dans L’Humanité. Car les dirigeants du PCF présentèrent la signature du Programme commun comme une victoire politique d’une portée immense, qui consacrait la sortie du tunnel pour le PCF, depuis son éviction du gouvernement, en 1947. Le dirigeant socialiste Gilles Martinet avoua à propos de Mitterrand : « Et le voilà qui commence à évoquer la rupture avec le capitalisme et la lutte de classe. Alors, quand il le faisait, je dois dire que je regardais mes souliers, parce que la sincérité ne débordait pas de ce genre de propos. » Il fallut bien tout le poids du PCF pour faire passer cet homme de la bourgeoisie pour un ami des travailleurs. Et les militants du PCF, finalement convaincus par les mensonges de leur direction, distribuèrent peut-être un million d’exemplaires du Programme commun, dans les usines, les quartiers, les lycées, et ne toléraient aucune critique contre Mitterrand. Ils engageaient tout le crédit de leur parti, et leur propre crédit, dans le soutien à Mitterrand. Extrait du Cercle Léon Trotsky 126, mai 2011.
Le Programme commun, tel qu’il fut signé entre les trois partis de gauche, le PS, le PCF et les radicaux de gauche, ne remettait pas en cause les institutions de la Cinquième République, et encore moins la domination de la bourgeoisie, et le rôle de l’impérialisme français dans le monde. Mais ses formulations étaient taillées sur mesure pour laisser croire que son application changerait la situation des travailleurs. Un extrait sur les natio- nalisations : “Pour briser la domination du grand capital et mettre en œuvre une politique économique et sociale nouvelle (…), le gouvernement réalisera progressivement le transfert à la collectivité des moyens de production les plus importants et des instruments financiers actuellement entre les mains des groupes capitalistes dominants”. Cela sonne très révolutionnaire. Et puis, toutes les trois pages, il était question de contrôle des travailleurs, d’intervention des travailleurs dans les décisions. Sans compter la dénonciation des mesures rétrogrades et anti-ouvrières de la politique gaulliste, des lois anti-casseurs qui permettaient de condamner tout participant pour les incidents dans une manifestation, des restrictions au droit de grève, de la peine de mort, des tribunaux militaires. Évidemment, comparé à ce que l’on entend aujourd’hui à gauche, ou même à la gauche de la gauche, la lecture superficielle d’un tel programme pouvait donner l’illusion que le PS, le PCF et les radicaux de gauche voulaient vraiment “changer la vie”. Extrait du Cercle Léon Trotsky 126, mai 2011.
… la mobilisation large et consciente de la classe ouvrière. Cela signifie s’attaquer au système capitaliste et le renverser. Le Programme commun, derrière ses affirmations ambiguës, laissait en- tendre que ce serait possible par la voie électorale, en amenant un Mitterrand au pouvoir. Ce programme annonçait des changements, mais en n’indiquant pas les moyens de les obtenir. Il était suffisamment vague pour ne s’engager sur rien, pour que ces partis ne puissent pas être acculés à respecter leurs enga- gements, face à un mouvement comme Mai 68, ou une lame de fond comme Juin 36. Et surtout il demandait aux travailleurs de confier leur sort à une équipe politique dont tout le passé montrait qu’elle était liée à la bourgeoisie. Extrait du Cercle Léon Trotsky 126, mai 2011.
était limitée au terrain électoral. Mais les premières mesures de la gauche (la retraite à soixante ans, la cinquième semaine de congés payés, la suppression de la peine de mort) confortaient les électeurs du PCF et du PS. Les militants de ces partis y ont vu des raisons de défendre ce gouvernement et de lui faire confiance. Mais on vit très rapidement ce que la gauche de gouverne- ment fit de cette confiance. Ce gouvernement ne visait pas à autre chose qu’à gérer loyalement les intérêts des possédants, à appliquer les mêmes mesures que la droite dans d’autres pays, à la même époque. En France, c’est la gauche qui portait des coups à la classe ouvrière, elle démoralisa et affaiblit durablement le mouvement ouvrier. On le paye encore aujourd’hui.
(extrait de l’introduction du CLT 126)